INTERVIEW - Benoît Aymonier publie son deuxième ouvrage " Résister aux illusions "

Par Lepetitjournal Tunis | Publié le 02/05/2022 à 01:00 | Mis à jour le 02/05/2022 à 01:00
BENOIT AYMONIER AUTEUR RESISTER AUX ILLUSIONS TUNISIE

Benoit Aymonier vit en Tunisie depuis 2007. Après une carrière d’entrepreneur durant laquelle, par nécessité et vocation, il adopte une posture de manager coach, il se forme académiquement au coaching professionnel et obtient sa certification en 2010.

En 2017, il publie un premier essai, " Lâcher prise, comment se reconnecter à soi-même ", ouvrage dans lequel il entraîne le lecteur à la découverte de lui-même. Nous l'avions rencontré à ce sujet : lire notre interview ici

Cinq ans plus tard, il publie “ Résister aux illusions, comment accéder à la réalité du monde, des autres et de soi-même ”. 

 

Lepetitjournal.com/Tunis : Quand vous est venue l’idée d’écrire ce deuxième livre ?
Benoît Aymonier : Je peux très précisément dire quand la graine a commencé à germer. C’est en novembre 2016, juste après avoir remis le manuscrit du premier à mon éditeur, Robert-Laffont. Je le sais grâce à ce que j’ai écrit dans mon journal, installé dans un café à Paris, le 16 novembre 2016 : “Je viens d’envoyer le manuscrit terminé à mon éditeur et je sens une grande énergie qui me pousse à créer et à continuer d’offrir, de transmettre ce que je porte en moi”. Ce n’était pas encore une idée à ce moment-là, mais c’est bel et bien le début de l’aventure de ce deuxième livre. 

 

Pourquoi ce titre ?
Il a été fait plusieurs fois mention, dans le premier livre, de lâcher prise sur les illusions de soi-même afin se reconnecter à l'essence de son être. De plus, s’illusionner sur le monde, les autres et soi-même est une caractéristique saillante à la fois de mon expérience personnelle et de ma vie professionnelle. Je peux en parler en parfaite connaissance de cause. Je me suis donc attaché dans ce deuxième livre, à comprendre et expliquer les mécanismes qui nous font nous illusionner sur les choses, le monde et nous-mêmes.

 

Pour quelles raisons devons-nous résister aux illusions ?
Que se passe-t-il lorsque je dois prendre un train, que je m’illusionne sur le temps nécessaire pour arriver à la gare, et que j’arrive en retard ? Le train est parti et je reste sur le quai. S’illusionner sur le réel nous expose au danger de rater des trains, des occasions, des opportunités, nous amène en quelque sorte à passer à côté de sa vie. Dans certaines situations, les conséquences peuvent être bien plus dramatiques. Si je m’illusionne sur mon environnement, qu’au bord d’un précipice je crois être au milieu d’une plaine, faire un pas de plus me ferait tomber dans le vide, ce qui, selon la hauteur du précipice, me met en danger de mort. S’illusionner sur le monde et les phénomènes qui s’y produisent n’est pas sans conséquences. S’illusionner sur le monde et sur soi-même nous expose à de douloureuses déconvenues. 

 

