Federico García Lorca, le prince gitan le plus célèbre d’Espagne

Par Jill-Manon Bordellay | Publié le 08/12/2021 à 19:42 | Mis à jour le 09/12/2021 à 14:22
Une photo en noir et blanc d'un homme en train de poser

Entre la lune et les étoiles, entre la myrte et l’olivier, naît ce prince de la poésie andalouse qui réveille la péninsule ibérique de toutes ses couleurs : du bleu profond des flots marins, des jaunes subtils des citronniers ensoleillés, aux chants des cigales et de la guitare qui "fait pleurer les songes". Oui, nous parlons bien de Federico García Lorca.

Qui n’a pas lu les poésies de ce grand artiste qui nous fait sentir les douces senteurs de l’Espagne, voir sous une lune complice les gitans au rivage et goûter la saveur de la grenade ou la pulpe de l’orange ?  Quel lecteur n’a pas écouté l’univers dans une conque ? Federico écrit : "On m’a offert un coquillage, il y chante une mer de mappemonde".

 

Les premières années du poète

Federico García Lorca, poète, dramaturge, prosateur, peintre, pianiste et compositeur espagnol est né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros près de Grenade. Son père a fait fortune grâce à la betterave, qui remplace le sucre cubain dont la révolte de l’île Caraïbe a rendu les livraisons incertaines. Il possédait une maison confortable et sa femme, la mère de García Lorca, était une pianiste douée. Après ses études secondaires, Federico fréquente l’université et suit des études de Lettres, de philosophie et de droit, mais c’est vers la musique que sa passion l’anime. Dès l’âge de dix ans, il étudie le solfège et l’harmonie avec un disciple de Verdi.

 

Une photo en noir et blanc d'un homme en train de lire avec une jeune fille sur ses genoux
Federico García Lorca avec sa petite soeur en 1914

 

Vie à Madrid et départ aux États-Unis

À Madrid, Federico García Lorca se lie d’amitié avec Luis Bunuel, Salvador Dali, Pablo Neruda dans les années 20. Il rencontre Gregorio Martinez Sierra, le directeur du Teatro Eslava. Garcia Lorca met en scène sa première pièce en vers - Maleficio de la mariposa (Le maléfice du papillon), l’histoire impossible entre un cafard et un papillon. Cette pièce est l’objet de moqueries et l’expérience malheureuse refroidit l’auteur pour le théâtre.

Lorca est victime d’une dépression due à la difficulté de cacher son homosexualité à ses amis et à sa famille. Son amour non réciproque pour Dali serait sans doute à l'origine du "maléfice du papillon". Toutefois, il organise en 1922 un festival de Flamenco et participe à la création de la Génération 27, un groupe littéraire de poètes pour l’expression de leurs idées.

Une photo en noir et blanc de trois hommes
García Lorca, Dali et Pepin Bello photographiés par Buñuel à Madrid

Consciente de ses déboires sentimentaux, sa famille lui conseille de faire un voyage aux États-Unis (1929-1930). Lorca s’éprend d’Harlem et de la musique afro-américaine des negro-spirituals. Il a une aventure avec George Lowex.

 

Retour en Espagne

Le retour en Espagne de notre poète coïncide avec la chute de la dictature de Miguel Primo de Rivera et la proclamation de la république. En 1931, Lorca est nommé Directeur de la société de théâtre. Il écrit la trilogie Bodas de sangre (Noces de sang) en 1933, Yerma (Stérile) en 1934, La Casa de Bernarda Alba (La Maison de Bernada Alba) en 1936.

L’histoire de Noces de sang est tiré d’un article de journal qui relate un meurtre commis dans la province d’Almeria. Le jour même de ses noces, une jeune fiancée s’est enfuie avec son ancien amant. Par malchance, les fugitifs croisent sur leur route le frère du mari éconduit qui abat l’amant.

 

Photo en noir et blanc d'un homme
Federico García Lorca au Paseo de Recoletos à Madrid en 1936


La guerre civile

Quand la guerre civile espagnole éclate en 1936, Federico quitte Madrid pour Grenade, même s’il est conscient qu’il va vers une mort presque certaine dans une ville réputée avoir l’oligarchie la plus conservatrice d’Andalousie. Il est arrêté par des soldats franquistes après quelques jours de prison. Son corps est criblé de balles et jeté dans une fosse commune. Ses livres sont brûlés sur la Plaza del Carmen de Grenade et interdits dans l’Espagne de Franco.

 

La mort de Federico García Lorca 

Un peu avant l’aube du 19 août 1936, à la lueur des phares d’une automobile, celui qu’on tenait déjà malgré son jeune âge de 38 ans pour le meilleur poète espagnol de son temps, meurt fusillé à deux lieues de Grenade. Nous n’entendrons plus sa voix mélodieuse : "Sa voix ne jouait pas, sa voix était une averse de sang", le même sang qui coule dans l’arène.

Si sa mort a été ôtée au regard du public, cachée,  elle semble ne pas être ici pour Federico le cérémonial attendu. Le poète n’avait- il pas écrit : "L’Espagne est le seul pays où la mort est un spectacle ; où la mort joue de longs clairons à l’entrée des printemps"..."Dans tous les pays, la mort est une fin. Quand elle arrive, on tire les rideaux, mais pas en Espagne".

 

Photo d'une statue qui représente un homme avec un pigeon
Statue de Federico García Lorca située Plaza Santa Ana à Madrid


Federico García Lorca n’est pas mort. Il vit à travers sa poésie, son œuvre enchanteresse, son amour de la nature. Il a écrit : "J’aime la terre. Je me sens lié à elle dans toutes mes émotions. Mes plus lointains souvenirs d’enfant ont la saveur de la terre. Les bestioles de la terre, les animaux, les gens de la campagne, inspirent, suggèrent de secrets messages qui parviennent à très peu d’entre nous. Je les capte aujourd’hui avec le même esprit que celui de mes plus jeunes années. Sans cela, je n'aurais jamais pu écrire".

Jill-Manon Bordellay

Jill-Manon Bordellay

Docteure en Philosophie, Littérature comparée et Psychologie, collaboratrice à l'Encyclopédie Universalis, elle a écrit plusieurs essais et nouvelles traitant de l'Art et de la relation entre les humains et les animaux.
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Valence !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

De la part de toutes les équipes de Lepetitjournal.com

À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale