Édition internationale

Anaïs Marin pour la liste "Français de Pologne, Européens, citoyens, écologistes"

Dans le cadre de la campagne des élections consulaires 2026, nous donnons la parole aux têtes de liste pour la 7e circonscription des Français établis hors de France en Pologne. Anaïs Marin se présente pour la liste Français de Pologne, Européens, citoyens, écologistes.

Anaïs MarinAnaïs Marin
Écrit par Bénédicte Mezeix-Rytwiński
Publié le 14 avril 2026, mis à jour le 22 avril 2026

 

En quoi votre parcours en Pologne nourrit-il votre candidature et que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?

Anaïs Marin : Je suis Conseillère des Français de l’étranger sortante, ayant succédé à Frédéric Chauveau, élu en 2021 et rentré en France à l’automne dernier.

Je conçois cette mission comme une intermédiation entre mes compatriotes ici et les autorités françaises, pour améliorer le quotidien des premiers, et transmettre leurs doléances aux secondes.

Je siège depuis 2019 dans les conseils consulaires des bourses scolaires, et ceux des bourses sociales, en ma qualité de présidente d’une association reconnue d’utilité publique. Malgré les confinements dus à la Covid-19, qui ont porté un coup dur aux activités associatives, nous avons tâché de maintenir du lien social au sein de la communauté française qui a le cœur à gauche. Ce réseau solidaire a été crucial en 2022 pour organiser l’hébergement de réfugié·e·s de guerre d’Ukraine – des familles françaises et ukrainiennes, mais aussi des étudiants d’Afrique francophone, par exemple.

Mon parcours de vie est résolument international, comme pour beaucoup de Bretons ! J’ai grandi au Nigeria, fréquenté une école internationale (CIV, Sophia Antipolis), étudié à Saint-Pétersbourg durant mon doctorat, avant d’enseigner en Suisse romande, puis de rejoindre un think tank en Finlande. Installée depuis 2014 à Varsovie, j’ai poursuivi ma carrière universitaire d’abord au Collegium Civitas avec une bourse de mobilité Marie Curie de l’UE, puis au Centre de civilisation française et d’études francophones de l’Université de Varsovie (OKF UW), et depuis 2022 comme chercheure associée du Collège de l’Europe de l’Est de Wrocław dans un projet consacré aux menaces contre la démocratie dans les pays de l’UE, pour lequel je suis référent sur mon thème de spécialisation : la manipulation de l’information et les ingérences étrangères. J’ai aussi exercé pour l’ONU le mandat (bénévole) de rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Bélarus (2018-2024).

Par ma formation intellectuelle, mes convictions politiques, et au contact des Bélarusses contraints à l’exil par la répression, je sais combien le respect des droits humains, est un acquis fragile. Je redoute les conséquences du recul des valeurs et institutions démocratiques dans des pays comme la France ou la Pologne, or, je ne peux me résoudre à vivre dans un pays gouverné par l’extrême droite.

C’est pour combattre, sur le champ des idées et dans les urnes, cette menace autoritaire que je sais en partie distillée dans nos sociétés par des puissances extérieures malveillantes, comme la Russie, que je m’engage en politique.

 

 

Votre liste est-elle soutenue par un parti ou une organisation politique ? Si oui, lequel / laquelle ? 

Anaïs Marin : Notre premier soutien, comme aux élections consulaires de 2021, provient de l’association démocratique des Français de l’étranger « Français du Monde » (ADFE), dont je préside la section Pologne.

Pour ce qui est des partis politiques, j’ai reçu l’investiture d’Europe Écologie Les Verts (EELV-Les Écologistes), dont je suis membre. Mon suppléant, Jean-Yves Leconte, est le représentant pour la Pologne de Place Publique, qui nous a aussi accordé son soutien. Enfin nous avons sollicité le soutien du Parti socialiste, et bénéficions de celui de deux mouvements constitués par des dissidents de La France Insoumise : L’Après, dont les élus siègent dans le groupe écologiste dans les assemblées, et Debout !, fondé par François Ruffin, candidat à la primaire de la gauche unie pour 2027.

 

 

Quelles mesures concrètes proposez-vous, quels sont les grands axes de votre programme ? 

Anaïs Marin : Les priorités programmatiques de notre liste sont de trois ordres.

