Dans le cadre de la campagne des élections consulaires 2026, nous donnons la parole aux têtes de liste pour la 7e circonscription des Français établis hors de France en Pologne. Nathaniel Garstecka-Billotte se présente pour la liste Union des Patriotes pour les Français de Pologne.


En quoi votre parcours en Pologne nourrit-il votre candidature et que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?
Nathaniel Garstecka-Billotte : Issu d’une famille engagée dans les relations franco-polonaises depuis plus de 100 ans, binational, je suis né à Paris où j’ai grandi. Au cours de ma vie, j’ai effectué de nombreux voyages et séjours en Pologne avant de m’y installer définitivement en 2014 grâce à un VIE, au moment où débutait la nouvelle vague d’arrivées de Français dans ce pays. Des études de finance m’avaient ouvert la voie au métier de contrôleur de gestion que j’exerce pour plusieurs grands groupes français installés en Pologne.
En parallèle, j’ai débuté il y a quelques années une activité de journaliste franco-polonais. Une collaboration avec plusieurs grands médias du pays m’a amené à m’intéresser de près aux parcours des Français qui s’y sont installés. Par ailleurs, mon épouse polonaise vient d’acquérir la nationalité française et notre fille est elle aussi binationale. Mon profil s’inscrit ainsi pleinement dans la diversité des parcours des Français de Pologne et c’est dans un souci d’approfondissement des relations franco-polonaises que j’ai choisi de m’engager avec l’Union des Patriotes pour les Français de Pologne.
Le conseiller des Français de l’étranger remplit deux fonctions importantes
D’un côté, il représente ses compatriotes auprès de l’administration, il aide à résoudre les problématiques liées à l’expatriation et à l’intégration sur place, et contribue à fluidifier la vie de la communauté. C’est son rôle d’élu local.
D’un autre côté, il a un rôle politique à ne pas minimiser : il porte la voix des citoyens dans le débat public, il participe aux élections sénatoriales en sa qualité de grand électeur, et le président du conseil consulaire peut parrainer un candidat à l’élection présidentielle.
Assumer pleinement et ouvertement ces deux fonctions est l’un des moyens les plus efficaces de lutter contre l’abstention massive parmi les Français établis hors de France.
Votre liste est-elle soutenue par un parti ou une organisation politique ? Si oui, lequel / laquelle ?
L’Union des Patriotes pour les Français de Pologne est constituée de membres venant d’horizons politiques différents, ce qui est l’une de nos forces. Nous ne sommes la liste d’aucun parti en particulier, mais nous travaillons avec d’autres listes patriotes qui se présentent dans les autres pays de la région, comme en Autriche (Slovénie et Slovaquie), Roumanie (et Moldavie), Hongrie, Allemagne, Suisse, etc. Ceci étant dit, tous les grands partis français patriotes sont au courant de notre initiative internationale, et la majorité d’entre eux la saluent. Il n’y a d’ailleurs rien de honteux à l’admettre, les autres listes présentes en Pologne étant toutes associées de près ou de loin à des partis politiques.
Quelles mesures concrètes proposez-vous, quels sont les grands axes de votre programme ?
Notre projet est issu d’une réflexion profonde : les expatriés, binationaux et résidents de longue date sont porteurs de 450 ans de riches relations entre la France et la Pologne. Notre rôle est de leur donner une voix pour assumer cet héritage et le partenariat stratégique qui unit nos deux pays, tout en défendant leurs intérêts au quotidien.
Le programme de l’Union des Patriotes pour les Français de Pologne s’articule autour de trois axes principaux.
- Premièrement, les relations avec l’administration et avec la communauté française.
- Deuxièmement, la présence institutionnelle de la France en Pologne.
- Enfin, la culture et les valeurs communes à nos deux pays.
Chaque axe est détaillé par de grandes lignes : rapprocher l’administration française de ses citoyens en Pologne, recréer du lien entre les Français de Pologne, valoriser la présence française en Pologne, préserver l’enseignement français dans le pays, s’engager pour le renforcement des liens historiques et culturels franco-polonais, et défendre les valeurs de la France et de notre civilisation européenne et occidentale.
