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RENCONTRE - Benoit Aymonier : "Lâcher prise : comment se reconnecter à soi-même ?"

Par Lepetitjournal Tunis | Publié le 01/03/2017 à 00:00 | Mis à jour le 01/03/2017 à 13:08

Ingénieur diplômé des Arts et Métiers et de l'ESIEE, Benoît AYMONIER est entrepreneur depuis 1994. En 2007, il s'installe en Tunisie pour y développer sa société basée en France. Il traverse les années et la "révolution du jasmin" en restant fidèle à la Tunisie où il vient de finir d'écrire son premier livre "Lâcher prise : comment se reconnecter à soi-même ?". Rencontre

Lepetitjournal.com/Tunisie : Comment êtes-vous arrivé en Tunisie ?

Benoît Aymonier : c'est avant tout en simple touriste, fin des années 90, que j'ai découvert la Tunisie. Puis, j'y suis revenu en 2006 pour des raisons professionnelles. J'avais en France une société de fabrication et de distribution de jouets et loisirs créatifs. J'ai choisi la Tunisie pour pouvoir accompagner de façon compétitive la forte croissance de ma société en renforçant le staff commercial et administratif. J'ai donc créé à Tunis une société de services pour encadrer et accompagner des compétences tunisiennes à offrir leurs services, non seulement à ma société en France, mais à toutes autres TPE ou PME européennes en recherche de solutions compétitives de ressources humaines. Charmé par la qualité de vie et le climat, je me suis installé et je vis en Tunisie depuis 2007.

Aujourd'hui vous êtes coach professionnel, comment êtes-vous passé du management au coaching ?

De façon à la fois progressive et naturelle. Tout au long de ma carrière d'entrepreneur, j'ai observé combien les challenges de gestion de l'humain étaient bien plus difficiles à relever que les challenges d'ordre technique ou organisationnel. Je me suis donc formé à la communication et au management, mais aussi aux développement de compétences d'intelligence émotionnelle, domaine dans lequel j'ai acquis peu à peu une expertise. J'ai aussi beaucoup formé mes équipes et je me suis rendu compte que certaines compétences, communément appelées soft-skills ou compétences de savoir être, ne pouvaient se développer que si mes collaborateurs les laissaient émerger en eux. J'ai donc très tôt développé les outils et l'attitude manager coach pour pouvoir les accompagner dans cette démarche. J'ai en 2008 officialisé ma pratique de coach professionnel en suivant un cursus de formation accrédité par l'ICF (International Coach Federation) dispensée par Coaching de Gestion Canada via Formaxion en Tunisie. J'ai obtenu ma certification en 2010.

Comment avez vécu la révolution ?
En fait, c'est la 2e révolution que j'ai vécu, la première étant celle de Tian an Men, en Chine, en juin 1989. J'étais à l'époque coopérant scientifique à Pékin. En 2011 en Tunisie, j'ai vécu les événements en étant paradoxalement empathique et détaché, en étant à la fois très présent et distant. Je suis resté à Tunis pendant toute la durée du couvre-feu mais je ne suis pas allé dans les points chauds des manifestations par prudence, et aussi par respect, ce n'était pas MA révolution. Je l'ai vécue avec mon oeil de décryptage émotionnel observant les mécanismes de peurs, d'angoisses, de colère, de haine, de soulagement, d'espoir, de joie, de liesse ... C'était un feu d'artifice d'émotions.

Il y a eu 15 jours d'état de grâce, sans police dans la rue, avec une autorégulation, un esprit civique extraordinaire dans la façon de se comporter, de conduire, de parler ... un moment exceptionnel, qui n'a malheureusement duré que quelques semaines.
Puis sont venues les tentatives de déstabilisation avec la peur, les milices, la chasse aux sorcières, un climat anxiogène inhérent aux événements, mais aussi massivement alimenté par les médias et les réseaux sociaux.

J'ai à l'époque voulu apporter ma contribution en offrant de mon temps et de mon expertise afin d'aider la Tunisie et les tunisiens dans cette mutation exceptionnelle, dans la construction d'un avenir de liberté, de conscience et d'abondance pour le pays.

Comment analysez-vous cette révolution, d'un point de vue personnel ?

Je ne crois pas aux révolutions de masse, si elles ne s'accompagnent pas de révolutions individuelles. Tout comme les symptômes d'un individu qui souffre d'un malaise ou d'une maladie, les dysfonctionnements de nos sociétés modernes sont les symptômes d'un mal profond. Révolutionner un système pour en mettre en place un autre sans prendre la mesure des causes profondes des dysfonctionnements revient à s'occuper du symptôme sans traiter la maladie.