 

  • 1  Défense de la continuité du service public et soutien aux usagers des services consulaires, par un partage et des remontées d’information.

Nos concitoyen·ne·s se plaignent souvent des difficultés à mener leurs démarches administratives en ligne et voudraient que l’accès en présentiel aux services consulaires soit garanti. En effet, depuis janvier, il n’y a plus de standardiste pour les orienter par téléphone (les appels sont transférés vers un service central), ni personne à l’accueil du Consulat. L’essentiel des démarches doit se faire en ligne au préalable, ce qui peut être compliqué pour certaines personnes, surtout en cas d’urgence – c’est notre rôle de les aider. Il faut reconnaître en revanche que les délais de délivrance de pièces d’identité se sont raccourcis : on les obtient désormais plus rapidement à l’étranger qu’en France. Le savoir devrait inciter nos concitoyens à s’inscrire au registre consulaire – plus ils seront nombreux, mieux les consulats seront dotés en moyens, attribués en proportion de la population inscrite dans la circonscription consulaire.

De manière générale, un axe de mon programme consiste à inciter les Français de Pologne à s’enregistrer : c’est essentiel pour être mieux pris en charge en cas de coup dur, individuellement ou collectivement d’ailleurs – après tout, nous sommes proches d’un front militaire. Les îlotiers chargés d’aider à évacuer les ressortissants français en cas de nécessité doivent avoir leurs coordonnées à jour. Or on estime que les quelque 6400 inscrits au registre consulaire ne représentent que la moitié des personnes françaises qui vivent effectivement en Pologne. Les autres pensent qu’il est inutile de s’inscrire, soit parce qu’ils ne planifient pas de rester au-delà de six mois (comme les étudiants Erasmus ou certains travailleurs détachés), soit parce qu’ils se sont persuadés que le Consulat ne pourrait jamais rien pour eux. C’est dommage et cela mérite qu’on réfléchisse ensemble à la manière de renverser cette tendance. Je considère comme de ma responsabilité en tant qu’élue locale d’être ce trait d’union pour garantir une bonne circulation de l’information, y compris pour prodiguer à la communauté des informations qui ne sont pas forcément relayées autrement. En janvier, par exemple, nous avons coorganisé avec la Fondation Federa une réunion d’information sur l’accès à l’IVG en Pologne – l’enregistrement vidéo est sur ma chaîne YouTube – et j’ai traduit en français la brochure que Federa diffuse pour faire connaître les conditions dans lesquelles l’avortement peut être pratiqué légalement en Pologne.

 

  • 2  Défense de la continuité de la protection sociale pour les Français·es établi·e·s hors de France, et d’un système de retraite solidaire pour toutes et tous

Dans le domaine sociétal et social, nous souhaitons valoriser le dispositif STAFE, qui reste sous-utilisé en Pologne, en partageant notre expérience de la création d’association. Nous sommes prêts aussi à accompagner nos concitoyen·ne·s dans leur demande de subvention dans le cadre d’un organisme local d’entraide et de solidarité (OLES), ou pour faire face à des situations de handicap. Qu’il s’agisse d’enfants vivant avec un handicap, ou de personnes âgées dépendantes, les situations se multiplient où vivre à l’étranger peut ajouter de la complexité. Quant à nos compatriotes de Pologne qui (re)partent vivre en France, ils et elles font souvent face à des difficultés administratives, voire à une forme d’injustice du fait du délai de carence à la Sécurité sociale notamment. L’installation est d’autant plus difficile lorsqu’il s’agit d’étudiant·e·s n’ayant jamais vécu en France, par exemple, et qui peinent à faire valoir leurs droits.

De la même manière qu’un retour en France se prépare, les seniors qui viennent prendre leur retraite en Pologne doivent préparer leur installation. Sur le dossier des retraites plus généralement, nous sommes souvent sollicités par des personnes qui peinent à faire valoir leurs droits. Nous allons donc organiser un webinaire dédié aux retraites très prochainement. Réunir les preuves des semestres cotisés peut s’avérer d’autant plus compliqué en cas de carrière hachée, notamment des mères de famille, ou si elle s’est déroulée dans plus d’un pays étranger, a fortiori hors de l’UE ; ou encore dans le cas des auto-entrepreneurs, qui se sentent parfois abandonnés.

