Élu avec 293 voix sur 498 députés présents, Anutin Charnvirakul devient le premier chef du gouvernement thaïlandais réélu depuis vingt ans.


Il faut parfois peu de chose pour marquer l’histoire. Jeudi 19 mars 2026, au Parlement de Bangkok, Anutin Charnvirakul, 59 ans, leader du parti Bhumjaithai, s’impose avec 293 voix contre 119 pour Natthaphong Ruengpanyawut, candidat du Parti du Peuple, et 86 abstentions. Derrière un vote sans suspense, un fait rare : aucun Premier ministre n’avait été reconduit depuis deux décennies.
L’homme qui a su attendre
Entré en politique en 2004 sous l’ère de Thaksin Shinawatra, Anutin Charnvirakul subit lui aussi les secousses judiciaires de l’époque. Après la dissolution du Thai Rak Thai, il est frappé par cinq ans d’interdiction politique. Il se met alors en retrait, il patiente. En 2012, il prend la tête de Bhumjaithai, alors formation provinciale, et en fait progressivement une machine électorale nationale. Dans un paysage politique instable où les partis disparaissent au rythme des décisions judiciaires, perdurer est déjà une victoire.
Le carburant nationaliste
En août dernier, la Première ministre Paetongtarn Shinawatra est destituée après la fuite d’un échange avec le président du Sénat cambodgien Hun Sen. Anutin Charnvirakul lui succède dans un climat tendu, notamment autour de la frontière où les affrontements entre la Thaïlande et le Cambodge reprennent malgré un cessez-le-feu. Il en fait l’axe central de sa stratégie politique. Moins de 100 jours après son arrivée au pouvoir, il dissout le Parlement et convoque des élections anticipées le 8 février 2026. Résultat : 191 sièges pour Bhumjaithai sur 500, et une coalition de 16 partis totalisant 292 sièges, dont le populiste Pheu Thai.
Soutien large mais sous conditions
L’establishment conservateur et royaliste voit en lui un rempart face aux progressistes et à l’influence persistante du clan Shinawatra. C’est une alliance plus stratégique qu’idéologique. Le politologue Napon Jatusripitak parle d’un « mariage de convenance ». Les fragilités sont déjà visibles : le parti démocrate, dirigé par Abhisit Vejjajiva, s’abstient, évoquant des soupçons de fraude liés aux élections sénatoriales de 2024. Même choix pour les 58 députés du parti Klatham, écartés de la coalition.
Un cadeau empoisonné ?
Le nouveau gouvernement arrive dans un contexte chargé : ralentissement économique, tensions sur les marchés de l’énergie liées au conflit iranien, endettement élevé des ménages et troubles avec le Cambodge. Anutin Charnvirakul doit désormais former son gouvernement, obtenir l’aval royal et présenter sa feuille de route au Parlement dans un délai de quinze jours. Un chiffre circule à Bangkok, presque comme un avertissement : aucun Premier ministre élu n’a terminé un mandat complet depuis Thaksin Shinawatra en 2005. Anutin Charnvirakul a déjà traversé vingt ans de turbulences politiques. Reste à savoir si cela suffira pour aller au bout.












