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TOUSSAINT – C'est la fête (des morts)

 


Vous avez sans doute remarqué les montagnes de bougies qui s'entassent depuis plusieurs jours chez votre commerçant préféré. Ce signe ne trompe pas. Evitez les routes, remplissez vos placards, cachez vos chrysanthèmes, la Toussaint revient ! Si vous n'avez pas encore eu la chance de participer à la plus belle fête polonaise, il va falloir corriger ça ce week-end !

(photos cimetière Pow?zki - JBM)

La Toussaint est une fête religieuse célébrée le 1er novembre, au cours de laquelle l'Église catholique romaine honore tous ses saints. Elle est suivie le 2 novembre par la fête des morts ou "Commémoration des fidèles défunts". Près des cimetières polonais, les étals multicolores débordent déjà de lanternes, de bougies, de chrysanthèmes et de sucreries. En Pologne, il se vend chaque année près de 400 millions de ces lanternes fabriquées localement. En avril la catastrophe de Smolensk avait déjà entamé les stocks, mais elles sont normalement vendues à 80% autour du 1er novembre.

Si Halloween est bien arrivé en Pologne, la greffe n'a pas encore pris. L'atmosphère pleine de recueillement de la Toussaint polonaise est peu compatible avec l'ambiance festive de sa version américaine. Héritage païen, la fête des morts revêt une importance particulières dans la plupart des pays slaves. Mais c'est le goût particulier des polonais pour le sacré et le religieux qui donne ici toute son ampleur à l'événement.

Mobilisation nationale
Comme ailleurs, le Jour des morts est aussi celui des accidents de la route. Mais rien ne dissuade les pèlerins du dimanche. Pas même les embouteillages. Durant la Toussaint, l'augmentation du trafic est telle que les rues voisines des cimetières sont généralement fermées à la circulation et des parkings y sont improvisés. Pour tenter de contrôler l'afflux de visiteurs, les autorités mobilisent aussi une armée de policiers et de volontaires. Les transports en commun modifient même leurs horaires et leurs itinéraires pour faciliter au maximum l'accès aux cimetières les plus fréquentés.

Pendant deux jours ce flot incessant vient recouvrir les tombes d'une marée de fleurs et de lanternes multicolores. A la nuit tombée, la lumière et l'odeur des bougies habillent les cimetières d'une atmosphère surnaturelle. Malgré le vent, la pluie ou la neige et jusque tard dans la soirée, les nécropoles grouillent de visiteurs et de vendeurs.

Un événement constitutif de l'identité polonaise
La Toussaint est certainement l'expérience la plus forte qu'un touriste puisse vivre en Pologne. Pendant deux jours, les polonais viennent montrer leur gratitude aux défunts dans une atmosphère solennelle. L'ambiance n'est pas au deuil mais au recueillement. D'ailleurs la portée de cet évènement n'est pas seulement religieuse. La Toussaint crée d'abord du lien social. C'est une occasion de se réunir devant les tombes des défunts. Des familles entières se déplacent parfois de très loin pour nettoyer et décorer les tombes de leurs ancêtres.

C'est aussi une fête populaire où se mêlent les polonais de toutes conditions. La charité envers les pauvres est une tradition importante pendant la Toussaint. Autour des cimetières, des organisations caritatives font des quêtes, notamment pour la restauration des vieilles tombes. Les Polonais prennent d'ailleurs soin d'illuminer et de fleurir les tombes anonymes ou abandonnées.

La Pologne est aujourd'hui un pays très divisé (jeunes/vieux, Ouest/Est, urbains/ruraux, libéraux/conservateurs) comme l'expriment les tensions croissantes entre les deux principaux partis polonais (PiS et PO). L'Eglise n'est plus perçue comme un arbitre ou un contre-pouvoir bienveillant. La Toussaint reste pourtant une démonstration de la force d'une unité nationale construite autour de rites religieux.

Cette fête permet aussi aux Polonais de communier avec leur Histoire. En visitant les cimetières, ils n'oublient pas de rendre hommage aux héros nationaux. Sous le régime communiste, ce recueillement était un moyen de protester pacifiquement en exprimant son patriotisme.

Aujourd'hui, l'armée et les scouts organisent encore des gardes d'honneur devant les cimetières militaires et les nombreux lieux dédiés aux martyres du pays. Les polonais ont en effet une relation particulière à la mort. La Pologne, plus qu'une autre nation, a construit une image d'elle-même fondée sur le sacrifice et l'héroïsme. Cette fête est le moment d'honorer cet héritage et de se réapproprier le destin national.

 


Conseils pratiques pour les non-initiés :
- Identifiez les cimetières proches de chez vous, ou pour les plus courageux, rendez-vous au cimetière Brodno à Praga ou au cimetière militaire de ?oliborz (Cmentarz Wojskowy). Si vous  habitez à proximité ou si vous n'avez pas peur de la foule, l'équivalent polonais du Père Lachaise, le cimetière Pow?zki (Cmentarz Pow?zkowski) est un must.
- Evitez de prendre votre voiture et mêlez vous aux polonais dans les transports publics.
- En dehors des cimetières, attendez-vous à trouver une ville morte durant les fêtes.
- Procurez-vous des reines-marguerites ou les inévitables chrysanthèmes (jaunes ou blanches) et un carton de znicze - ces bougies placées dans de petites lanternes, généralement rouges, préservant la flamme des intempéries. Pour les retardataires, des marchands vendent tout le nécessaire à l'entrée des cimetières.
- Explorez un peu les lieux pour trouver une tombe abandonnée à illuminer et à fleurir.

CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) Jeudi 28 octobre 2010

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