(Grande) Histoire familiale : "J’ai été fusillée, ma chérie… " de Christine Bernard

Par Jean-Luc Sochacki | Publié le 07/11/2022 à 00:00 | Mis à jour le 07/11/2022 à 00:00
Photo : Sébastien Puybonnieux - Christine Bernard, auteur de « J’ai été fusillée, ma chérie… »
Christine bernard Sébastien Puybonnieux 3

Christine Bernard (par ailleurs, coordinatrice des émissions documentaires du week-end à France Culture, Une histoire particulière) a écrit « J’ai été fusillée, ma chérie… », une histoire familiale et intime mais qui touche aussi à l’universel et qui pose nombre de questions comme celles de la mémoire et de la transmission. L’auteure récompensée d’une Distinction du jury lors de la dernière cérémonie des Polonais Remarquables nous donne à lire un texte intense où s’entremêlent les temps passés, présents et futurs.

 

Dénouer les fils d’une vie fusillée à 15 ans

Il n’est jamais simple d’écrire une histoire surtout lorsqu’il s’agit de la sienne. C’est pourtant le tour de force réussi par Christine Bernard) dans « J’ai été fusillée, ma chérie… ». Ce livre raconte le passé de sa mère (à ce moment-là âgée de 15 ans) fusillée d’une balle dans la nuque le 7 août 1944 pendant l’insurrection de Varsovie et qui survivra malgré les séquelles. Parmi celles-ci et comme un symbole, Yola (diminutif du prénom Yolanda) avait des difficultés à ouvrir la bouche pour manger ou parler et narrer son histoire. Puis vint ce jour où elle a évoqué son engagement dans le mouvement de la Résistance vite stoppé par cette exécution.

Au moment de son décès en 2010, sa fille, l’auteure Christine Bernard prend conscience du temps qui passe et s’attache à retracer ce parcours avec une certaine élégance. Même si le doute et l’interrogation de l’intérêt hantent l’écrivaine, heureusement pour elle (et pour nous, lecteurs) elle a su chasser ses hésitations et nous rédiger ce magnifique ouvrage qui mêle une histoire familiale à la grande Histoire de la Pologne.

 

Après nous, que reste-t-il de nos mots ?

Dans ce livre dense, riche et fort, on y retrouve aussi une réflexion sur la mort liée à la question de la transmission. L’auteure se pose ainsi cette question essentielle :

« Que va-t-il advenir lorsque les derniers témoins directs du second conflit mondial auront disparu ? Qu’en restera-t-il ? Des livres, des enregistrements, des images ? ».

Le texte (auto) biographique de Christine Bernard est également une belle pierre de plus dans la construction du pont entre Histoire et mémoire.

 

Récit transgénérationnel et histoire de femmes

Enfin, dans ce texte écrit avec tendresse et pudeur, il y a une vraie histoire de femmes. Un récit transgénérationnel et intergénérationnel, car, outre le parcours de sa maman, l’auteure est partie en Pologne avec sa fille en 2017, retrouver les traces de sa grand-mère. Elle redécouvre et renoue ainsi, un peu comme Ida, l’héroïne du film chef-d’œuvre de Pawel Pawlikowski et comme beaucoup de Polonais depuis le début des années 1990, avec un passé familial juif.

Comme un signe de l’indéniable apport historique du récit de Christine Bernard, la préface de l’ouvrage est rédigée par la grande historienne Anette Wieviorka et la postface par l’éminent spécialiste des Juifs de Pologne, Jean-Yves Potel.

Pour commander le livre de Christine Bernard, "J'ai été fusillée, ma chérie..."

paru aux éditions Mille Sources, adressez-vous ici :

jaietefusilleemacherie@gmail.com ou gilbert.beaubatie@gmail.com

 

Christine bernard Sébastien Puybonnieux J'ai été fusillée ma chérie...
Christine Bernard par Sébastien Puybonnieux

 

NDLR : Christine Bernard continue à explorer son passé, à suivre…

 

 

 

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Jean-Luc Sochacki

Docteur en sciences de l'éducation et professeur de lettres-Histoire et géographie. En 2021, Jean-Luc a publié le "Dictionnaire insolite de la Pologne", aux éditions Cosmopole. Retrouvez régulièrement ses articles en partenariat avec le site polognefc.com
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