Tatiana Mocchetti est française. Elle est née en Lorraine. Un jour de mars 2007, avec son mari, ils ont posé leur bagages à Chiang Mai. 18 ans d’amour pour une ville dont un jour elle a eu envie de photographier les visages. Dans la rue, sur les marchés, à la gare. Petites filles, pêcheurs et bouchers l’émerveillent. Leurs histoires finissent par se mélanger à la sienne. Et donnent aujourd’hui naissance à une exposition que vous pourrez découvrir du 14 au 22 juin à l’Alliance française de Chiang Mai.


Le Petit Journal : Depuis quand êtes-vous photographe ?
Tatiana Mocchetti : Je me suis mise sérieusement à la photo il y a deux ans seulement. Mais il y a toujours eu des appareils photo chez moi. Mon père a récupéré ceux de mon grand-père, ainsi que ses objectifs et quand je vais chez lui, j’ouvre toujours avec délice la malle aux trésors.

LPJ : Qu’est-ce qui, un jour, vous a fait prendre la photographie avec plus de sérieux ?
T.M. : J’ai amorcé un virage le jour où j’ai eu mon iPhone 10. Jusque là, j’avais toujours un petit appareil, parfois jetable, à portée de la main. L’iPhone est arrivé et j’ai réalisé qu’il permettait de faire des choses incroyables. À Noël 2021, mon mari m’a offert un compact et j’ai commencé à faire un peu plus. Et puis, il y a deux ans, j’ai acheté un gros Canon et c’est devenu sérieux. Je vis en Thaïlande donc j’ai commencé naturellement par photographier des paysages.

LPJ : Comment est née ensuite la passion des visages et des portraits ?
T.M. : J’ai eu le déclic en octobre 2024, après avoir rejoint, en ligne puis dans la vraie vie, un groupe de photographes de Bangkok. Un Philippin m’a fait « jouer » avec ses objectifs. Son canon 85 mm a changé ma vision des choses. Ce groupe est une communauté très bienveillante. Une fois par mois, nous partons marcher tous ensemble dans un quartier ou une région pour y prendre des photos. Nous sommes parfois jusqu’à cinquante. C’est grâce à ces rencontres que j’ai progressé et commencé à poster sur Facebook. Les choses se sont ensuite enchaînées. J’ai exposé une photo avec le groupe à Bangkok en mars-avril, je viens de créer mon site et je réalise donc maintenant ma première exposition solo.

LPJ : Qu’est-ce qui vous en a donné envie, vous a fait réaliser que vous étiez prête ?
T.M. : Mon entourage m’a poussé à en montrer plus, à montrer comment je vois Chiang Mai. J’ai contacté l’Alliance française au mois de décembre dernier. Je trouvais que ça avait du sens d’exposer dans ce lieu dédié au lien culturel entre la France et la Thaïlande. Je vais donc y montrer la région à travers mes portraits. Et tenter de dépasser mon syndrome de l’imposteur…
LPJ : Vous l’avez donc encore ?
T.M. : Parfois. Ce qui m’a fait avancer c’est de poster certaines de mes photos dans des grands groupes et de parfois y récolter des milliers de likes. L’une d’entre elles a même été élue Photo de l’année 2024 sur le groupe Pictures from the Heart, parmi 22.000 clichés ! Je commence doucement à intégrer que mon travail présente une certaine qualité. Un jour, avec de nombreux photographes confirmés, nous sommes allés dans des champs de sel. Au retour, c’est à moi qu’on a demandé de poster la première photo. Ce genre de chose met en confiance.

LPJ : Parlez-nous maintenant de votre exposition, que vous avez intitulée The quiet unseen extraordinary.
T.M. : Il y a deux ans, lorsque j’utilisais mon gros objectif, je me tenais loin des gens. Maintenant, je me rapproche d’eux et je discute avec les gens. On se débrouille avec leurs quelques mots d’anglais et mes quelques mots de thaï. Il se passe toujours quelque chose. Il y a une histoire derrière chaque photo. Je voulais montrer tous ces gens qu’on ne voit pas quand on va au marché ou qu’on se promène dans la rue.

LPJ : Comment choisit-on 19 portraits principaux (il y en aura aussi de plus petits) parmi des centaines ou des milliers ?
T.M. : Il y avait des évidences. La personne, les couleurs. Il y aura un coin pêcheurs, un coin gare, un coin Warorot market et un coin petites filles. J’ai choisi celles qui me parlent le plus. Il y aura aussi quelques photos que j’adore, dans le thème portraits. J’ajouterai un portfolio d’une cinquantaine d’autres clichés, sur des thèmes variés, pour ceux qui voudraient piocher dedans. Il y aura surtout des photos prises dans les rues de Bangkok.

LPJ : Qu’est-ce qui fait de Chiang Mai une ville photogénique ?
T.M. : Pour réaliser une bonne photo, il faut une lumière, une composition et un timing. Ce que j’aime à Chiang Mai, c’est que tout peut arriver. Ce cocktail peut se trouver là à tout moment. C’est vrai dans bien d’autres villes en Thaïlande. J’étais un vendredi soir à Lamphun. Mon mari et mes amis vont boire un verre. Je vais me promener. Alors que je marche pour les rejoindre, je tombe sur un marché incroyable. Des bouchers y coupent la viande, des vendeurs de riz sont affairés. Je les ai photographiés, simplement, pour montrer la vie comme elle est, un vendredi soir à Lamphun.

LPJ : Vous demandez aux gens l’autorisation de les photographier ?
T.M. : Toujours. Si c’est non, c’est non. Mais l’approche est bien plus facile en Thaïlande qu’ailleurs. Ça ne me viendrait pas à l’idée de faire la même chose en France. Et ce serait compliqué dans d’autres pays. Le fait que je sois une femme a son importance je crois. Les parents ont plus confiance lorsque je photographie des enfants. Moi-même, je suis en confiance et tranquille ici, même la nuit. Alors qu’en France je ne suis même pas tranquille l’après-midi. Je suis souvent seule parce que mon mari aime mes photos mais moins le processus créatif, lorsque je me balade et parle avec tout le monde.
Le vernissage de l’exposition aura lieu le samedi 14 juin à 17h à l’Alliance française de Chiang Mai. Vous y serez régalés par les restaurants Maison, pour le salé, et La Terrasse, pour le sucré.
Retrouvez Tatiana Mocchetti et ses photos sur Facebook, Instagram et, désormais, sur son site internet.
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