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Mon enfant a du mal à apprendre : s'agit-il d'un trouble cognitif ?

Par Docteur Flavie LAMMERTYN-PAREIN | Publié le 11/09/2019 à 23:45 | Mis à jour le 13/09/2019 à 00:36
Photo : ©publicdomain
Les troubles de l'apprentissage

Parmi les différentes plaintes qui peuvent amener des parents à consulter le pédiatre pour leur enfant, celle des difficultés d'apprentissage occupe une place grandissante. Les causes de ces difficultés sont multiples et, dans un certain nombre de cas, révélatrices d'un trouble cognitif, c'est à dire secondaire à un dysfonctionnement d'une ou parfois plusieurs fonctions cérébrales supérieures.

 

Du diagnostic à la prise en charge ...

Face à la plainte "Docteur, mon enfant a du mal à apprendre", la démarche clinique précisera quels domaines de l'apprentissage sont particulièrement concernés : lecture, écriture, mathématiques voire l'ensemble des apprentissages.

Un environnement familial propice (psycho - affectif et socio- culturel), l'absence de troubles neurosensoriels et une histoire médicale ne constituant pas une entrave aux apprentissages, sont dans tous les cas nécessaires à l'enfant pour apprendre correctement.

Votre pédiatre s'assurera donc, dans un premier temps, que sur le plan neurosensoriel, vision et audition sont normales. Repérer des déficits et les prendre en charge précocement est primordial. Mais l'évaluation de ces sens aura aussi pour objectif de repérer des facteurs aggravants surajoutés (par exemple un enfant dyslexique avec une myopie non dépistée).

L'histoire médicale de l'enfant débute dès la grossesse, avec parfois un fœtus exposé à des facteurs environnementaux néfastes pour le développement cérébral (comme des facteurs infectieux ou toxiques). La prématurité, le retard de croissance intra- utérin peuvent être aussi des sources de vulnérabilité, qui seront à préciser.

Un examen clinique complet pédiatrique est important.

Au terme de cette démarche systématique, on pourra envisager trois situations :

- des difficultés d'apprentissage secondaires à une pathologie médicale identifiée (génétique, acquise, conséquences neurocognitives d'une prématurité, etc.),

- des difficultés d'apprentissage secondaires à une pathologie neuropsychiatrique identifiée,

- des difficultés d'apprentissage révélatrices d'un déficit cognitif.

C’est cette troisième situation que nous allons aborder dans la suite de l'article.

 

« Docteur, mon enfant a du mal à lire … »

La lecture résulte de l'interaction entre la capacité de reconnaissance des mots et de compréhension orale. Un enfant ayant des difficultés de compréhension en lecture pourra avoir soit des difficultés dans la reconnaissance des mots, soit des difficultés dans la compréhension du langage oral, soit une combinaison des deux difficultés. Avant d'envisager un trouble spécifique du langage oral ou écrit, le pédiatre doit se poser la question d'une déficience intellectuelle.

Dans la dyslexie, le déficit porte sur la reconnaissance des mots de manière fluctuante et/ou exacte, avec difficultés d'accès au sens.

Les travaux de recherche actuels permettent de distinguer sur un plan cognitif trois types principaux de dyslexie : des enfants présentant un déficit phonologique, des enfants présentant des capacités phonologiques respectées mais limités dans leur capacité visuo-attentionnelle, et le double déficit : altération des processus phonologiques et limitation de la fenêtre visuo-attentionnelle.

A noter que ces deux déficits cognitifs autonomes dépendent de réseaux neuronaux distincts au niveau cérébral. 

Les difficultés de compréhension de lecture sont également un signe d'appel des troubles spécifiques du langage oral ou dysphasie.

Le trouble du langage sévère est préexistant à l'apprentissage de la lecture. Ces enfants mettront en place ou non des procédures de reconnaissance des mots, mais leur accès au sens des mots lus sera limité au prorata des déficits phonologiques, syntaxiques et/ou sémantiques qui caractérisent leur profil linguistique.

 

Attention si votre enfnat à du mal à écrire
Photo©LuisellaPlanetaLeoni

 

« Docteur, mon enfant a du mal à compter … »

Face à un enfant ayant des difficultés d'apprentissage dans le domaine des mathématiques, on peut envisager deux possibilités : les difficultés sont en lien avec un déficit cognitif non spécifique au calcul (comme le déficit de mémoire de travail) ou en lien avec un déficit cognitif plus spécifique au calcul.

