La corruption en Thaïlande s'aggrave. En 2026, les coûts cachés dans les marchés publics atteignent désormais 30 à 40%, alerte le président de la Chambre de commerce thaïlandaise.


Poj Aramwattananont, président de la Chambre de commerce thaïlandaise (TCC, le principal organisme représentant les entreprises du pays), ne mâche pas ses mots : la corruption ne recule pas en 2026. Elle s'installe et elle coûte cher. Le secteur privé chiffre les pertes directes à au moins 500 milliards de bahts par an, autour de 13 milliards d'euros.
Une corruption bien installée
En Thaïlande, le gros de la corruption passe par les contrats publics. Pour obtenir une autorisation, ou juste pour qu'un dossier avance à un rythme normal, les entreprises se retrouvent souvent à devoir payer des fonctionnaires en dehors des canaux officiels. Ces paiements, qu'on appelle « coûts cachés », représentaient autrefois environ 20% de la valeur d'un contrat. Aujourd'hui on est à 30, parfois 40%. Ce qui veut dire que sur un contrat de 100 millions de bahts, 40 millions peuvent disparaître en pots-de-vin avant même que les travaux démarrent. Résultat : les entreprises se rattrapent ailleurs, sur les matériaux, sur la sécurité. Cette réalité n'est probablement pas étrangère aux accidents à répétition qu'on observe sur certains chantiers publics.
Un problème que les investisseurs étrangers connaissent bien
Pour les étrangers qui font des affaires ici, ce n'est pas une surprise. Les demandes de paiements informels font partie du quotidien, que ce soit pour décrocher un permis, passer une inspection ou simplement faire avancer un dossier. Et le phénomène touche même la Zone économique de l'Est (EEC), cette grande zone industrielle à l'est de Bangkok que le gouvernement a justement créée pour attirer les capitaux étrangers.
Le JETRO, l'agence japonaise qui suit les investissements à l'étranger, pointe la corruption comme le principal frein aux décisions d'investissement en Thaïlande et ce, deux années de suite. Du côté chinois c'est la même chose. L'an dernier, lors des événements organisés pour les 50 ans des relations sino-thaïlandaises, beaucoup d'entreprises chinoises ont fait remonter les mêmes plaintes : des demandes de pots-de-vin qui font grimper les coûts et compliquent tout.
Le secteur privé commence à s'organiser
Plus de 36 réseaux d'entreprises, dans l'industrie, la logistique, le tourisme, le commerce frontalier, ont décidé de se regrouper. L'idée consiste à peser collectivement pour que refuser de payer devienne la règle et non l'exception. La coalition travaille notamment avec l'Anti-Corruption Organization of Thailand (ACT) et s'appuie sur des chercheurs du Thailand Development Research Institute (TDRI) et de l'Université Chulalongkorn pour documenter le problème sérieusement. Des réunions sont aussi prévues avec les deux principales instances anti-corruption du pays, la NACC et la PACC, pour clarifier comment les plaintes sont traitées et ce qui est vraiment prévu pour protéger ceux qui osent dénoncer.
Moins de pouvoir aux fonctionnaires
L’une des pistes les plus concrètes avancées par le TCC est le recours à la technologie. Dématérialiser les procédures, intégrer de l'intelligence artificielle dans les processus d'autorisation et d'inspection. Le principe est assez logique : si un fonctionnaire n'a plus vraiment le choix dans ses décisions, s'il doit suivre des critères codifiés et que tout est tracé, il lui est beaucoup plus difficile de monnayer son accord. Poj Aramwattananont est assez direct sur ce qu'il faut faire : « L'État doit être sérieux et le secteur privé doit cesser de payer. » Si la situation reste en l'état, dit-il, c'est la crédibilité du pays tout entier qui est en jeu pour les investisseurs de long terme.