Nous sommes fiers de représenter les idéaux de partis qui veulent garantir l’accès des Français de l’étranger à un système de retraites fondé sur une égalité des droits à la retraite pour les années cotisées en France.

 

  • 3 Protection et promotion de l’enseignement français, en français et du français en Pologne : des mesures concrètes adaptées aux besoins et aux moyens des familles, dans le cadre d’une politique proactive en faveur de la culture francophone

Mère d’enfants binationaux scolarisés à l’école publique polonaise, je constate que les familles dans ma situation se sentent parfois isolées et peinent à garantir à leurs enfants l’acquisition de bases solides à l’écrit. On doit redoubler d’efforts et d’inventivité pour exposer nos enfants à la culture française pendant les vacances ou dans un cadre parascolaire. C’est précisément pour nous y aider qu’un dispositif de soutien à l’enseignement du français comme langue maternelle, le FLAM, existe. Or, il faut déjà être constitués en association pour pouvoir solliciter une aide de la France ; cette subvention est malheureusement dégressive et ne couvre pas tous les frais.

Tout en restant à la disposition des personnes en quête de conseils pour constituer leur dossier FLAM, je m’investis dans la valorisation d’alternatives gratuites, à savoir le LabelFranceÉducation des établissements scolaires polonais – à ce jour, ils ne sont qu’une vingtaine. C’est notre demande qui pourra créer l’offre dont les enfants franco-polonais qui ne peuvent pas accéder au Lycée Français de Varsovie ont besoin.

Or le français a subi un déclassement, si bien qu’il est rarement proposé, ne fût-ce que comme LV2, tandis que les enseignants de lycée capables d’enseigner leur matière en français – critère pour l’obtention du label – sont encore trop rares. Pourtant, les Polonais sont francophiles, et les employeurs sont à l’affût de jeunes spécialistes maîtrisant bien le français.

C’est pourquoi j’entends œuvrer pour la démocratisation et la décentralisation de l’accès à la culture française, avec pour projet-phare la popularisation de la Fête de la Musique en Pologne, prélude à des rendez-vous mélomanes plus réguliers, par exemple dans des soirées karaoké. Si je suis élue, je m’efforcerai de promouvoir les échanges scolaires, les partenariats culturels et les festivals, notamment sous l’égide des accords de jumelage existants ou à développer, en veillant à favoriser les mobilités « douces », c’est-à-dire grâce à de meilleures connexions ferroviaires avec la France – un enjeu qui me tient à cœur.

 

 

Quel est, selon vous, le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?

Anaïs Marin : Les Écologistes hors de France ont réalisé un sondage auprès de nos concitoyen·ne·s de Pologne qui a confirmé un état des lieux que nous avions dressé à l’issue de nos récents « cafés citoyens » à Wrocław, Cracovie et Poznań. Leurs préoccupations et leurs attentes concernent l’aide aux démarches administratives : ils souhaitent être mieux informés et accompagnés aussi bien à leur arrivée en Pologne que pour leur retour en France ; la préservation des établissements du réseau de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE) et la limitation de l’augmentation des coûts de scolarité des établissements français; et un calcul plus équitable de la retraite pour les Français·es ayant effectué une partie de leur carrière en France et à l’étranger.

 

 

L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger - AEFE pilote et coordonne le réseau des écoles françaises à l’étranger, dont le Lycée Français de Varsovie. Quelle est votre position, quelles sont vos propositions, suite à la baisse de l’aide de l’État ?  

Jean-Yves Leconte : Depuis 2018, l’AEFE a fait de l’augmentation du nombre d’élèves scolarisés dans son réseau sa priorité quasi exclusive. Pourtant, les moyens nécessaires, tant humains que financiers, pour accompagner cette croissance n’ont pas suivi. Ainsi, en 2026, l’Agence bénéficie de l’une des plus faibles subventions publiques depuis 2009. L’orientation des gouvernements depuis 2017 conduit à substituer progressivement à l’opérateur public AEFE des opérateurs privés, ce qui affaiblit la mixité sociale. Par ailleurs, la part d’enseignants titulaires diminue, tandis que les établissements, mis en concurrence les uns avec les autres, fonctionnent de moins en moins en réseau. Ils perdent ainsi leur capacité à jouer pleinement leur rôle d’acteurs de coopération éducative entre la France et leur pays d’implantation.