Parfois, la réalité est tellement douloureuse qu’il vaut mieux vivre dans l’illusion. Qu’en pensez-vous ?
C’est sûr que voir la vie en rose est plus confortable que de la voir en noire. Jusqu’au jour où le réel nous rappelle à son bon souvenir, jusqu’au moment où la façon dont nous nous racontons l’histoire du monde et de nous-même en son sein se confronte à la réalité du monde tel qu’il est. Et là, dans cette confrontation, c’est toujours le réel qui gagne, dans 100% des cas. Il n’y a pas de négociation possible avec le réel. Il est tel qu’il est, et plus le décalage entre le réel et nos illusions est grand, plus la confrontation est douloureuse. Je peux marcher très confortablement avec les représentations illusoires que je me fais de mon environnement. Que celles-ci procèdent de mon ignorance, du maquillage ou d’un aveuglement conscient ou inconscient, le pas de plus que je fais alors que je suis face à un mur va provoquer un choc. La conséquence de ce choc ne sera peut-être qu’une simple bosse sur ma tête, la conséquence du pas de plus que je fais alors que je suis au bord d’un précipice est potentiellement mortelle. 
En réalité, le monde n’est ni rose, ni bleu, ni gris. Il est tel qu’il est, objectivement, et nous nous le représentons tel que nous sommes, subjectivement. Les objets n’ont pas de couleurs. Les propriétés physiques qui les caractérisent font qu’ils absorbent et reflètent certaines longueurs d’ondes lumineuses. Celles qui sont reflétées sont captées par nos yeux qui transmettent un signal à notre cerveau qui produit une image mentale en couleur. Et encore, pas pour tout le monde. Un daltonien s’en fera une représentation en noir et blanc, et l’aveugle n’aura pas de représentation visuelle du tout. 
Le monde n’est ni beau, ni laid, ni agréable, ni désagréable. Il est tel qu’il est et c’est l’expérience sensible que nous faisons à chaque instant que nous qualifions ainsi. Sachant cela, il nous appartient de comprendre comment nous nous représentons les choses et de veiller à produire des cartes du monde qui représentent le plus fidèlement possible le monde tel qu’il est. 

 

Comment résister à la manipulation de l’information et aux fake news qui nous inonde de toutes parts ?
Voilà une excellente question fort d’actualité qui peut se reformuler ainsi : Comment faire pour discriminer le vrai du faux ? L’authentique du fake ? La croyance de la connaissance ? L’information de l’opinion ? Le factuel du bullshit ? Je donne bien évidemment des clés dans mon livre. Pour n’en citer qu’une, il convient de développer un esprit sainement critique. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout critiquer ni douter de tout. Cela consiste à développer une pensée méthodique qui va nous permettre d’ajuster son niveau de confiance de façon appropriée selon la qualité des preuves et la fiabilité des sources.
Le groupe de travail dirigé par Elena Pasquinelli et Gérald Bronner au sein du Conseil scientifique de l’Éducation nationale suggère, dans son rapport “Éduquer à l’esprit critique”,  de se poser les questions suivantes : Est-ce que l’information en question est appuyée par des arguments convaincants ? Est-ce qu’elle est cohérente avec des connaissances solidement établies ? Est-ce qu’elle est étayée par des preuves ? S’agit-il de preuves de bonne qualité, obtenues par des méthodes rigoureuses, qui permettent d’être aussi objectif que possible ? Est-ce que la source de l’information est bien identifiable ? Est-ce qu’on peut raisonnablement exclure que la source a un conflit d’intérêt par rapport au contenu, ou qu’elle agit avec la volonté de nous tromper ? S’agit-il d’une source compétente en la matière ?

 

Vous publiez à la fois en France aux éditions Plon, et en Tunisie à compte d’auteur. Ce n’est pas commun. Comment cela se fait-il ?
Je vis en Tunisie depuis plus de 15 ans. Lors de la publication de mon premier livre en 2017, j’ai constaté que son importation depuis la France imposait un prix de vente élevé. Pour mon second livre, soucieux de donner accès au plus grand nombre, j’ai négocié avec l’éditeur français la possibilité de l’imprimer et de le diffuser à compte d’auteur en Tunisie. Ils ont accepté, je les en remercie, ce qui fait qu’il existe deux éditions du même livre. La Tunisie et les tunisiens m’ont accueilli pendant toutes ces années. C’est une façon de leur manifester ma gratitude.

