Édition internationale

Trafic de mères porteuses : comment un réseau contournait la loi thaïlandaise

Des femmes thaïlandaises recrutées, des embryons implantés au Laos ou au Cambodge, puis des bébés remis à des clients chinois. La justice thaïlandaise a fait tomber les condamnations.

Mère porteuse payée Mère porteuse payée
Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 3 juillet 2026


 

Recruter des femmes en Thaïlande, transférer les procédures médicales à l’étranger, puis remettre les nouveau-nés à des clients chinois. C’est le fonctionnement d’un réseau international de gestation pour autrui (GPA) commerciale mis au jour par les autorités thaïlandaises. Jeudi 2 juillet 2026, le tribunal criminel de Bangkok a condamné quatre médecins et quatre intermédiaires à des peines allant de quatre ans et demi à quinze ans de prison pour leur participation à cette filière clandestine. L’enquête, menée par la division de lutte contre la traite des êtres humains, remonte à 2020. Les policiers avaient démantelé un réseau financé par le ressortissant chinois Ran Zhao.

 

Un trafic organisé de bout en bout

 

Les recruteurs ciblaient des femmes thaïlandaises auxquelles ils proposaient de devenir mères porteuses ou de vendre leurs ovocytes. En échange, elles recevaient entre 400.000 et 450.000 bahts, soit environ 10.500 à 12.000 euros. Pour contourner la législation thaïlandaise, les femmes étaient conduites au Laos ou au Cambodge. Les embryons, obtenus par fécondation in vitro, y étaient implantés avant que les mères porteuses ne reviennent en Thaïlande pour le suivi de leur grossesse. Peu avant l’accouchement, elles étaient envoyées en Chine, où les enfants étaient remis aux commanditaires.

Selon le jugement, le lieutenant-colonel docteur Chanin Asawataret jouait un rôle central dans l’organisation. Il préparait les échantillons de sperme et réalisait les procédures médicales. Les trois autres médecins participaient également aux implantations embryonnaires à l’étranger afin de contourner la législation thaïlandaise. Une intermédiaire gérait les aspects financiers. Les enquêteurs ont retracé plus de 70 virements internationaux liés au réseau.

 

Une demande portée par la Chine

 

La filière répondait principalement à une demande venue de Chine. Depuis l’interdiction de la GPA commerciale dans le pays, des couples confrontés à l’infertilité, mais aussi des personnes seules ou des clients souhaitant avoir un enfant sans passer par une grossesse, se tournent vers des réseaux installés à l’étranger. La Thaïlande était devenue l’une de leurs destinations privilégiées jusqu’au durcissement de sa législation en 2015.

Cette année-là, Bangkok interdit la GPA commerciale après plusieurs scandales internationaux, dont l’affaire du bébé Gammy, qui avait révélé l’exploitation de femmes thaïlandaises et des litiges autour de la garde d’enfants nés de mères porteuses. La loi autorise désormais la GPA uniquement à titre altruiste, sous des conditions strictes et pour des couples répondant à des critères précis.

 

Huit condamnations

 

Pour le tribunal, les huit condamnés ont délibérément contourné cette interdiction en délocalisant les étapes clés de la grossesse hors de Thaïlande. Les juges estiment également que ce système porte atteinte aux droits des enfants, séparés dès leur naissance de la femme qui les a portés. Deux autres prévenus ont toutefois été acquittés faute de preuves suffisantes.

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