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Bruno LAURENT : "Valence, c’est une ville qui me surprend"

Par Lepetitjournal Valence | Publié le 21/09/2017 à 20:01 | Mis à jour le 22/09/2017 à 07:22
Photo : ©LPJV
Bruno, responsable de la médiathèque de l'institut français de Valence

Bruno Laurent est depuis six ans le Responsable de la Médiathèque de l’Institut Français de Valence. Originaire de Dordogne, il a grandi au milieu des vignes et des bois avant de partir à Bordeaux, Toulouse et Clermont-Ferrand pour réaliser ses études sur les métiers du livre. Après un passage par Naples, il est arrivé à Valence par hasard mais a rapidement été séduit par la ville.

 

Lepetitjournal Valence : Comment devient-on Responsable d’une médiathèque dans un Institut Français à l’étranger ?

Bruno Laurent : J’ai fait mes études dans une filière particulière qui s’appelle « Métiers du livre » et qui est focalisée sur les bibliothèques et les médiathèques. C’est à cette époque que j’ai découvert qu’il y avait des bibliothèques françaises à l’étranger. Arrivé en maîtrise, je n’avais pas du tout envie de continuer, je souhaitais trouver un travail. J’ai donc écrit à tous les Instituts Français d’Europe et notamment à Naples en Italie, parce que j’avais une connaissance qui vivait là-bas. Le jour où j’ai envoyé ma candidature, j’ai reçu un coup de fil de l’Institut français m’expliquant qu’ils recherchaient quelqu’un et qu’ils allaient justement publier une annonce correspondant à mon profil. Ils m’ont proposé le poste immédiatement ! Ils ont été assez gentils de me laisser finir mon année d’étude et en septembre 2007, je suis parti à Naples, sac à dos sur les épaules, pour travailler à l’Institut Français en tant qu’aide bibliothécaire.

Que retenez-vous de cette expérience ?

Je suis resté quatre ans à Naples : trois ans à l’Institut Français et un an et demi dans un CNRS d’archéologie qui dépendait de l’école française de Rome.  C’était génial, une très bonne expérience. J’ai beaucoup appris et j’ai grandi en quelque sorte parce que Naples est une ville très particulière, pas facile mais en même temps magique. Il faut se faire sa place dans cette ville.

Comment êtes-vous arrivé par la suite à Valence ?

A Naples j’étais à mi-temps avec des contrats de plus en plus précaires et de plus en plus difficiles à renouveler. Un an avant mon départ, j’ai commencé à chercher du travail. Cette fois-ci, au lieu de chercher en Europe, je me suis fixé de pas être trop loin de la France pour pouvoir revenir facilement. Il y avait l’Espagne, qui est le pays de mon grand-père, l’Allemagne et le Portugal. L’Espagne restait cependant le top du top pour moi. J’ai envoyé aux Instituts des candidatures spontanées. Par chance le poste de bibliothécaire de l’Institut français de Valence était vacant.

Vous êtes donc arrivé ici il y a six ans. Connaissiez-vous Valence auparavant ?

Non, du tout ! Ce fût une surprise et je ne situais même pas Valence sur une carte ! (rires) Mon grand-père était d’Ávila, en Castilla y Léon, donc je ne connaissais pas du tout. Et comme toujours lorsque l’on dit « je pars à Valence », on se rend compte que plein de gens connaissent.

J’ai découvert Valence qui était dans la continuité de Naples pour le caractère méditerranéen. Je me suis moins pris une claque qu’à Naples. Et puis Valence est une ville très facile d’accès, très calme où l’on respire et qui fait du bien.

Parliez-vous espagnol avant de venir ?

J’avais étudié l’espagnol jusqu’à mes études universitaires. J’avais donc un espagnol très basique que j’avais bien perdu en Italie. J’ai donc réappris l’espagnol sur le tas, avec mes bases. J’ai vécu en collocation avec des espagnols et des valenciens ce qui m’a permis d’avoir des premières bases en Valencien.

Responsable de la médiathèque de l’Institut Français, en quoi cela consiste exactement ?

Cela consiste à gérer un des secteurs de l’Institut français. Dans un Institut, il y a plusieurs secteurs : les cours de français, la programmation culturelle, les séjours linguistiques, les examens et bien entendu la médiathèque. C’est un pôle assez important. Tous ces secteurs fonctionnent ensemble. C’est un vrai travail de groupe.