J'ai eu une crise d'appendicite en décembre dernier. Je vais aux urgences d'une clinique qui par incompétence ou négligence n'arrive pas à faire le diagnostic, et de laquelle je repars avec des anti-douleurs pour soulager les symptômes. Les causes profondes n'ayant pas été traitées, les symptômes persistent et s'intensifient. Je retourne deux jours plus aux urgences d'un hôpital avec une péritonite. La mesure des premiers symptômes n'ayant pas été prise, le mal profond s'est aggravé. Si je peux vous répondre aujourd'hui, c'est que j'ai été opéré et que l'opération s'est bien passée.

Il est vital de s'occuper des causes profondes de nos problèmes tant au niveau individuel que collectif. Les symptômes ne sont que des signaux d'alarme nous invitant à nous remettre profondément en question. Malgré les erreurs, et parfois les horreurs, que nous sommes capables de commettre, j'ai foi en la vie et en l'humanité car derrière chaque drame de souffrance et de mort se cache un appel de la Vie? L'émergence d'un système plus humain sera le fait de l'humanité dans son ensemble, certe. Mais l'humanité n'est que l'addition de tous les êtres humains, et la responsabilité incombe donc à chacun en particulier.

Nous sommes là pour être ce que l'on EST au plus profond de nous-même. Nous souffrons lorsque, quelle qu'en soit la raison, ce que nous vivons est trop éloigné de ce que nous Sommes. C'est ?si dur? lorsque nous nous accrochons des illusions de nous-même, lorsque nous persistons à être quelque chose que nous ne sommes pas.

C'est un des sujets centraux de votre premier livre "lâcher prise : comment se reconnecter à soi-même ?" 

Effectivement, je partage dans ce livre mon expérience personnelle et professionnelle sur le lâcher prise, et sur ce qui est primordial dans la vie, à savoir être en lien avec ce qui est profondément essentiel pour soi et vivre sa vie en conséquence. Pour différentes raisons, on est souvent amenés à vivre autre chose et à être quelqu'un d'autre. On est amené à porter des masques, des armures, des costumes qui ne nous correspondent pas.

Comment découvre-t-on que l'on est pas soi-même ?

Comment savoir si le costume que je porte n'est pas le mien, ou pour le moins ne me correspond pas ? Grâce aux inconforts que je ne vais pas manquer de ressentir en bougeant, en vivant. Gênes, contrariétés, malaises, douleurs, souffrances sont autant de signaux nous invitant à remettre en question quelque chose dans notre vie.

Comment surmonter cette souffrance ?

La souffrance, qu'elle soit physique ou psychologique, est un signal qui nous alerte que quelque chose ne va pas dans notre vie. C'est un signal précieux. Ignorer ou anesthésier un signal de faible intensité nous amènera à expérimenter un autre signal d'intensité plus forte. Ignorer ou coller un sparadrap sur le voyant de température du moteur de notre voiture et continuer à rouler malgré tout nous amènera à expérimenter un autre signal, la fumée qui sort du capot. Donc la première chose à faire pour surmonter la souffrance, c'est de l'accueillir et d'en prendre la mesure.

Qu'est-ce que le lâcher prise ?

Difficile de décrire le lâcher prise qui en fait est une ?non-action?. Ce que je dis du lâcher prise, c'est que c'est soit un moyen, soit une conséquence de la connexion à soi, de la connexion à l'essentiel. C'est un moyen car c'est en lâchant la sécurité illusoire de nos masques, rôles, statuts, croyances, identités ... que nous pouvons librement nous exprimer et vivre notre vie plus connecté et aligné à ce que l'on est. Et c'est une conséquence car en lien et aligné à ce qui est profondément essentiel pour soi, rien ne nous empêche de le manifester en toute transparence et authenticité dans le monde. Dans cette perspective, il s'agit d'arrêter de vivre comme une personne que nous ne sommes pas et de nous autoriser à être et à vivre selon la personne que nous sommes profondément. Pour cela, nous devons lâcher prise sur la sécurité illusoire que procure la façon dont nous avons structuré notre vie jusqu'à présent.

Qu'est-ce que le lâcher prise a changé dans votre vie, votre personnalité ?

Avant, je dirigeais ma vie en fonction de ce que j'en analysais, de ce que je pouvais en comprendre, de ce que je décidais de devenir. Très rationnel et pragmatique, j'étais friand de développement personnel, d'outils, de techniques.
Aujourd'hui, j'appréhende la vie de façon très différente. Je suis déjà ce que je suis profondément, je n'ai pas à le devenir. En revanche, il m'appartient de le laisser se manifester librement. Il n'est plus question de développement personnel ni de me fixer des objectifs de réalisation avec mon mental. Celui-ci me sert à organiser ma vie non pas selon une destination que je me serais fixée, mais selon ce que ma boussole intérieure m'indique à chaque instant.

Est-ce que votre livre a une partie méthodique ?

Oui, mais la valeur ajoutée de mon livre n'est pas dans la méthode ou les outils qui sont proposés. Elle est dans la capacité à déclencher chez le lecteur des résonances qui vont l'inciter à se rapprocher de lui-même. Le coeur de ce qu'on peut qualifier de méthode, c'est la présence. J'explique au lecteur comment, par la présence à soi-même et à l'instant présent, observer, identifier, mettre en lumière ce qui l'empêche de vivre sa vie, ce qui l'empêche d'être lui-même.

