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UFE – Entretien avec Gérard Pélisson, Président de l’Union des Français de l’étranger

Gérard Pélisson, co-fondateur du groupe Accor, préside l'Union des Français de l'étranger depuis 1997. Il fait le point sur le développement de l'association en cette année 2012 qui verra la représentation des Français de l'étranger évoluer considérablement. (Photo courtoisie)

lepetitjournal.com : Pouvez-vous rapidement nous présenter l'UFE ?

Gérard Pélisson : Si l'UFE est profondément tournée vers l'avenir, je tiens à commencer par un rapide historique. L'association a été créée en 1927 par le journaliste Gabriel Wernlé. Il s'était rendu compte que les liens étaient coupés entre la France et ses ressortissants résidant à l'étranger. Beaucoup s'étaient faits tués pendant la guerre mais leurs veuves ne pouvaient pas accéder au statut de veuve de guerre et leurs enfants à celui de pupille de la nation.

Il a alors tenu à restaurer un lien entre la France et ses expatriés. Dès sa création, le but de l'association était de défendre les intérêts moraux et matériels des Français résidant hors de France à l'écart de toute préoccupation politique et confessionnelle, et de faire reconnaitre par la France cette communauté dont la contribution au rayonnement économique et culturel de notre pays était mal appréciée. La Voix de France, créée en 1928, reste encore aujourd'hui notre organe de communication. L'UFE est reconnue d'utilité publique en 1936 sous le gouvernement de Léon Blum.

Au lendemain de la guerre, les Français de l'étranger obtiennent le droit de vote et des représentants au Sénat sont nommés en 1946. C'est un début de reconnaissance des droits civiques des Français de l'étranger. Sous l'impulsion de l'UFE, le gouvernement instaure en 1948 le Conseil Supérieur des Français de l'Etranger (CSFE) qui deviendra par la suite l'Assemblée des Français de l'Etranger. A l'étranger, les ambassadeurs sont en général présidents d'honneur des représentations locales de l'UFE.

L'UFE joue pleinement son rôle dans la création de la Caisse des Français de l'Etranger (1965) et suit de très près encore dans le développement du réseau des écoles françaises à l'étranger. Il faut rappeler au passage qu'aujourd'hui, la France est le pays au monde où l'Etat fait le plus pour ses expatriés. Il n'existe rien de comparable ailleurs ; les expatriés en sont peu conscients. Bourses, financements partiels, assistance aux personnes en difficulté? L'UFE est à l'origine de toutes ces avancées. Je suis fier de cette histoire. Les Français de l'étranger le méritent car ils contribuent au rayonnement de notre pays, ils jouent un rôle culturel et économique important même si cette communauté reste bien méconnue en métropole.

Dernièrement, l'association a milité pour l'instauration de la gratuité dans l'enseignement (loi PEC), pour la création des postes de députés ou encore du secrétariat d'Etat chargé des Français de l'étranger.

Que pensez-vous justement de la création de ces postes de députés ?

Les expatriés sont représentés au Sénat depuis 1946. Les sénateurs y sont respectés et reconnus. Les députés veilleront à ce que les lois débattues à l'Assemblée nationale ne portent pas atteinte aux intérêts des Français établis hors de France. Ce sera un appui pour le ministère des Affaires étrangères et pour l'AFE. C'est donc un pas important en avant.

Dans cette nouvelle organisation, ils auront un rôle complémentaire avec les sénateurs dont la compétence est universelle. Les députés seront eux reliés à une circonscription, à un territoire même si le découpage n'a pas été aisé à réaliser. Certains conseillers AFE se sentent un peu frustrés mais leur rôle de relai sera pourtant primordial.

Les premiers députés des Français de l'étranger ne seront pas reçus avec des fleurs à l'Assemblée nationale pour différentes raisons. Tout d'abord, le découpage a entrainé la suppression de certaines circonscriptions métropolitaines. Dans la France profonde, les Français de l'étranger gardent encore une fausse image de colons. Cette réforme représente de plus un budget pour le contribuable de l'hexagone. La participation sera donc un élément déterminant, car nous rappelons que les conseillers AFE sont élus avec une participation moyenne inférieure à 20%.

Les députés vont jouer un rôle important avec une réelle responsabilité territoriale. Ils vont devoir trouver rapidement leur place. Les conseillers AFE et les associations et resteront les relais naturels. L'UFE, la première d'entre elles, est présente dans 100 pays avec 170 représentations. C'est également de très loin la première association en nombre de membres.

Dans cette évolution, l'AFE doit-elle changer de statut ?