 

Votre premier livre incitait à l’action avec des fiches pratiques. Qu’en est-il de Résister aux illusions ?
L’aspiration qui me pousse à écrire mes livres est alimentée par le besoin de contribuer efficacement à la communauté humaine. Je le fais à petite échelle à travers mon travail de coach en aidant les personnes que j’accompagne à opérer de profondes transformations et de réels changements dans leur vie. La publication de mes livres me permet de toucher un public plus large. Encore faut-il que le lecteur change concrètement quelque chose dans sa vie. A l’instar des fiches pratiques de Lâcher prise, comment se reconnecter à soi-même, c’est un blog dédié au livre qui accompagne le lecteur de Résister aux illusions à agir concrètement, au quotidien, dans cette noble aventure de développer la conscience et la connaissance de soi et du monde.

 

Vous avez une carrière d’entrepreneur, vous exercez le métier de coach professionnel depuis 2009, vous enseignez à l’université, vous écrivez des livres. Qui est Benoit Aymonier en dehors de cela ?
A la fois “ours” qui adore être dans son monde, j’aime le contact et le partage avec les autres. On apprécie mon sens de l’humour. Je peux rire de tout, avec tout le monde. Quand je ris, cela s’entend de loin et je constate que c’est contagieux. Je vis avec la femme de ma vie, rencontrée au Portugal en 1988, perdue de vue après la révolution chinoise de 1989, puis retrouvée après celle de Tunisie en 2011. Nous n’avons pas d’enfants mais 3 chats se chargent de mettre de l’animation à la maison. Je peux passer des heures à marcher dans la nature, en forêt, sur une montagne ou dans le désert. Tout ce qui m’anime prend racine dans la réalité du vivant et vise à contribuer à la vie. Je regarde constamment au delà des apparences car je sais, de part mon expérience personnelle et professionnelle, que ce qui se passe en coulisse, à la cave ou au grenier nous détermine davantage que ce que nous montrons sur la scène. Si l’écriture s’est progressivement imposée à moi depuis 2013, avec la publication de mon 1er livre en 2017 et du 2ème en 2022, elle prend aujourd’hui une très grande place dans ma vie avec un 3ème livre d'ores et déjà en gestation.

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BENOIT AYMONIER
Ingénieur diplômé des Arts et Métiers et de l'ESIEE, Benoît Aymonier est entrepreneur depuis 1994. Il a dirigé plusieurs structures, recruté, managé et formé de nombreuses équipes, dans un environnement multiculturel. 

Par nécessité professionnelle et par vocation personnelle, il a développé de solides compétences en relations humaines et une expertise en intelligence émotionnelle. Professionnel du coaching, il accompagne depuis plus de dix ans une clientèle internationale aux transformations et aux changements de vie. Il transmet ses connaissances et partage son expérience à travers des cours de développement personnel et d'intégration à la vie professionnelle qu’il donne à l'Université Sesame à Tunis.

Il est l’auteur de “Lâcher prise, comment se reconnecter à soi-même” paru aux éditions Robert-Laffont en mai 2017 et Mon Poche en janvier 2019

 

LE LIVRE :  "Résister aux illusions, comment accéder à la réalité du monde, des autres et de soi-même" 
Édité chez PLON - Collection Renaissance 
Dans un monde où croyances et connaissances, infos et intox se mélangent de plus en plus, comment faire la part des choses ? Face aux mensonges, à la propagande, aux manipulations, comment discerner le vrai du faux, la réalité de la fiction ? Comment ne pas nous retrouver complètement déconnectés de la réalité objective, et finir par croire à l’incroyable, au point de courir, aveuglés par nos illusions, de graves dangers ?  

Benoît Aymonier nous aide à répondre à ces interrogations. D’une manière très pédagogique, recourant à de nombreux exemples vivants, il nous explique la façon dont nous construisons notre réalité.

Quels sont les contours du réel ? Et quels sont les mécanismes qui nous font prendre des vessies pour des lanternes ? C’est en répondant à ces questions que nous pourrons reprendre peu à peu le contrôle de nos vies et de nos rapports aux autres. Pour bien vivre ensemble, il nous est absolument nécessaire de partager un socle commun de réalités, construit sur LE RÉEL.
 

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