La Thaïlande veut introduire des moissonneuses-batteuses électriques dans ses rizières quand d’autres pays soutiennent déjà l’achat de machines agricoles électriques.


L’électrique ne se limite plus aux voitures. En Thaïlande, le gouvernement veut désormais accélérer son développement dans les exploitations agricoles, avec un projet d’acquisition de 500 moissonneuses-batteuses électriques. Présenté comme un moyen de réduire les coûts de production et de soutenir les agriculteurs, ce programme soulève toutefois des interrogations sur son financement et son adaptation aux réalités du terrain.
Mercredi 14 octobre 2026, le ministre thaïlandais de l’Agriculture, Suriya Jungrungreangkit, a défendu un projet à 8 milliards de bahts (environ 200 millions d’euros), soit 16 millions de bahts par machine (environ 400.000 euros). Les prix de ces nouvelles machines correspondent à ceux du très haut de gamme thermique. Les fonds proviendraient d’un dispositif d’emprunt public. Mais rien n’est simple. Les riziculteurs de la province de Buriram ont déjà contesté le projet, jugeant le nombre de machines insuffisant et s’interrogeant sur leur capacité à fonctionner dans des rizières boueuses. Certains préfèrent une augmentation des aides directes aux cultivateurs.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de pression sur les revenus agricoles. En Thaïlande, les coûts du carburant et des engrais pèsent sur les exploitations tandis que les prix du riz restent fragiles. L’électrification pourrait réduire la dépendance au diesel mais son intérêt économique dépend notamment du prix d’achat des machines, de leur autonomie et des infrastructures de recharge disponibles.
Des aides publiques déjà mises en place en Europe
La Thaïlande n’est pas le seul pays à envisager le développement des équipements agricoles électriques. Aux Pays-Bas, les agriculteurs peuvent bénéficier d’une subvention spécifique pour acheter des tracteurs et des machines agricoles électriques. En 2026, le programme national SEL, subvention pour les équipements agricoles zéro émission, disposait d’une enveloppe de 23,6 millions d’euros, après une augmentation du budget initial. L’aide pouvait couvrir 25% des dépenses éligibles pour certaines machines agricoles et 35% ou 55% pour les tracteurs électriques, selon leur puissance. Un soutien complémentaire était également prévu pour les bornes de recharge rapide.
Le succès du dispositif témoigne néanmoins de la tension entre les besoins et les moyens disponibles : dès l’ouverture des demandes, le 2 juin 2026, les dossiers déposés dépassaient déjà l’enveloppe prévue. Au 15 septembre 2026, les fonds étaient entièrement sollicités.
En France, des aides existent aussi
La France a également commencé à soutenir l’électrification des engins agricoles. En 2026, le programme E-Trans, piloté par l’Agence de la transition écologique (Ademe), a permis de financer des projets expérimentaux portant sur l’achat de machines électriques, la conversion d’équipements existants ou encore l’installation d’infrastructures de recharge.
Le dispositif pouvait couvrir jusqu’à 75% du coût de l’investissement, selon les conditions d’éligibilité. Il s’adressait notamment aux projets permettant de tester ces équipements en conditions réelles d’exploitation. La première période de candidature s’est achevée le 28 mai 2026. Une seconde est annoncée pour la fin de l’année 2026, avec un objectif global de 10 millions d’euros pour le programme E-Trans.
Le soutien français reste toutefois différent d’une prime généralisée à l’achat d’un tracteur électrique : il repose sur des appels à projets et des expérimentations, avec des critères spécifiques. Il ne fonctionne donc pas exactement comme les aides à l’acquisition d’une voiture électrique destinée aux particuliers.
Un changement qui dépend des réalités du terrain
Si l’électrification agricole promet de réduire la consommation de carburant et les émissions liées au travail des champs, elle se heurte encore à plusieurs obstacles : le coût d’achat des équipements, leur autonomie, les temps de recharge et leur résistance aux conditions de travail. Dans les rizières thaïlandaises, la capacité des machines à circuler dans des sols très humides constitue notamment une question centrale.
L’enjeu ne consiste donc pas seulement à remplacer le diesel par l’électricité. Il s’agit aussi de déterminer si ces technologies sont adaptées aux besoins des exploitants et si les économies réalisées peuvent compenser l’investissement initial. Entre expérimentation en France, subventions ciblées aux Pays-Bas et projet d’achat massif en Thaïlande, les stratégies diffèrent mais poursuivent un même objectif : faire entrer l’électricité jusque dans les champs.