Parmi nos propositions concrètes, on peut citer nos plans de rencontres régulières avec nos compatriotes ; un travail de terrain auprès d’eux pour recueillir leurs témoignages, puis les porter dans le débat public ; la défense de la pérennité de l’enseignement français en Pologne et la célébration des grands épisodes de l’histoire commune franco-polonaise. Nous proposons aussi d’améliorer le pluralisme politique de la représentation consulaire française, ce dont elle a cruellement besoin.
Le détail de notre programme sera disponible en ligne et communiqué via e-mail, et nous avons déjà décrit notre philosophie dans plusieurs articles parus dans le média d’opinion franco-polonais «Wszystko co Najwazniejsze»
Quel est, selon vous, le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?
Les Français de Pologne ne sont pas un bloc monolithique. Il y a les expatriés économiques travaillant pour des entreprises ou des institutions françaises, il y a les familles binationales et il y a les Français ayant choisi de s’installer en Pologne pour des raisons culturelles ou de cadre de vie. Nous souhaitons répondre aux grands défis auxquels ils sont confrontés.
Parmi ceux-ci, on peut certainement citer la nécessité de réinstaurer une forme de proximité et de recréer du lien entre Français. Dans certains pays, plus petits en taille, la communauté se concentre en très grande partie dans la capitale (Tchéquie, Hongrie, Roumanie…). En Pologne c’est différent : beaucoup de nos compatriotes se trouvent, pour des raisons professionnelles ou familiales, dans d’autres villes, comme Cracovie, Wroclaw, Poznan ou la Tricité littorale. Nous souhaitons rapprocher l’administration de leurs préoccupations, notamment en militant pour la facilitation des formalités administratives, ainsi que leur offrir des opportunités de rencontres.
Un autre grand défi à citer est culturel et politique. La Pologne est un pays particulier, qui entretient des relations historiques, économiques et stratégiques très étroites avec la France depuis 450 ans, illustrées notamment par le Traité de Nancy récemment signé. Les Français de Pologne sont des ponts, des passerelles entre nos deux pays, et l’administration française a tout à gagner à les mettre davantage en valeur.
Nos compatriotes ont aussi leurs idées et leurs avis. Ils aimeraient que l’opinion publique prenne conscience de leurs témoignages: sur les raisons de leur expatriation, sur leur vie en Pologne, sur la situation en France. Demandez-leur : l’immense majorité d’entre eux est ravie de se trouver en Pologne, beaucoup sont attristés et indignés du chemin que prend leur patrie d’origine sur l’économique, le sécuritaire ou le socioculturel, par exemple. Nous faisons partie de ces Français-là et nous voulons que leur voix porte dans le débat public.
L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger - AEFE pilote et coordonne le réseau des écoles françaises à l’étranger, dont le Lycée Français de Varsovie. Quelle est votre position, quelles sont vos propositions, suite à la baisse de l’aide de l’État ?
Cette question de l’enseignement français à l’étranger pose deux défis majeurs. Tout d’abord, il y a effectivement cette volonté de l’État de baisser les aides. Cela semble malvenu au moment où les coûts explosent et qu’ils seront de plus en plus transférés sur les établissements, donc par contrecoup sur les parents. D’autant plus après le scandale de la récente «correction budgétaire», qui a vu le conseil d’administration de l’AEFE passer d'un déficit annoncé à 59 millions d'euros à un excédent de 3 millions.
Malgré la lettre du député des Français établis hors de France Karim Ben Cheïkh du 12 mars demandant la suspension des mesures prises sur la base de ces fausses informations, l'agence a pour l'instant opposé une fin de non-recevoir. Nombreux sont les parents et les enseignants à y avoir décelé une forme de manipulation. Ils attendent désormais avec impatience le résultat de la mission Cazebonne, du nom de la sénatrice des Français établis hors de France, qui doit prochainement rendre un rapport sur l’avenir de l’AEFE.
Deuxièmement, il y a une réflexion globale à avoir sur l’enseignement français à l’étranger. Rappelons que, selon la loi, l’enseignement est censé être gratuit et accessible. Or, étant donné le montant exorbitant des frais de scolarité, on peut se demander à qui sont vraiment destinées les écoles du réseau. Nous sommes de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir nous permettre de scolariser nos enfants dans les établissements de l’AEFE et à préférer les écoles publiques locales, polonaises ici en l’occurrence. Nous comprenons donc pleinement les raisons de la grogne des parents et des enseignants.
