L’une des plus grandes connaisseuses de l’art contemporain en Asie a été récompensée d’un Grand Prix du Rayonnement Français. Elle nous livre son regard sur les artistes de chez nous et leur apport international.


Gridthiya « Jeab » Gaweewong est une commissaire d’exposition indépendante et actuellement la directrice artistique du Jim Thompson Art Center, un des plus grands centres d’art de Thaïlande. Après ses études, Jeab a fondé en 1996, le Project 304, un espace d’art contemporain alternatif, avec les artistes de renom Montien Boonma (qui a étudié en France) et Kamol Phaosavasdi, avant de créer, avec Apitchapong Weerasethakul, le Bangkok Experimental Film Festival, l’un des plus grands événements de la scène audiovisuelle thaïlandaise en dehors des circuits commerciaux.

En tant que directrice artistique du Jim Thompson Art Center, et commissaire de la Biennale d’Art de Thaïlande qui a eu lieu à Chiang Rai (2023), elle contribue régulièrement à la présence en Thaïlande d’artistes français de renommée internationale (ex : Kader Attia).
Elle fait actuellement partie du programme de recherche The Flow of History : Southeast Asian Women artists, porté par l’association française AWARE, qui œuvre à la visibilisation des femmes artistes du XVIème siècle à nos jours. Grâce à Jeab, l’association pose ses valises, chaque année au mois de novembre, à Bangkok, au moment des Nuits des galeries.

Chevalière des Arts et des Lettres, elle a également reçu, l’an passé à New York, l’un des plus grands prix du milieu de l’art contemporain américain (Audrey Irmas Award) en reconnaissance de l’excellence de son travail de commissaire.

lepetitjournal.com a rencontré la lauréate et lui a demandé de poser son regard sur les artistes français.
Comment les choses ont-elles démarré pour vous ?
Le Project 304, dans les années 90, était très expérimental. Ce genre de choses n’existait pas en Thaïlande où l’art était très « main stream ». La communauté internationale a commencé à s’y intéresser. Des amis français sont venus. J’ai été aidée par l’Alliance française. Et puis, à la fin des années 90, on m’a apporté des projets. Des acteurs du monde de l’art sont venus voir ce qu’il était possible de faire à Bangkok et le Project 304 était l’une de ces possibilités.
Vous avez travaillé directement avec la France et les Français ?
Il y a eu des expositions au Palais de Tokyo, à la fin des années 90. Des partenaires ont amené des artistes français en Asie, spécialement en Thaïlande. Nous avons eu beaucoup d’invités français à Jim Thompson. J’ai travaillé avec des artistes contemporains français. Nous avons aussi projeté beaucoup de films français. Tout ce travail a été réalisé en partenariat avec l’Alliance française et l’ambassade de France.

Qu’est-ce que les artistes français ont de particulier ?
Chaque artiste international a des choses à dire. Les Francais apportent leur expérience très particulière et se connectent à notre région. C’est très esthétique et très expérimental à la fois. Ils sont aussi humainement très intéressants, un peu philosophes. Ils viennent avec leurs émotions et j’apprécie cela. Woody Allen disait qu’on reconnaît les Francais n’importe où dans le monde. Je crois qu’il a raison. J’apprécie le rôle de la France dans l’art et suis honorée d’être reconnue par elle pour mon action. J’ajoute que la France a une politique d’aide aux artistes et que j’apprécie cela, évidemment. Vous avez une longue tradition en la matière. Vous êtes plus organisés. Les artistes sont plus et mieux reconnus chez vous qu’ici. Vous utilisez l’art pour éduquer les gens, dans la vie quotidienne aussi. Nous sommes loin derrière. Je voudrais tellement que nous puissions amener l’art à ce niveau.
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