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Pourquoi l’Australian Day divise autant ?

Chaque année depuis 1994, le 26 janvier est un jour férié en Australie. Cette fête nationale commémore l’arrivée de la première flotte anglaise dans la baie de Sydney le 26 janvier 1788. Pourtant, le choix de cette date suscite un vif débat. Il polarise la société australienne, divisée entre ceux qui la célèbrent et ceux qui la contestent.

Arbre et personnes se promenantArbre et personnes se promenant
Écrit par Pénélope Personnaz
Publié le 28 février 2025, mis à jour le 3 mars 2025

 

Australian day ou Invasion day ?

L’origine du désaccord réside dans la signification même de cette journée. Certains rebaptisent l’Australia Day en "Invasion Day", car cette date marque le début de la colonisation britannique. Le 26 janvier 1788, le capitaine anglais Arthur Phillip et son équipage débarquent en Australie. Si cet événement marque la fondation de la première colonie d’Australie, la Nouvelle-Galles du Sud, il symbolise également le début des souffrances pour les Aborigènes et les Insulaires du détroit de Torrès.

Depuis 60.000 ans, ces terres étaient habitées par ceux-ci. Pourtant, les colons britanniques appliquèrent la doctrine de la « terra nullius » (terre n’appartenant à personne), et proclamèrent ces terres comme possession du Roi George III de Grande-Bretagne. Ce fut le point de départ d’une colonisation extrêmement brutale : massacres, violences, viols, maladies importées, expropriations… En 1788, la population aborigène était estimée à 770.000 personnes ; en 1900, elle n’en comptait plus que 117.000, soit 84 % de moins.

 

Les Générations volées (Stolen Generations)

Les violences contre les Aborigènes et les Insulaires du détroit de Torrès se sont poursuivies tout au long du XXe siècle. Entre 1910 et 1969, des milliers d’enfants aborigènes et Torrès furent arrachés de force à leur famille dans le cadre des politiques d’assimilation du gouvernement australien. Ces « générations volées » ont été coupées de leur culture et placées dans des orphelinats, internats ou dans des familles blanches, pour les « assimiler » à la société et leur offrir une « vie meilleure ».

 

Des conséquences encore visibles aujourd’hui

Les séquelles de cette ségrégation raciale sont encore profondes. Selon le Parlement australien, environ 30 % des ménages aborigènes vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Ces populations sont surreprésentées dans les prisons et rencontrent des difficultés d’accès à l’emploi, aux soins et à l’éducation. L’espérance de vie des Aborigènes est inférieure de 17 ans à celle du reste de la population australienne, en raison notamment d’un taux de suicide plus élevé et d’un accès limité aux services de santé.

Ainsi, pour beaucoup, célébrer le 26 janvier revient à glorifier le début de la colonisation et des souffrances infligées par les colons britanniques.  De nombreuses manifestations et cérémonies de deuil dénoncent le choix de cette date comme fête nationale. 

D’autres choisissent de détourner ce jour férié en mettant à l’honneur la culture aborigène et Torrès, à travers des festivals célébrant leur culture et leur art (musique, danse, peinture…). Ces initiatives permettent à un plus grand nombre de profiter de cette journée de célébration et de sensibiliser la population aux réalités historiques et aux injustices persistantes.

 

Le groupe de danse Harbour Beizam, composé d’Insulaires du détroit de Torrès, performe au Yabun Festival.
Le groupe de danse Harbour Beizam, composé d’Insulaires du détroit de Torrès,  performe au Yabun Festival. Le 26 Janvier 2023. JOSEPH MAYERS. 

 

Un symbole d’unité nationale pour la majorité de la population

Malgré ces controverses, l’Australia Day reste une fête populaire pour une majorité d’Australiens. Beaucoup y voient l’occasion de célébrer la grandeur et l’unité de la nation à travers feux d’artifice, barbecues, parades, pique-niques et réunions familiales.

Depuis quelques années, les festivités officielles intègrent des cérémonies traditionnelles aborigènes (Corroboree, cérémonies de fumée…), témoignant d’une volonté d’inclusion. Ce geste, bien que symbolique, représente un premier pas vers une réconciliation et une unité nationale plus sincère.

 

Vers un changement de date ?

Selon les sondages, environ 70 % des Australiens souhaitent conserver cette date pour la fête nationale. Toutefois, le débat reste vif chaque année et la jeune génération se montre plus favorable à un changement que ses aînés. Beaucoup militent pour une nouvelle date, plus universelle, qui permettrait à tous les Australiens de célébrer ensemble l’unité de la nation.

Certaines dates sont proposées comme alternatives, notamment le 1er janvier, en référence au 1er janvier 1901, jour de la création du Commonwealth d’Australie. Cette date est suggérée comme la naissance officielle de l’Australie en tant que nation « unie ». Le 27 mai est également envisagé, en hommage au référendum du 27 mai 1967 qui permit d’inclure les Aborigènes dans le recensement national et de leur accorder par la suite la citoyenneté australienne. Jusqu’alors, ils étaient officiellement considérés comme des  « éléments de la faune et de la flore australienne ».

Ce changement, à la fois symbolique et plus inclusif, représenterait pour beaucoup une avancée significative vers la réconciliation entre les peuples aborigènes, les Insulaires du détroit de Torrès et le reste de la population australienne.

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