Le Plan stratégique de développement du Lycée Français de Varsovie (LFV) constitue-t-il un axe prioritaire de votre programme, et le cas échéant, comment comptez-vous vous y inscrire concrètement ?
Comme nous sommes patriotes, l’éducation fait partie de nos grandes préoccupations. La transmission des savoirs, la méritocratie républicaine, l’excellence du modèle français et occidental… autant de concepts qui nous tiennent naturellement à cœur.
Néanmoins, nous avons du mal à nous sentir reconnus par l’administration française, nous qui sommes pourtant des citoyens de plein droit. Nombreux sont ceux à se sentir exclus d’un modèle de gestion scolaire qui fait fuir les familles françaises. Prenons le cas du Lycée Français de Varsovie : la pétition en ligne visant à protester contre la hausse des frais de scolarité (+13% pour l’année prochaine) a déjà réuni plus de 300 signatures ! Les enseignants évoquent une potentielle perte de 100 élèves, ce qui nous entraînera dans un cercle vicieux. Ajoutons à cela l’état de délabrement des établissements de Saska Kępa et de Sadyba, et tous les ingrédients sont réunis pour une catastrophe.
Certaines solutions sont déjà évoquées : favoriser les contrats locaux, ce qui devrait permettre de faire des économies ; baisser le nombre d’heures supplémentaires, ce qui provoquerait cependant l'alourdissement des effectifs dans les groupes d'élèves… Concrètement, nous comptons maintenir la pression sur le gouvernement pour qu’il revienne sur la réforme de l’AEFE et continue de verser les pensions civiles des résidents. La pérennité de l’AEFE doit être préservée.
L’État doit aussi débloquer des fonds pour le projet de construction d’un nouvel établissement scolaire à Varsovie. Il y a quelques années, le passage de l'établissement en Gestion directe avait été vu comme un signal fort que l'État avait pris la mesure de l'importance stratégique de cet établissement et souhaitait l'aider pour financer un projet immobilier coûteux du fait du renchérissement du foncier à Varsovie. Plusieurs années plus tard, ce signal n'a toujours pas été suivi. Nous allons porter cette question dans le débat public.
Enfin, nous comptons proposer à l’administration de travailler à la promotion de la francophonie en Pologne. Dans un nombre croissant d’établissements polonais, le français est supplanté par l’espagnol comme deuxième langue vivante. Or, il est question ici de nos relations stratégiques avec la Pologne et du rayonnement de la France dans le monde. Si les écoles polonaises intègrent des parcours bilingues ou des classes de français, cela pourrait devenir une voie de secours pour les parents, tout en améliorant l’intégration des enfants dans la société polonaise.
Qui sont vos colistiers ? Quelles compétences et expériences vos colistiers apportent-ils à votre projet ?
L’Union des Patriotes pour les Français de Pologne est un projet sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années. Ainsi, nous avons constitué notre liste progressivement, en souhaitant représenter la communauté française dans toute la diversité de ses profils et de ses parcours. Les membres de notre liste habitent à Varsovie, à Cracovie et dans d’autres villes de Pologne ; ils ont des profils économiques, humanistes ou mixtes; ils sont expatriés par des sociétés, binationaux ou indépendants ; ils sont de tous âges et de tous milieux sociaux.
Cependant, ils sont tous unis par l’amour de la France et de la Pologne, par la volonté d’agir pour la défense des intérêts de la communauté française, et par celle de contribuer à la vie publique et politique de notre pays.
Fait notable et peu fréquent, tous les membres de notre liste ont eu l’opportunité de s’exprimer auprès de journalistes. L’entretien, disponible en ligne, détaille le parcours des six colistiers, leur installation en Pologne, les problèmes qu’ils ont rencontrés, leurs opinions, etc. Nous sommes transparents, nous ne cachons pas nos convictions derrière la façade de l’apolitisme et nous invitons ainsi tous les lecteurs à en apprendre davantage sur nous.
Pour nous soutenir :
Soutenez votre édition le petitjournal.com Varsovie





















