Dans les familles sino-thaïes de Bangkok, le tieguanyin accompagne les repas, les affaires et les conversations depuis deux siècles.


Pendant une interview qui n'avait rien à voir avec le thé, notre interlocuteur nous a introduits à l'une des traditions sino-thaïes de Yaowarat : une tasse posée sur la table. Il s'agissait d'un petit bol sans anse, en porcelaine ivoire et peu profond. La première gorgée est amère puis une douceur remonte, longtemps après avoir été avalée. « C'est du tieguanyin », a-t-il dit.
Le tieguanyin (« déesse de fer de la miséricorde ») est un oolong originaire du Fujian, dans le sud de la Chine, à mi-chemin entre thé vert et thé noir. Les feuilles, roulées en petites boules sombres, s'ouvrent à l'infusion. L'amertume initiale mute en douceur florale, ce retour sucré en gorge que les connaisseurs désignent comme le « hui gan ».
Le thé des Teochews
Yaowarat est le quartier chinois de Bangkok depuis la fondation de la ville, à la fin du XVIIIe siècle. La majorité de la communauté sino-thaïe est d'origine teochew, un groupe issu du Guangdong, qui représente plus de la moitié des quelque 9,5 millions de Thaïlandais d'ascendance chinoise. Ils ont apporté avec eux une façon particulière de préparer le thé. Les infusions sont très courtes, les tasses minuscules. La première infusion ne se boit pas. Elle est versée sur les feuilles quelques secondes, uniquement pour les ouvrir et les nettoyer, avant d'être jetée. C'est la deuxième qui se boit, avec les mêmes feuilles, désormais prêtes à libérer leur arôme. Dans les maisons et les restaurants teochews, ce thé est servi avant et après le repas, parfois même pendant.
Avec la tasse est venu un mochi à l'orange, version Chinatown, pâte dense et légèrement collante, farce à l'agrume confiturée. Chez les confiseurs teochews de Yaowarat, dont certaines familles travaillent là depuis quatre générations, ces pâtisseries accompagnent le thé sans chercher à lui voler la vedette.
La communauté sino-thaïe s'est largement fondue dans le tissu national. Anutin Charnvirakul, le Premier ministre thaïlandais, est lui-même issu d'une famille dont les racines remontent au Guangdong.