Les modèles modernes de la numération proposent une représentation du nombre sous forme de trois codes interdépendants : verbal, arabe et analogique.

Les codes verbal et arabe sont dépendants des compétences de langage oral ou écrit, indispensables à la construction du sens du nombre, et vont expliquer les difficultés en mathématiques chez les enfants présentant des troubles spécifiques du langage.

Le code analogique représente la magnitude du nombre et permet des opérations comme les estimations de quantité : il s'agit d'une aptitude cognitive essentielle aux apprentissages mathématiques et déficitaire chez les enfants ayant une dyscalculie.

 

« Docteur, mon enfant a du mal à écrire … »

Pour certains enfants, la plainte prédomine nettement au niveau de l'écriture. Dans cette troisième situation, on peut schématiquement envisager une difficulté au niveau de l'orthographe et/ou du geste graphique, qui va nuire à la lisibilité.

Généralement l'enfant qui présente des difficultés pour la transcription de l'oral à l'écrit présente également des difficultés pour la lecture : les enfants dyslexiques sont également dysorthographiques.

Dans le deuxième cas, c'est le geste moteur qui est altéré. Il est important que l'examen médical écarte toute pathologie neurologique et neuromusculaire sous-jacente. Si tel n'est pas le cas, une dysgraphie peut survenir de façon isolée ou s'inscrire dans un cadre plus large de trouble d'acquisition de la coordination.

 

« Docteur, mon enfant a du mal à apprendre … »

Face à des difficultés généralisées en classe, après avoir éliminé une déficience intellectuelle, l'association des toubles “dys” est fréquente mais actuellement diagnostiquée de plus en plus facilement.

Parfois, le déficit d'une fonction cognitive peut avoir un retentissement diffus et en cascade sur l'ensemble des apprentissages, comme le déficit de l'attention qui peut être isolé ou entré dans le cadre d'un syndrome dysexécutif.

Les enfants présentant des troubles de l'attention, avec ou sans hyperactivité, ont des difficultés à se concentrer et à soutenir leur attention lors d'une tâche ou d'une activité particulière, ceci en dépit de leur bonne volonté. Ce déficit cognitif aura forcément un retentissement négatif sur les capacités d'apprentissage en classe de l'enfant.

Aujourd'hui, on peut estimer que parmi les 16 à 25 % des élèves présentant des difficultés scolaires, 10 % des difficultés sont purement environnementales, 2 à 3 % de ces élèves présentent une déficience intellectuelle et 5 à 10 %, un trouble spécifique de l'apprentissage qui survient de façon inattendue par rapport à de réelles capacités cognitives.

Les difficultés d'apprentissage sont donc liées à différentes étiologies et aujourd'hui les enfants sont qualifiés trop facilement de “dys” alors qu'ils ne représentent qu'une partie des enfants ayant du mal à apprendre.

Rappelons que les trouble “dys” englobent non seulement les troubles spécifiques de l'apprentissage comme la dyslexie-dysorthographie (trouble spécifique de la lecture et de l'orthographe), la dyscalculie (troubles des activités numériques) mais également des troubles spécifiques du développement du langage oral (TSLO ou dysphasie) et de la coordination motrice ou dyspraxie (trouble du développement moteur et de l'écriture), ainsi que les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) .

 

La dyscalculie regroupe les troubles des activités numériques
Photo©JacquelineMacou

 

Le cas particulier de l'enfant à Haut Potentiel

On pourrait croire, à priori, que c'est à l'école que devrait se révéler en priorité les capacités de ces enfants. En pratique, c'est souvent à l'école que ces enfants souffrent le plus car le haut potentiel implique un mode de pensée particulier doublé d'un fonctionnement affectif très spécifique (hypersensibilité, intolérance à l'injustice, hyperstimulabilité), qui rend parfois l'adaptation à l'environnement difficile (enfants souvent amenés vers le rejet et la solitude).

L'enfant HP peut être doué dans un ou plusieurs domaines et présenté parfois des troubles d'apprentissage dans d'autres. C'est un enfant en demande presque constante d'apprendre et lorsque ses demandes ne sont pas suivies et comblées, il peut en arriver à se renfermer sur lui-même ou au contraire présenter des troubles attentionnels : il s'ennuie.