Ces orientations relèvent de décisions gouvernementales et parlementaires ; elles ne dépendent pas directement des conseillers consulaires. Il est néanmoins essentiel de soutenir des candidats engagés pour que l’enseignement français à l’étranger demeure une véritable politique publique garante de qualité, de mixité sociale et vectrice d’innovations pédagogiques entre le système éducatif français et les systèmes étrangers. Cet enjeu est d’autant plus crucial à l’heure où l’intelligence artificielle impose de faire évoluer les méthodes d’apprentissage et de repenser les compétences à transmettre.

Un nombre croissant de familles renonce à inscrire leurs enfants dans un établissement français à l’étranger en raison du coût de ceux-ci. À Varsovie, les frais de scolarité ont augmenté de plus de 50 % en cinq ans, une hausse devenue difficilement soutenable pour de nombreuses familles françaises. Et cela va s’aggraver pour la prochaine année scolaire. Il est donc urgent d’enrayer cette dynamique. Un enfant français, qu’il vive à l’étranger ou en France, doit pouvoir bénéficier des mêmes chances et participer pleinement à la communauté nationale. Nous nous engageons à nous mobiliser pour défendre ses droits à une éducation française de qualité.

 

 

Le Plan stratégique de développement du Lycée Français de Varsovie (LFV) constitue-t-il un axe prioritaire de votre programme, et le cas échéant, comment comptez-vous vous y inscrire concrètement ? 

Jean-Yves Leconte : Le Plan stratégique de développement est un outil que la Fondation, dont je suis le Président, a mis en place afin de faire travailler ensemble les parents, la direction, les enseignants et l’AEFE autour de l’avenir du lycée. En tant que président de la Fondation, j’ai participé à l’élaboration de cette feuille de route. D’ici mon départ à la fin de l’année scolaire (mon plus jeune fils étant actuellement en terminale, je ne serai plus parent d’élève l’an prochain) je souhaite voir engager les premiers actes concrets rapidement. L’objectif est de disposer, à Saska Kępa, d’un site unique accueillant l’ensemble des élèves dans de meilleures conditions, avec des coûts maîtrisés, et proposant des programmes, des langues et des options en adéquation avec les attentes des familles. Ces attentes, nous nous efforçons de les connaître au mieux grâce à des enquêtes et à des échanges réguliers. Il nous faudra également convaincre l’AEFE de la pertinence du schéma de financement que nous proposons : une Fondation jouant le rôle d’opérateur du projet immobilier, tandis que l’établissement scolaire resterait géré par l’AEFE. Ce modèle, encore inédit, est rendu possible par une loi adoptée en mars 2023, que j’avais défendue lorsque j’étais au Sénat. Dans le cadre de ces élections, nous portons ces orientations.

 

 

Qui sont vos colistiers ? Quelles compétences et expériences vos colistiers apportent-ils à votre projet ?

Anaïs Marin : J’ai la chance d’avoir pour suppléant un homme politique expérimenté et engagé, qui connaît très bien les dossiers qui intéressent les Français de Pologne, pays où il vit depuis 30 ans : Jean-Yves Leconte, ancien sénateur (PS) des Français établis hors de France (2011-2023) qui a aussi été chef d’entreprise tant en Pologne qu’en Ukraine. Grâce à lui j’ai une connaissance plus fine du terrain – ensemble, nous sommes allés à la rencontre des représentants de la communauté française dans plusieurs villes de Pologne ces derniers mois, pour comprendre leurs besoins et intégrer leurs attentes dans le programme de notre liste.

Celle-ci comprend aussi, en troisième et cinquième positions, deux femmes qui connaissent bien les besoins spécifiques des Français·es vivant loin de Varsovie : Isabelle Wypych, traductrice et formatrice installée à Wrocław, et Pascale Bali, enseignante de français qui vit à Poznań depuis 2002. Pascale était aussi sur la liste d’union de la gauche présentée par mon prédécesseur aux élections consulaires en 2021, tout comme l’actuel quatrième de liste, Stéphane Lesieur, cadre dans une société polonaise de Varsovie. Quant à Matthieu Ghariani, sixième sur notre liste, il est professeur des écoles au LFV, et chargé de la communication pour notre liste – c’est lui qui a réalisé, entre autres, les affiches et bulletins de vote de notre liste.

 

 

 

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