Édition internationale

Des mineures vendues via Line dans un salon de massage de Bangkok

Des mineures prostituées dans un salon de massage de Bangkok : deux femmes arrêtées le 7 juin 2026 après une opération d'infiltration policière. Une affaire qui, hélas, en rappelle d’autres.

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Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 8 juin 2026


 

Le 7 juin 2026, des policiers en civil se sont présentés comme clients dans un salon de massage de Bang Khunthian, dans le sud de Bangkok. Derrière la façade ordinaire, des mineures proposées via l'application Line, un carnet de rendez-vous, des téléphones avec les échanges archivés. Deux adolescentes de 16 et 17 ans ont été secourues. La propriétaire, Dararat Thamwanich, 51 ans, et la réceptionniste Warin Promsopa, 37 ans, ont été arrêtées pour trafic de mineurs et proxénétisme. Elles nient les faits.

 

Des policiers qui font avec ce qu'ils ont

 

Ce type d'opération d'infiltration est souvent le seul outil disponible. Les brigades spécialisées thaïlandaises manquent de moyens et de personnel : le rapport annuel du département d'État américain sur la traite des personnes, publié en 2025, note que les autorités en zones rurales et frontalières ne disposent pas des ressources suffisantes pour identifier toutes les victimes potentielles. En 2025, les unités spécialisées ont traité 279 dossiers de traite et interpellé 366 suspects. Pour un pays de 70 millions d'habitants.

 

L'ampleur du phénomène en Thaïlande et en Asie

 

En 2021, une étude menée conjointement par l'Unicef, ECPAT International et Interpol estimait qu'environ 400.000 enfants thaïlandais âgés de 12 à 17 ans avaient subi une forme d'exploitation sexuelle en ligne sur une seule année, entendue comme la production ou diffusion forcée d'images à caractère sexuel, le chantage intime ou la sollicitation par un adulte à des fins sexuelles. Soit 9% des enfants de cette tranche d'âge dans le pays.

C'est loin d'être le pire chiffre régional. Aux Philippines, 20% des enfants de 12 à 17 ans déclarent avoir subi ce type d'abus. Au Cambodge, 11%, soit environ 160.000 enfants sur un an. Le chiffre le plus révélateur reste peut-être celui-ci : huit des dix pays membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) n'imposent pas à leurs fournisseurs d'accès à internet de signaler les contenus pédocriminels aux autorités. Les réseaux opèrent donc dans un vide juridique organisé, selon un rapport de juillet 2025 de l'Initiative globale contre la criminalité transnationale organisée.

 

La même réalité en France

 

En France, le ministère des Solidarités recense plus de 11.000 mineurs victimes d'exploitation sexuelle. L'âge moyen d'entrée dans la prostitution s'établissait à 15 ans et 4 mois en 2025, avec des premiers signalements dès 13 ans. Entre 2021 et 2025, le nombre de victimes mineures enregistrées a progressé de 43%. Dans plus de la moitié des cas, le proxénète est un proche de la victime.

Le 7 juin 2026, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé avoir demandé aux procureurs généraux de reprendre l'intégralité des plaintes concernant des enfants, soit environ 70.000 dossiers, d'ici au 14 juillet. La décision fait suite au meurtre de Lyhanna, fillette de 11 ans retrouvée morte dans le Gers, dont le suspect avait déjà fait l'objet de plusieurs plaintes pour viols sur mineures restées sans suite. « Notre système est totalement défaillant », a reconnu Gérald Darmanin. La Brigade de protection des mineurs de Paris compte une centaine d'agents pour couvrir la capitale.

 

Un système qui protège les agresseurs

 

Ce qui rend ce phénomène aussi résistant, c'est qu'il n'est pas seulement toléré, il est souvent activement protégé. En Thaïlande, la descente en 2018 au salon Victoria's Secret à Huai Khwang avait mis au jour plus de cent travailleuses du sexe dont plusieurs mineures et des documents compromettants impliquant une vingtaine de fonctionnaires. Le propriétaire a passé six ans en fuite. Le même rapport du département d'État américain de 2025 note que des fonctionnaires corrompus dans les forces de l'ordre et les administrations locales permettent à des réseaux d'opérer avec quasi-impunité en Thaïlande, aux Philippines et au Cambodge. Les États-Unis, qui publient ce rapport chaque année, ne sont pas exempts de critiques : en 2025, le département de la Justice américain a recensé plus de 18.500 affaires d'exploitation sexuelle d'enfants ouvertes sur son territoire.

En 2024, une étude mondiale a établi que 300 millions d'enfants sont victimes chaque année d'exploitation sexuelle impliquant internet. Dix cas par seconde.

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