Édition internationale

Thaïlande : un journaliste chinois qui enquête sur la corruption dans son pays menacé d’extradition

Détenu à Bangkok depuis janvier 2026, Bai Zhaodong fait l’objet d’une procédure d’extradition vers la Chine. Les organisations de défense des droits humains alertent sur les risques qu’il encourt en cas de retour.

Dissident chinois en Thaïlande Dissident chinois en Thaïlande
Écrit par Édith VIGNON
Publié le 9 octobre 2026


 

La procédure s’accélère. Les autorités thaïlandaises ont engagé jeudi 8 octobre 2026 une procédure judiciaire en vue de l’extradition vers la Chine de Bai Zhaodong, un journaliste d’investigation chinois de 56 ans détenu depuis plusieurs mois à Bangkok. Son avocate thaïlandaise, spécialisée notamment dans les affaires pénales, civiles et les droits humains, a confirmé son transfert devant un tribunal. Une audience sur la demande d’extradition est prévue le 25 janvier 2027, selon Reporters sans frontières (RSF).

Cette annonce intervient à la veille d’une décision attendue sur le recours de ses avocats contre son maintien en détention. L’organisation RSF a dénoncé une procédure « scandaleuse », estimant que les autorités thaïlandaises se montrent disposées à répondre aux demandes de Pékin. Le ministère public thaïlandais n’a pas publiquement détaillé les éléments justifiant la procédure.

 

Plus de 20 ans d’enquêtes sur la corruption

 

Bai Zhaodong a travaillé pendant plus de 25 ans comme journaliste d’investigation en Chine. Il a notamment collaboré avec le magazine économique Caijing et plusieurs autres médias chinois. Ses enquêtes ont porté sur des affaires de fraude et de corruption impliquant des responsables locaux et des membres de l’appareil d’État.

Selon RSF, plusieurs procédures ont été engagées contre lui entre 2011 et 2022 par différents services de sécurité chinois en lien avec ses reportages. Le journaliste aurait notamment été accusé d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État », une infraction passible d’une peine de prison en Chine, pouvant aller jusqu’à cinq ans.

Il a quitté le pays le 29 novembre 2023 pour échapper à ce qu’il décrit comme des persécutions croissantes. Arrivé en Thaïlande en 2024, il y a obtenu une reconnaissance de son statut de réfugié par les Nations unies. Mais son séjour dans le royaume n’a pas mis fin à ses difficultés.

D’après des documents judiciaires consultés par RSF, la police de l’immigration de Chiang Mai s’est présentée à deux reprises à l’hôtel où il résidait en octobre 2024. En septembre de la même année, les autorités de sécurité de la ville de Yulin, en Chine, avaient émis un mandat d’arrêt contre lui pour des accusations d’extorsion. Pékin lui reproche également des faits de corruption et de tentative d’extorsion. Le journaliste conteste la légitimité de ces poursuites.

 

Bloqué en Thaïlande malgré une possibilité d’asile

 

Le 21 janvier 2026, Bai Zhaodong a été placé au centre de rétention de l’immigration de Suan Phlu, à Bangkok. Il devait y attendre son transfert vers un pays tiers susceptible de l’accueillir. Selon RSF, un autre pays lui aurait proposé l’asile mais deux départs prévus en février et en juin 2026 ont été annulés après que les services thaïlandais de l’immigration ont refusé de lui accorder l’autorisation de quitter le territoire.

Les organisations de défense des droits humains craignent désormais qu’il soit renvoyé en Chine. RSF et l’ONG Safeguard Defenders estiment qu’il pourrait y subir des persécutions politiques, une détention arbitraire, des actes de torture ou une disparition forcée.

De leur côté, les autorités chinoises présentent le dossier sous un autre angle. En juillet 2026, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a déclaré que le journaliste était soupçonné d’extorsion et de corruption.

 

La Thaïlande face à ses obligations internationales

 

Cette affaire intervient alors que la Thaïlande entretient des relations économiques et diplomatiques étroites avec la Chine. Le royaume accueille depuis plusieurs années des militants et des opposants chinois qui cherchent à échapper aux poursuites dans leur pays. Leur présence place régulièrement Bangkok face à un arbitrage délicat entre ses relations avec Pékin et ses engagements en matière de droits humains.

 

La Thaïlande n’a pas signé la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Elle reste néanmoins soumise au principe international de non-refoulement, qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque des persécutions ou d’autres atteintes graves à ses droits fondamentaux.

Le précédent des Ouïghours reste particulièrement sensible. Le 27 février 2025, les autorités thaïlandaises ont renvoyé environ 40 hommes ouïghours en Chine, après plus de dix ans de détention dans le royaume. Cette décision avait été vivement condamnée par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui avait dénoncé une violation du principe de non-refoulement.

Un autre cas récent concerne Zhang Xinyan, une militante chinoise de 55 ans arrêtée en Thaïlande en juillet 2026, quelques heures avant son départ prévu pour le Canada dans le cadre d’un programme de réinstallation des réfugiés. Elle a finalement obtenu l’autorisation de partir un mois plus tard.

Dans le cas de Bai Zhaodong, la décision des autorités thaïlandaises reste donc déterminante. RSF et son avocat demandent qu’il puisse quitter le royaume pour rejoindre un pays sûr. La procédure judiciaire engagée en octobre 2026 ouvre désormais une nouvelle étape dans ce dossier sensible.

 

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