La situation est quelque peu anachronique. L'Assemblée des Français de l'étranger est présidée par le ministre des Affaires étrangères ; ce président devrait être élu. L'AFE est aujourd'hui un microcosme totalement méconnu. On peut également lui reprocher d'être très renfermée sur elle-même, ses seuls relais étant les sénateurs. Les conseillers, dévoués à leur mission, font un travail remarquable sur le terrain mais l'AFE n'a pas de vie d'assemblée propre et ses avis sont purement consultatifs.  En conséquence, 95 % des v?ux formulés ne sont pas suivis de faits. C'est plutôt une "fabrique à sénateurs". Il ne faut d'ailleurs y collecter que 27 voix pour devenir sénateur.

L'AFE ne peut donc jouer pleinement son rôle. Une importante réforme doit nécessairement être menée pour permettre d'activer cette assemblée. Pour ce faire, il faut une évolution en commençant par une plus grande autonomie.

Que pensez-vous de la création du secrétariat d'Etat ?

Le fait d'avoir un membre du gouvernement dédié pour notre collectivité est très utile. Il va permettre une meilleure relation entre les Français de l'étranger et les pouvoirs publics. Ce secrétariat d'Etat pourra être l'instigateur des réformes nécessaires notamment celle de l'AFE. Il y a également un côté pédagogique dans cette création. Il doit permettre une meilleure compréhension de certaines problématiques (binationalité, fiscalité?) et du rôle éminent que jouent les Français installés à l'étranger. Cette population est en croissance et on l'évalue aujourd'hui entre 2,2 et 2,4 millions de personnes. Ce phénomène ne devrait pas s'arrêter en raison notamment de la globalisation de l'économie et de la croissance de nouveaux pays émergents.

Que pensez-vous de l'idée d'instaurer en 2014 une année des Français de l'étranger ?

Tout ce qui peut faire évoluer l'image des expatriés auprès des Français de métropole est utile. Il faut parler de cette communauté, mal connue, mal appréciée. Aussi tout évènement allant dans ce sens est le bienvenu. L'UFE a toujours joué un rôle très important dans la réhabilitation de cette communauté. Depuis la fin de la guerre, la reconnaissance des Français de l'étranger a connu des avancées considérables. Le monde associatif s'est depuis développé. En Suisse par exemple, on compte désormais une centaine d'associations regroupant des Français.

Pouvez-vous nous présenter le service France experts ?

La création de France Experts résulte d'un constat simple : les Français de l'étranger disposent souvent d'intérêts (famille, patrimoine, affaires) dans l'hexagone. Les grandes entreprises interviennent de moins en moins sur cette sphère strictement personnelle. Or, quand les expatriés sont à 10 000 km de la France,  ils sont un peu dépourvus. Il fallait donc mettre à la disposition de ces Français une assistance pour la gestion de ces affaires personnelles. L'idée est donc de leur permettre d'accéder à des services (notaires, avocat, conciergerie, agence immobilière?) dans les meilleures conditions.

L'UFE a-t-elle aujourd'hui un rôle politique ?

Notre association, reconnue d'utilité publique, tient à réaffirmer son caractère apolitique. C'est dans ses gènes, dans son histoire. L'essence de l'UFE est apolitique. Tout le monde est le bienvenu. En 1981, François Mitterrand, partant du constat que les Français de l'étranger votaient plutôt à droite,  a eu la volonté de "casser" l'UFE en créant une association concurrente.  L'UFE a alors pris une "teinte droitiste" au contraire de l'ADFE-Français du Monde qui est clairement de sensibilité de gauche. Cependant, cela n'a rien changé pour notre association. L'UFE reste clairement dans le cadre de ses statuts.

Notre rôle pour ces élections est de contribuer à ce que les Français de l'étranger s'expriment, et en premier lieu, qu'ils soient inscrits sur les listes électorales consulaires. C'est d'ailleurs désormais automatique, sauf opposition explicite, lors de l'enregistrement sur le registre des Français établis hors de France.

Un dernier message pour nos lecteurs ?

L'UFE aura toujours vocation à resserrer le lien entre la France et les Français de l'étranger. On note parfois un désintérêt des Français de l'étranger pour la France. Or la France fait beaucoup pour vous ! Montrez donc que vous vous intéressez à son sort. Votez pour qui vous voulez mais votez !

Propos recueillis par Thibaut Devémy (www.lepetitjournal.com) jeudi 1er mars 2012

L'Assemblée Générale de l'UFE se tiendra samedi 3 mars au Novotel Paris Tour Eiffel. Consultez l'ordre du jour sur le site de l'UFE.

 

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