Quel est le plus grand intérêt de votre livre ?

De bousculer intérieurement le lecteur, de lui faire enclencher une dynamique de réalignement, d'ouverture de coeur, de repositionnement. Le lecteur qui va, non seulement lire, mais surtout faire l'expérience de ce livre, sentir les résonances avec son histoire de vie, va gagner en qualité de communication avec lui-même et avec les autres, conjoint, enfants, parents, amies, collègues, ... il va en quelque sorte reprendre la télécommande de sa vie et de ses émotions.

Comment êtes-vous arrivé à l'écriture ?

En fait, l'écriture de ce livre s'est imposée à moi. J'ai pendant des années eu le projet d'écrire un livre sur la liberté, un sujet qui m'a toujours passionné. J'ai d'ailleurs nommé la société de coaching que j'ai créée en 2011 Free Yourself Coaching. Mais ce projet n'a jamais dépassé le stade de voeu pieu. Ce livre existe aujourd'hui du fait d'un besoin impérieux de partager et transmettre ce qui m'a été offert de vivre. Un cocktail de concours de circonstances, de chemins qui se sont croisés, de rencontres, a fait que, sans rien planifier et dans des conditions idéales, ce livre a vu le jour.


BENOIT AYMONIER
Ingénieur diplômé des Arts et Métiers et de l'ESIEE, Benoît AYMONIER est entrepreneur depuis 1994. Il a dirigé plusieurs structures, recruté, managé et formé de nombreuses équipes. ?Les challenges de gestion de l'humain sont bien plus difficiles à relever que les challenges d'ordre technique ou organisationnel? partage-t-il avec les dirigeants et managers qu'il accompagne, ce qu'ils confirment unanimement. Par nécessité professionnelle et par vocation personnelle, il a développé de solides compétences en relation humaine et une expertise en intelligence émotionnelle. Il se forme au coaching professionnel en 2008 et exerce aujourd'hui auprès d'une clientèle internationale. Pour Benoît Aymonier, rien n'arrive par hasard, tout est cadeau dans la vie, à condition d'aller sentir et voir ce qui se cache derrière le voile des apparences. Ainsi, il aide les personnes qu'il accompagne à se ?dé-couvrir? elles-mêmes pour vivre en présence et en lien avec ce qu'elles sont profondément.

LE LIVRE : "lâcher prise : comment se reconnecter à soi-même ?" 

Edité chez Robert Laffont, le livre sera disponible d'ici avril.

« Pourquoi sommes-nous là ? Quel est le sens de la vie et de la mort ? Quel est le sens de ma vie ? Pour quelles raisons la vie est-elle parfois si douloureuse et difficile à vivre ? Pourquoi tant de souffrances sur terre ? C'est quoi le bonheur ? Comment être heureux ? »
En 2012, l'auteur est amené à vivre une expérience de lâcher prise total qui provoque en lui une épiphanie, une prise de conscience soudaine et lumineuse de la nature profonde de la vie. Au-delà de toute conception rationnelle et intellectuelle, il fait l'expérience vivante et sensorielle de ce qu'est la vie, et prend conscience de ce qu'elle n'est pas. Il accède alors à une perception, un savoir fondamental qui font émerger des réponses à toutes ces questions : nous sommes là pour être ce que l'on EST au plus profond de nous-même. Et nous souffrons lorsque ce que nous vivons est trop éloigné de ce que nous Sommes, lorsque nous persistons à être quelque chose que nous ne sommes pas.
Dans cet ouvrage foisonnant d'exemples, l'auteur nous entraîne à la découverte de nous-même et expose des clés puissantes pour aider le lecteur à se rapprocher de lui-même et être chaque jour un peu plus ce qu'il Est. Ce livre a le pouvoir de stimuler chez celui qui le lit des résonances avec son histoire de vie, de l'aider à orienter les projecteurs à l'intérieur de lui-même et à sentir des impulsions qui vont le mettre dans une dynamique de réalignement, d'ouverture de c?ur, de repositionnement. En prenant la mesure de ce qui se présente à lui au quotidien, le lecteur va cesser de subir son environnement, les aléas de la vie et ses émotions, pour reprendre la main différemment sur le cours de son existence. Pour l'y aider, des exercices simples et efficaces ponctuent chaque chapitre.
Eckhart Tolle a fait découvrir au monde le pouvoir du moment présent. Dans ce livre, Benoît Aymonier partage de façon claire, pratique et pragmatique pourquoi et comment, par la présence au moment présent et à ce que nous vivons, nous pouvons opérer de profondes et radicales transformations dans nos vies.


Propos recueillis par Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis) mercredi 1er mars 2017

 

 

 

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