Gérer une médiathèque, ce n’est pas très différent d’une bibliothèque : c’est acheter des documents, faire du prêt et se faire connaître. C’est un énorme travail de se faire connaître au niveau de la ville. Beaucoup pensent que nous sommes une bibliothèque privée. Je ne sais pas d’où ça vient mais ils imaginent qu’elle est réservée à nos étudiants. Une poignée de gens sait qu’ils y ont accès, qu’ils peuvent se faire une petite carte et emprunter les documents ou même venir ici gratuitement et consulter. Ça, c’est un gros travail depuis six ans !

C’est donc vous qui sélectionnez les achats de la bibliothèque ?

Oui avec mon binôme Sandrine. Je suis responsable du budget, mais au niveau de la sélection de documents, nous le faisons à deux, chacun apportant son grain de sel et nous sommes vraiment complémentaires à ce niveau-là.

Comment faites-vous votre sélection ? Est-ce que vous allez prendre tous les Goncourt, les succès du moment ?

C’est là où il faut faire la part des choses. Avec le budget alloué, nous essayons d’être assez larges. Nous sommes très à l’affut des auteurs qui participent à la Grande Librairie [NDLR : émission télévisée littéraire diffusée en première partie de soirée sur France 5], quelles sont les bonnes critiques dans les journaux, dans le Monde des Livres, dans Télérama, dans les Inrocks, dans les grands médias d’influence. Il faut s’intéresser à tous les auteurs et faire des choix drastiques parce qu’on ne peut pas tout prendre malheureusement. Il faut aussi bien connaître son public, c’est très important. Nos lecteurs sont assez différents : il y a ceux qui suivent vraiment la critique littéraire et qui vont avoir des demandes particulières, d’autres qui sont fans de romans policier et ensuite un public plus familial.

Vos lecteurs justement, qui sont-ils ? Est-ce que c’est plutôt des français qui cherchent à garder un lien avec la culture française ou des franco-espagnols qui veulent développer leur français ?

Nous avons des franco-espagnols qui ont étudié le français dans leur jeunesse et qui veulent reprendre, ou garder leurs acquis. Il y a ceux dont les enfants vivent en France, ceux qui viennent apprendre le français à l’Institut et veulent aller plus loin. Nous avons nos étudiants. Et puis nous avons nos familles, notamment des familles binationales qui veulent garder ce lien avec la France. Et bien entendu, des français expatriés qui veulent se tenir informés.

La médiathèque propose également des œuvres cinématographiques et musicales également. Comment cela fonctionne-t-il ?

Oui, c’est ce qui fait que nous sommes une médiathèque et pas une bibliothèque puisque nous avons des DVD, des CD et la bibliothèque numérique aussi. La partie musicale c’est vraiment le petit grain de sel que nous apportons et qui fait un peu la différence par rapport à d’autres médiathèques du réseau.
Notre budget est assez limité et il a fallu trouver des astuces. La première chose que nous avons fait, c’est la newsletter, le fameux « Tékoutkoi ». Toutes les semaines, c’était faire connaître la musique française à travers une playlist plus ou moins thématique. Depuis un ou deux ans, nous nous sommes recentrés en faisant des playlists thématiques sur Spotify.

Et puis après, sur une suggestion de l’ancien directeur de l’Institut, nous avons contacté les maisons de disques afin qu’elles nous envoient leurs CD et faire la promotion de leurs artistes sur l’Espagne. Cela permet éventuellement d’attiser la curiosité de nos lecteurs dans un premiers temps mais aussi des festivals. En fait la médiathèque de l’Institut français de Valence est un petit peu influenceuse des musiques qui sont créées en France pour l’Espagne. C’est un énorme travail mais cela fonctionne super bien avec les maisons de disques.

Bruno devant un grafiti

Revenons un peu sur Valence. Quand vous l’avez découverte, qu’en avez-vous pensé ?

Je suis tombé amoureux de cette ville ! Ce fût LA découverte. Mon envie de bougeotte s’est calmée. C’est une ville qui me surprend et même une région qui me surprend. Même six ans plus tard.

Dans quel quartier habitez-vous ?

