Face à des mouvements d’argent liquide jugés atypiques, la Banque de Thaïlande prépare de nouvelles règles pour mieux surveiller les grandes transactions en espèces et lutter contre les flux illégaux.


La Banque de Thaïlande (BoT) s’apprête à renforcer le cadre réglementaire des transactions en espèces. À l’origine de ce projet, des mouvements financiers jugés inhabituels ou disproportionnés, notamment des retraits d’espèces très importants qui ont attiré l’attention des autorités. Dans certains cas, des sommes extrêmement élevées ont été retirées en liquide, ce qui a poussé la banque centrale à envisager une série de mesures pour mieux surveiller ces flux.
Le projet actuellement en consultation publique propose d’imposer aux institutions financières des obligations de vérification renforcée de leurs clients pour les transactions impliquant de l’argent liquide. Cela signifie que les banques devront aller au-delà du simple contrôle d’identité : elles devront aussi interroger les clients sur l’origine des fonds et le but de la transaction, et refuser l’opération si les vérifications ne peuvent être complétées.
Une consultation publique du 10 au 24 février
Le projet prévoit que les banques devront identifier les opérations inhabituelles et les signaler à la BoT, conserver les données des clients, et appliquer des procédures spécifiques lorsque des transactions en liquide sont jugées à risque. Tout retrait important ne pourra être réalisé sans une vérification claire de l’identité de l’utilisateur.
La période de consultation publique sur ces règles se déroule du 10 au 24 février, après quoi la banque centrale analysera les retours pour finaliser le texte avant sa mise en vigueur.
Pourquoi ce durcissement ?
La BoT justifie ce durcissement par plusieurs enjeux :
- La lutte contre les flux illégaux et le blanchiment d’argent
Les grandes quantités de cash qui circulent sans justification claire peuvent servir à dissimuler des fonds issus d’activités illégales ou non déclarés. La banque centrale veut que chaque retrait important soit traçable et compréhensible.
- La sécurité financière et la stabilité du système
En obligeant les banques à surveiller de près les transactions en liquide, la BoT espère renforcer la confiance dans le système financier et éviter que l’argent liquide ne soit exploité comme un canal pour contourner les contrôles anti-fraude et anti-blanchiment.
- La modernisation du système bancaire
Même si l’usage du cash reste significatif en Thaïlande, la BoT pousse vers plus de transparence et de confiance dans les systèmes numériques, une tendance déjà visible avec les limites sur les transferts en ligne et les mesures contre la fraude numérique.
En France, une prévention déjà encadrée
En France, les autorités ont également mis en place un cadre strict contre l’usage abusif du liquide mais il est différent dans sa nature et sa mise en œuvre. Les transactions en cash entre un particulier et un professionnel sont limitées à 1.000 € maximum, réduisant naturellement la possibilité de gros mouvements d’argent sans traçabilité. Il existe des exemptions pour certains non-résidents ou cas particuliers, mais elles restent encadrées par la loi. La réglementation française impose des déclarations automatiques pour des transactions suspectes ou au-dessus de certains seuils, notamment auprès de Tracfin, l’unité nationale de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, qui analyse ces flux et alerte les autorités judiciaires si nécessaire.
Cadre préventif vs réactif
En France, ces règles sont en place depuis longtemps et constituent la norme : les grandes transactions en liquide sont déjà fortement contraintes. En Thaïlande, c’est plutôt une réaction récente à des mouvements jugés problématiques, avec des règles en cours de création et de consultation publique avant leur application officielle.
Pour les particuliers et les entreprises en Thaïlande, ces nouvelles règles pourraient rendre les retraits en espèces plus complexes et contrôlés, surtout pour les sommes importantes. Les banques devront renforcer leurs procédures internes, ce qui peut ralentir certaines opérations, mais aussi améliorer la capacité du système à détecter les comportements suspects.
En France, ces pratiques sont déjà intégrées dans le quotidien des institutions financières : les banques appliquent quotidiennement des contrôles automatisés et des déclarations à Tracfin. Ainsi, même si l’approche diffère, l’objectif est similaire : éviter que l’argent liquide ne serve à dissimuler des flux illicites ou à contourner les règles fiscales et financières.










