La Thaïlande recule à la 80ème place mondiale du classement 2026 de l'État de droit. Corruption, justice et libertés fondamentales restent des points faibles préoccupants.


La Thaïlande occupe la 80e place du classement mondial de l’État de droit 2026, publié le 21 octobre par le World Justice Project (WJP). Le royaume perd trois places par rapport à 2025, où il se situait déjà à un préoccupant 77ème rang. Son score global reste toutefois stable à 0,50 sur 1. Il est important, avant toute chose, de rappeler ce qu’est un État de droit, afin de comprendre les critères sur lesquels l’organisation internationale se base. L'État de droit est un système dans lequel chacun, citoyens comme dirigeants, est soumis à la loi. Il garantit l'égalité devant la justice, la séparation des pouvoirs, l'indépendance des tribunaux et le respect des libertés fondamentales.
Des institutions plus fragiles en Thaïlande
Le classement évalue huit dimensions du fonctionnement de l’État : la limitation des pouvoirs publics, l’absence de corruption, la transparence gouvernementale, les droits fondamentaux, l’ordre et la sécurité, l’application des réglementations ainsi que les justices civile et pénale.
La Thaïlande ne dépasse la moyenne mondiale que dans un seul domaine : l’ordre et la sécurité, avec un score de 0,75 contre 0,72 au niveau international. Ses résultats sont plus faibles en matière de justice pénale (0,42 contre 0,47), de corruption (0,44 contre 0,51) et d’application des réglementations (0,44 contre 0,54).
C’est précisément sur ce dernier point que le royaume rencontre ses plus grandes difficultés. Il se classe 103ème sur 143 pays pour l’application des réglementations et 13ème sur 15 dans la région Asie de l’Est et Pacifique. Cet indicateur mesure notamment le respect des règles par les autorités, l’application équitable des décisions administratives et l'absence d'influence indue.
La corruption constitue un autre point de vigilance. Avec un score de 0,44, contre 0,51 pour la moyenne mondiale, la Thaïlande enregistre une dégradation de 5,6% sur cinq ans. L'indicateur concerne aussi bien les pouvoirs exécutif et législatif que la police, l'armée et le système judiciaire. Le rapport relève également des reculs concernant la liberté d'expression, la liberté de réunion et d'association ainsi que la participation des citoyens à la vie publique. Il souligne notamment les difficultés rencontrées par les mécanismes institutionnels chargés de contrôler les pouvoirs publics.
La France mieux classée mais des fragilités persistent
Avec un score de 0,72 en 2025, la France se classait 22ème sur 143 pays. Elle obtenait notamment 0,75 pour l'absence de corruption et la transparence gouvernementale. Cela ne signifie pas pour autant que le système français échappe aux difficultés. Le WJP relève lui aussi des fragilités dans le fonctionnement démocratique français. Son rapport 2025 soulignait notamment l'affaiblissement des mécanismes de contrôle et d'équilibre des pouvoirs, ainsi que les inquiétudes liées à l'indépendance judiciaire et à la réduction de l'espace civique.
En 2026, le score français a diminué de 1% sur un an. Cette évolution s'inscrit dans une tendance européenne contrastée : plusieurs pays d'Europe centrale et orientale progressent tandis que d'autres, dont la France, enregistrent un recul.
Un recul qui dépasse les frontières thaïlandaises
La situation du royaume s'inscrit dans une tendance mondiale. Selon le WJP, 62% des 143 pays et juridictions évalués ont enregistré une baisse de leur score en 2026. Il s'agit de la neuvième année consécutive durant laquelle les dégradations sont plus nombreuses que les améliorations.
Les libertés publiques sont particulièrement concernées : la liberté d'expression recule dans 64% des pays, la liberté de réunion et d'association dans 67% et la participation citoyenne dans 65%.
En Asie du Sud-Est, la Thaïlande se situe derrière Singapour (0,79), la Malaisie (0,57) et l'Indonésie (0,51). Elle obtient le même score que le Vietnam (0,50) mais devance les Philippines (0,46), la Birmanie (0,33) et le Cambodge (0,31).
Un enjeu institutionnel et économique
Pour le Thailand Institute of Justice (TIJ), les résultats doivent encourager le pays à renforcer la transparence de ses institutions, améliorer les mécanismes de contrôle des pouvoirs publics et faciliter l'accès à la justice. L'institution insiste également sur la nécessité de restaurer la confiance de la population.
L'enjeu est aussi économique. La Thaïlande ambitionne de rejoindre l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2028. Or, la stabilité juridique, l'indépendance de la justice et la lutte contre la corruption constituent des éléments importants pour attirer les investisseurs étrangers. Le WJP rappelle que les pays disposant d'un État de droit solide présentent généralement de meilleures conditions de stabilité économique. Un cadre juridique prévisible permet notamment aux entreprises de mieux protéger leurs contrats et leurs investissements.
Pour établir son classement, l'organisation indépendante s'appuie sur plus de 215.000 enquêtes auprès des ménages et environ 3.400 enquêtes auprès de professionnels du droit et d'experts. Les résultats ne mesurent donc pas uniquement les textes législatifs mais aussi leur application concrète et l'expérience des citoyens. Au-delà de la 80ème place thaïlandaise, le 103ème rang auquel se classe le royaume pour l'application des réglementations illustre l'ampleur des difficultés institutionnelles auxquelles il reste confronté.














