Louis Gabaude a dédié sa vie à l’étude des religions. Le catholicisme d’abord. La bouddhisme ensuite. Il se sent appartenir à deux familles complémentaires, entre France et Thaïlande.


Poursuivons nos rencontres avec les lauréats du Grand Prix du Rayonnement Français 2026.
Louis Gabaude est originaire de la campagne. Il est né à Burlats, dans le Tarn, en 1942. Son père était tailleur de pierre, comme ouvrier d’abord, puis à son compte. Cet homme, qui avait pour tout bagage un certificat d’études obtenu en 1912, avait lu Épictète et les Grecs, étudié la culture occitane, écrivait sans faute, « ce qui était formidable », souligne son fils qu’il a élevé dans le culte des études supérieures « pensant qu’elles rendaient les hommes supérieurs ». Dernier d’une fratrie de cinq, Louis a tout d’abord eu l’impression de recevoir une éducation trop gentille pour bien le préparer à ce monde. Mais une éducation est-elle jamais trop gentille ? Sa mère cultivait et élevait canards et lapins. À la tête d’une vingtaine d’ouvriers, Monsieur Gabaude père a été élu maire de son village de 1.500 habitants lorsque Louis est venu au monde. Catholique fervent, il a envoyé son fils faire ses armes dans un pensionnat catholique de Castres. « Des amis du village aux fils de bourgeois, ils avaient une culture que je n’avais pas, y compris au foot et au ping-pong, se souvient Louis. Ma seule fortune était de pouvoir enseigner l’occitan à mon voisin de droite. »
Au Laos, la découverte de l’Asie
Venant d’une région granitique, il veut d’abord être géologue. Mais l’école est à Nancy et l’aventure s’avère trop compliquée. Séduit par la vocation religieuse, il se lance finalement dans la théologie et rejoint le grand séminaire à Toulouse, puis une congrégation religieuse.
C’est alors qu’arrive le service militaire. Sa famille s’intéresse à l’Asie. En fin de sixième, il avait reçu en guise de prix, un livre qui se passe à Ngao, à 100 kilomètres de Chiang Mai. D’autre part, une cousine avait épousé un militaire qui faisait la guerre d’Indochine. « Je suis allé chez elle, au milieu des souvenirs d’Indochine, des photos et des éventails. Ce fut ma première sensibilisation à l’Asie. » Son père avait été conscrit en 1920 en Allemagne.
Il a dit à ses garçons qu’il avait la conviction qu’à 20 ans, il faut quitter la France. Profitant de son statut de maire, appelait le député du coin pour que ses fils partent faire leur service militaire à l’étranger. « Ayant fait des études, je pouvais choisir un VSN. J’avais mentionné l’Indochine et me suis finalement retrouvé à Paksan, au Laos. J’y ai découvert l’Asie. J’enseignais le français, l’histoire, l’anglais. Pendant les week-ends, j’allais marcher dans la ville, je prenais des photos. Je rentrais dans les temples et comme j’avais commencé à apprendre le Lao je parlais avec les bonzes et les novices. Je posais des questions sur les stupas et le reste. Tout appelait question de ma part. C’était un merveilleux complément à mon diplôme de science des religions. »
Direction Chiang Mai
De 1966 à 1970, Louis Gabaude rentre en France étudier le bouddhisme. Il revient ensuite en Asie avec celle qu’il épousera à Bangkok en 1973 (la religion oui, les ordres non !).
Il commence à enseigner le français à l’Alliance mais le couple n’aime pas les grandes villes et cherche un point de chute en province. Louis demande au conseiller culturel si par hasard il n’aurait pas quelque chose pour lui. Il dépose un CV sans trop y croire. Un professeur de français de l’Université de Chiang Mai s’en va. Il prend sa place. Ils s’installent définitivement à Chiang Mai.
À la fois catholique et bouddhiste
« Je n’ai alors qu’une idée en tête, raconte Louis Gabaude : préparer mon diplôme de l’École pratique des hautes études, sur les langues anciennes du bouddhisme local. Puis une thèse de troisième cycle. Je préparais les deux en parallèle. Ce furent dix années assez lourdes. J’ai soutenu ma thèse en 1979 et ai été recruté par l’École Française d’Extrême-Orient (EFEO) en 1980. Je dépendais de Paris mais pouvais rester sur mon lieu de recherche, à Chiang Mai. Je travaillais sur le bouddhisme et les langues orientales. » Et depuis lors, Louis Gabaude essaie d’être « à la fois catholique et bouddhiste », comme il le dit lui-même.
D’autres méritent ce prix plus que moi
Concernant le prix qui lui a été remis il y a quelques jours, il l’accueille avec grande modestie. « Cette reconnaissance m’a surpris et gêné, confesse-t-il. D’autres la méritent plus que moi. Même parmi mes collègues. Je n’ai rien fait pour être reconnu. On m’a oublié pendant 84 ans et aujourd’hui, on s’aperçoit que j’existe. Ça me fait un peu sourire. Quant au rayonnement, j’ai plus travaillé au rayonnement de la Thaïlande qu’à celui de la France. J’avoue que je préfère qu’on mette en valeur le savoir plutôt que le chercheur, lui qui n’aurait pas surgi sans l’EFEO. »
L’EFEO est un terrain de boxe d’idées
L’EFEO dont Louis Gabaude dit qu’elle est une école de recherche, pas une école d’enseignement. « On part de terrains vierges et on consacre une institution à déchiffrer ce qu’on ne connaît pas encore. Après plus de cent ans, on a juste appris un peu plus. L’EFEO est un terrain de boxe d’idées, un lieu de débat. Elle est surtout connue pour son rôle archéologique, sa mission archéologique en Indochine dans la deuxième moitié du 19e siècle. Mais on ne peut travailler sur l’archéologie sans travailler sur l’histoire, les langues, les religion, les cultures. Il faut comprendre la Chine et l’Inde pour comprendre l’Asie du Sud-Est. »
C’est tout cela l’EFEO. C’est tout cela Louis Gabaude.

Le Centre EFEO de Chiang Mai, dont il fonda la bibliothèque, compte actuellement plus de 45.000 ouvrages et plus de 40.000 numéros de périodiques. Les principales publications de Louis Gabaude sont : Les cetiya de sable au Laos et en Thaïlande (1979) ; Une Herméneutique bouddhique contemporaine de Thaïlande : Buddhadasa Bhikkhu(1988) ; La Thaïlande : continuité du partenariat avec la France - Actes du colloque tenu en Sorbonne le 18 septembre 2006 (édité avec Pensiri Charœnpote).
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