En résidence à Chiang Mai, le photographe Richard Pak s’est imaginé un royaume à la fois sous-terrain et arboré. lepetitjournal.com l’a rencontré à la veille de son vernissage.


« Les photos sont partout. Je ne fais que les cueillir. » Le cueilleur s’appelle Richard Pak. Il est né en 1972 en région parisienne et cueille ses photos, en résidence d’artiste pendant deux mois en Asie du Sud-Est. Au Cambodge d’abord, le voici désormais à Chiang Mai. Le vernissage de son exposition intitulée Un Royaume de Siam aura lieu samedi 7 novembre 2026, à partir de 17h, à l’Alliance française. Il est ouvert à tous.
Je me suis fait ma culture tout seul
Richard Pak a découvert la photo à l’adolescence. « On m’a offert un appareil photo et ça m’a tout de suite parlé, correspondu, se souvient-il. Le hobby est devenu passion. J’ai installé un labo avec mon père, sous les combles de la maison. Je photographiais alors en noir et blanc. Je me suis fait ma culture tout seul, de manière très classique, en regardant Cartier Bresson et les autres. »

En 1989, il remporte le concours « Le lycée vu par les lycéens », avec une photo de copains prise dans un couloir. Après le bac, la passion devient vocation. Son travail aux archives de l’agence Vu sert d’études sur le tas à cet autodidacte. Il y rencontre une autre photographie. « J’ai découvert que les photographes pouvaient être plasticiens, reporters, portraitistes, utiliser la couleur ou le noir et blanc. J’y ai passé quatre ou cinq ans puis j’ai décidé de partir à Londres, me sentant enfin prêt. »
J’aime essayer des choses nouvelles
Richard Pak refuse de définir son style. « D’une série et d’un travail à l’autre, j’aime essayer des choses nouvelles. Je m’adapte à ce que je veux dire. » Ce qu’il veut dire à Chiang Mai, il le résume en quelques mots. « La série « Un Royaume de Siam » associe le végétal et le minéral pour révéler une contrée chimérique, larvée dans un lieu incertain au coeur des ténèbres de la forêt siamoise et peuplée de simples damnées qui languissent ad aeternum dans les entrailles de la Terre. »
Chiang Mai est une découverte
Après une première découverte de l’Asie en 2013, au Cambodge et en Thaïlande déjà, Richard Pak est cette fois-ci revenu pour le travail. De la Thaïlande, il ne connaissait que Bangkok et les îles. Chiang Mai est une découverte. Il a pour habitude de répondre aux appels à projets. Sa femme, photographe elle aussi, l’a convaincu de répondre à celui de l’Institut français pour cette « Route des Résidences ». Deux mois de résidence dans deux pays d’Asie du Sud-Est, proposés à deux artistes : un photographe et un plasticien.

Pour Phnom Penh, l’idée a surgi tout de suite. « J’avais été frappé par cette autre ville qui s’éveille la nuit, ces enfants qui jouent et mangent dans la rue. Je voulais photographier ces scènes en couleur, au flash, ce que je n’avais jamais fait auparavant. Je voulais un peu reproduire les éclairs de la mousson. Et puis je me dis que c’est peut-être un pan d’histoire qui, avec le développement, s’effacera bientôt. »
J’ai appris que, dans le bouddhisme, l’enfer est sous-terrain

Pour Chiang Mai, qu’il ne connaissait pas encore, les choses étaient plus vagues dans son esprit. « Je savais juste que je voulais l’opposé : du noir et blanc, une lumière naturelle douce, quelque chose de plus contemplatif. J’associe Chiang Mai à la ruralité, à la campagne. Je suis également allé voir les temples. J’ai réalisé des portraits de statues comme si elles étaient des personnes. Je suis tombé sur un bas-relief de personnages qui représentent une sorte d’enfer. À Chiang Dao, j’ai photographié une grotte. J’ai également réalisé beaucoup de photos de paysages. Et je n’ai compris qu’hier ce que j’allais faire de tout ce travail : parler d’une cité imaginaire, avec un peuple de damnés qui vit dans une grotte, avec les paysages au-dessus de sa tête. J’ai d’ailleurs appris que, dans le bouddhisme, l’enfer est souterrain. »
Nous sommes bien lotis en France
Huit jours pour photographier, réaliser la post-production et exposer. Une grande première dans la carrière de Richard Pak. Cette exposition ne sera d’ailleurs qu’une première proposition, susceptible d’évoluer au cours du temps. On y verra 70 photos, dont 12 grands formats.

Au cours des deux semaines à venir, l’artiste va continuer à promener ses objectifs dans la région, profitant de la chance rare que lui offre cette résidence. « Elle est un idéal d’artiste, confesse-t-il. N’oublions jamais à quel point nous sommes bien lotis en France. Nous offrir la possibilité de travailler ainsi est une chance. »
Un Royaume de Siam
De Richard Pak
Vernissage, le samedi 7 novembre, à partir de 17h
Alliance Française de Chiang Mai
Exposition visible tout au long du mois de novembre.
Entrée libre !
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