Une enquête publiée par les milieux d'affaires thaïlandais nomme pour la première fois les administrations soupçonnées de réclamer des pots-de-vin. La police de la route arrive en tête.


La police de la route et la police d'autoroute arrivent en tête, à 100%. À chaque fois qu'une entreprise dit avoir eu affaire à elles, un pot-de-vin aurait été proposé. C'est le constat le plus frappant de l'enquête publiée le 14 mai 202( par le JSCCIB, groupement qui réunit la Chambre de commerce, la Fédération des industries thaïlandaises et l'Association des banquiers.
Menée entre le 26 mars et le 10 avril auprès de 401 dirigeants, l'enquête est la première à publier des données par administration. Elle croise la fréquence à laquelle un pot-de-vin aurait été proposé lors d'un contact avec l'agence et le montant moyen versé par transaction.
Un palmarès nommé
Derrière la police de la route viennent les agences du système judiciaire hors tribunaux (94,4%), les administrations de sous-district (91,7%), le Département maritime (90%) et le Département des autoroutes (82%). La police locale, la propriété intellectuelle et l'administration fiscale figurent aussi dans le top 10.
En valeur, l'ordre change. Le Département du contrôle de la pollution arrive premier avec un pot-de-vin moyen estimé à 102.160 bahts (environ 2.700 euros) par transaction. Suivent le Département maritime (100.000 bahts), les accises (94.667) et l'administration fiscale (89.498).
89,1% des dirigeants interrogés considèrent la corruption comme un obstacle modéré à très sérieux à leur activité. Plus de la moitié estime que la situation s'est dégradée depuis trois ans ; seuls 3% trouvent les démarches plus simples qu'avant. 45,9% admettent avoir payé, en argent ou en cadeaux, pour faire avancer un dossier.
Une pression plus précise
L'Anti-Corruption Organisation of Thailand chiffre le coût annuel de la corruption dans le secteur public à environ 500 milliards de bahts, soit près de 13 milliards d'euros. Plus de 100 milliards seraient prélevés directement sur les entreprises et les particuliers par des fonctionnaires.
L'enquête sort trois mois après le score le plus bas de la Thaïlande en dix-neuf ans à l'indice de perception de la corruption de Transparency International, avec 33 sur 100 et la 116e place sur 182 pays. Le Premier ministre Anutin Charnvirakul avait fait de la transparence un thème clé lors de sa déclaration de politique générale du 9 avril, promettant un recours à l'intelligence artificielle pour détecter les irrégularités. Le secteur privé, lui, livre désormais des coordonnées.
Le JSCCIB demande la dématérialisation des démarches pour éloigner fonctionnaires et entreprises, et l'ouverture des données des marchés publics, des cahiers des charges aux budgets en passant par les résultats d'appels d'offres. Le durcissement des sanctions vient en complément.
60,9% des entreprises ayant fait une demande de permis sur la période disent avoir essuyé une requête directe ou implicite de pot-de-vin. C'est désormais le chiffre que le gouvernement devra faire baisser pour démontrer quelque chose.