Les enfants HP ont donc besoin de systèmes éducatifs adaptés qui les aideront à exploiter leur potentiel, mais surtout à s'épanouir et à être bien dans leur peau.

 

Une prise en charge ciblée et adaptée en lien vers l'école

Au décours du bilan pédiatrique, orthophonique et du bilan neuropsychologique qui permet l'évaluation de l'ensemble des fonctions cognitives ; un déficit cognitif sera mis en évidence, un déficit des processus phonologiques et/ou visuo-attentionels, un déficit du sens du nombre, un déficit en mémoire de travail, un déficit de l'attention. Cela permettra de proposer une prise en charge personnalisée de l'enfant par une équipe pluridisciplinaire avec des professionnels experts en neuroscience.

Cette prise en charge peut se faire à travers différents moyens, notamment des méthodes et des séances de rééducation qu’elle soit cognitive, orthophonique ou orthoptique si besoin et qui sollicitent la plasticité cérébrale avec un travail sur les renforts neuronaux, des stimuli de connexions entre les aires cérébrales visuelles, du langage, du calcul : renforts neuronaux du lobe occipital temporal gauche, du lobe temporal et frontal, de la région pariétale inférieure gauche.

Cela peut également se faire à grâce à des séances de psychothérapie, de remédiation cognitive individuelle ou de psychologie positive réalisées par un psychothérapeute.

Des séances de rééducation neuromotrice par un kinésithérapeute spécialisé et neuropsychologue peuvent aussi faire partie de la prise en charge.

Concrètement, il s’agit de rééduquer l'attention et gagner en efficacité mentale, apprendre, réviser, mémoriser : apprendre à retenir ses tables de multiplications en jouant, apprendre à créer des cartes mémoires, apprendre des méthodes de révision efficace suggérées par les sciences cognitives, renforcer la confiance en soi, travailler avec les cartes de pleine conscience pour lutter contre le stress, améliorer la concentration, calmer les émotions de l'enfant, des exercices anti-stress pour se recentrer, développer la conscience phonologique, améliorer ses habilités motrices et la coordination de ses mouvements.

Enfin plus que le QI, c'est la discipline personnelle, le désir, la motivation positive qui va faire progresser l'enfant.

Que ce soit la rééducation cognitive ou l’éducation positive, toutes ces méthodes sont validées par les sciences cognitives.

Bien entendu, il est important que tout ce travail rééducatif neuroscientifique réalisé par les professionnels médicaux et paramédicaux se fasse en lien avec l'école. Il reste important que le corps enseignant soit informé et compétent dans les adaptations scolaires ainsi que dans les aménagements à apporter à l'enfant.

Rappelons simplement les quatre dispositifs scolaires qui sont à la disposition de l'élève dans l’Education Nationale Française (Cf. tableau ci-dessous)

Le monde du TDAH

 

Le certificat médical MDPH est une pièce obligatoire du dossier de demande de prestations et d'orientations formulées à la maison départementale des personnes handicapées (MDPH).

Le certificat médical MDPH est un certificat médical établi par un médecin, à la demande de la famille. Il se doit d'être le plus précis possible avec un bilan diagnostic complet et un projet thérapeutique adapté.

 

Pour conclure, nous retiendrons que les différents troubles “dys”, les troubles de l'attention, les troubles neuro-visuels sont fréquemment associés et sont durables. Mais leur prise en charge cognitive permet d'améliorer et/ou de compenser les fonctions déficientes.

Une prise en charge pluridisciplinaire permettra d'améliorer le parcours de santé d'un enfant qui présente des troubles spécifiques du langage et des apprentissages. 

La rééducation, l'accompagnement, le soutien de l'enfant ainsi que l'accompagnement de la famille, aider à comprendre les dysfonctionnements cognitifs de leur enfant reste primordial.

Cette prise en charge adaptée offrira à l'enfant la possibilité de développer son potentiel scolaire. Un gage important pour son avenir professionnel.

Flavie Lammertyn, Diplômée d'État de Docteur en Médecine, Spécialisée en Médecine Pédiatrique et Materno-infantile

Docteur Flavie LAMMERTYN-PAREIN

Diplômée d'État de Docteur en Médecine, spécialisée en Médecine Pédiatrique et Materno-infantile. Ancien Interne du CHU RENNES, médecin de PMI Conseil Général du Morbihan et médecin du Centro Medico de la Canyada València
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