J’ai toujours habité sur Ruzafa. Maintenant je suis à la limite de Ruzafa, vers les arènes. Les premiers temps, je ne sortais pas beaucoup de Ruzafa et depuis quelques années, je découvre les autres quartiers : Benimaclet, le Cabanyal qui est juste génial, Abastos, Jesus, Patraix qui sont plus populaires. Ce que j’aime beaucoup de Valence, c’est cette vie par quartier qui sont très différents les uns des autres : on ne va jamais trouver la même chose. Je suis très content de vivre ici parce que je me rends compte que c’est une ville qui se développe culturellement. Par exemple, le centre culturel Bombas Gens qui a ouvert il y a peu dans le quartier populaire de la Saïdia. Rapporter de la culture dans les quartiers populaires et récupérer des bâtiments historiques plutôt que de les laisser s’effondrer, c’est une bonne idée. Valence, c’est une ville qui offre différentes choses aussi intéressantes les unes que les autres. Et puis quand on s’échappe de la ville, on se retrouve à la montagne, à la mer, à la campagne. Et puis au niveau gastronomique, c’est génial !

Aucune critique ?

Cela n’a pas été mon cas mais je sais que ce n’est pas forcément très facile de s’intégrer dans cette ville. Ce n’est pas parce que les gens ne sont pas accueillants, c’est plus de rentrer dans des amitiés avec des vrais valenciens. Mais je pense que c’est un peu le cas dans tous les pays avec les locaux. J’ai eu de la chance, mes colocataires étaient des valenciens et j’ai pu m’intégrer rapidement. Et puis bon, dans un premier temps, je faisais partie de ceux qui ne veulent pas de contacts avec des français les ayant déjà via mon travail, je voulais vraiment être avec des espagnols, des valenciens. Finalement, on se rend compte que c’est un melting pot de plusieurs pays, de plusieurs cultures.

En termes de lieux, d’activités, de gastronomie, avez-vous des conseils ?

La paella n’est pas mon plat de référence, je suis plus pour le coté tapas. Au Cabanyal, il y a un resto que j’adore qui s’appelle « bar Cabanyal » et qui propose des tapas de fruits de mer. Il faut réserver à l’avance car c’est toujours plein. Pour manger, je vais plus sur Ruzafa

Au niveau culturel, je dirais se promener dans la ville, se perdre dans les rues du Carmen, du Cabanyal de Benimaclet. Et puis évidemment, se balader dans le Turia et aller faire ton pique-nique avec sa paella à emporter. Tout cela, j’adore !

Cela fait maintenant dix ans que vous êtes parti de Dordogne. Est-ce que cela vous manque ? Y retournez-vous souvent ?

J’y retourne peu. Est-ce que cela me manque ? Non, je suis très bien ici et je n’ai pas du tout l’intention de rentrer en France. Ce qui me manquerait le plus, ce serait de voir le bouillonnement culturel que nous avons en France. Mais là c’est à Valence de jouer. Voilà ma critique sur Valence : c’est une ville qui a tout le potentiel avec la météo qu’il fait, cela bouillonne et il faut sortir des sentiers battus. Même si l’offre culturelle s’est considérablement développée, il n’y a pas de prises de risques.

Quel est l’événement culturel ou le festival de Valence que vous ne rateriez pour rien au monde ?

Il y a le festival de théâtre de rue de Ruzafa, Ruzafa Escenica, ou au Cabanyal, le Cabanyal Intim. A Sueca aussi, il y a le MiM. Sueca est une ville qui a pris le dessus et a d’excellentes propositions culturelles.

Si vous deviez faire le bilan de votre parcours ?

Positif, 100% positif !

Quels seraient vos conseils pour celles et ceux qui veulent se lancer dans l’expatriation, à Valence ou ailleurs ?

Du fait que nous soyons en Europe, il n’y a pas besoin d’énormément de préparation. Pour Valence c’est assez facile d’arriver et de s’installer. Administrativement c’est un peu difficile, comme partout ailleurs, mais pas insurmontable. J’ajouterais qu’à Valence, il faut vraiment chercher à s’intégrer dans le quartier. Pour moi c’est l’idée la plus importante : il y a plein de choses qui permettent aux français de ne pas perdre leurs racines comme l’Institut ou lepetitjournal.com mais il faut essayer de se fondre dans une autre vie et s’habituer aux règles locales.

Quelle sera l’actualité 2017-2018 pour la Médiathèque ?

Plein de choses ! Nous allons reprendre nos ateliers. Par exemple pour les enfants « L’Heure du conte » qui aura lieu quatre fois par trimestre avec une nouvelle narratrice en la personne d’Anne-Sophie. Sandrine va également reprendre ses activités manuelles autour des animaux et des contes pour les petits de trois à cinq ans. Pour ma part, je vais reprendre le club de lecture avec les adultes. Chaque mois je sélectionne des lectures avec une thématique assez large. Je veux faire aussi un atelier sur le recyclage en utilisant les magazines que l’on jette. Le Tékoutkoi reprendra aussi.

 

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