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Le vin, grand méconnu du « made in China »

Par Justine Hugues | Publié le 05/12/2017 à 18:00 | Mis à jour le 27/12/2017 à 13:30
Vin Chine

En un tour de main, la Chine s’est hissée discrètement au rang des grands acteurs viticoles. Santé, effet de mode, couleur, hausse du niveau de vie, lutte contre la corruption, fascination pour l’art de vivre français. A chaque Chinois sa drôle de raison de produire ou consommer du vin. Des œnologues français et chinois reviennent pour nous sur cette nouvelle tendance à l’œuvre chez le géant asiatique, diamétralement opposée à la culture du vin dans l’Hexagone.

Dans le Yunnan, au pied du Kawa Karpo, chaîne de montagnes sacrées culminant à 7000 m à la frontière tibétaine, se trouve le domaine « XiaoLing », comprendre, « la crête de montagne dans les nuages ». C’est dans ce décor majestueux que travaille Mu Chao, jeune Chinois ayant poussé dans une ville côtière au nord de Shanghai, mûri à Dijon et mis en fût dans différents domaines prestigieux, de la Bourgogne à la Californie. Pour ce passionné de biochimie comme pour  Li Xiaoxi, qui a également étudié en Bourgogne avant de se lancer dans le commerce vinicole à Pékin, l’intérêt pour le vin grandit en Chine. Selon les dernières statistiques de l’Organisation internationale de la vigne et du vin, l’empire du Milieu décrocherait la deuxième place mondiale pour la superficie de son vignoble (derrière l’Espagne et devant la France) et la sixième pour sa production.

 

La santé d’abord

Parce ce que le vin contient des composés phénoliques, remparts contre les maladies cardio-vasculaires, voire certains cancers, nous disent Mu Chao et Li Xiaoxi, les Chinois délaissent progressivement leur « baijiu » (1) au profit des grands crus.  Pour Stéphanie Sauvigné, œnologue française ayant posé son mustimètre à Pékin pendant quelques années, « l’étiquette » joue également un rôle majeur. « Un de mes clients clamait toujours fièrement que sa consultante française lui avait fait connaître un vin. Partout où l’on va, on traîne cette image d’élégance, de romantisme et de bon goût ». Ressenti partagé par  Li Xiaoxi. «  Grâce au Romanée-Conti ou au Château Lafite, le vin représente une façon de vivre très chic, bien qu’éloignée de notre culture traditionnelle. On voit toute une classe moyenne de 30-40 ans qui habitent à Pékin, Shanghai, Canton, ont un beau métier et aspirent à boire du vin lors de fêtes entre amis, en rentrant du boulot, au cours d’un repas familial ».

Cuvée XiaoLing vin Chine
Cuvée du domaine XiaoLing

Et le goût dans tout ça ?

Quand il s’agit d’expliquer l’engouement pour le vin, le goût est aux abonnés absents. D’ailleurs, pour atténuer le côté astringent ou acide du vin, peu apprécié des palais chinois, on y ajoute allègrement du Coca. « Le vin blanc n’est pas beaucoup apprécié,  tant par son acidité que par le poids symbolique et culturel de la couleur rouge », explique Stéphanie. «  Le rouge en Chine c’est porte bonheur, festif, c’est aussi un signe d’appartenance à une communauté ».

Pour Mu Chao, la démocratisation du vin serait également liée à la politique anti-corruption menée par les autorités chinoises depuis 2012.  La consommation et l’offre d’alcool blanc sont proscrites des repas d’affaires, laissant la part belle au vin et sa glorieuse réputation.

Les grands perdants de cette nouvelle tendance ? Les crus chinois, vraisemblablement. Pour Li Xiaoxi, « comme on a souvent des problèmes dans l’alimentation, les chinois pensent que les bons vins sont nécessairement importés. Si c’est fait en Chine,  ce sera presque toujours vu comme du faux : de l’alcool mélangé à de l’eau et des arômes.  »

 

Technologie de pointe cherche âme du terroir pour cuvée réussie

« Il y a ici des domaines qui sont même mieux équipés qu’en France », confie Mu Chao. « Des pressoirs verticaux de dernière génération, des belles cuves inox thermorégulées, des érafloirs très soft, des pompes péristaltiques qui respectent mieux le vin. Il y a encore du chemin pour améliorer la qualité mais on apprend très vite ».  Beaucoup de ces domaines, créés « clé en main » par des consultants étrangers exportant leur modèle, ont récemment essaimé dans l’empire du Milieu.

La différence avec la France, pour Mu Chao, « ce n’est pas tant la cave mais la vigne et le terroir. Sachant que 80% du travail y est fait, c’est là qu’on devrait progresser ! ».  Selon Stéphanie, « il y a une vision très industrialisée du produit qui fait peu écho à l’histoire du territoire. On analyse la terre, choisit un cépage, construit une nurserie sur le domaine, vite et de façon assez mécanique. Quand on observe l’environnement des vignobles français, on voit que la spécialité culinaire s’associe toujours bien au cru produit. En Chine, le vin peut être très bon mais on a un peu l’impression que si la banane avait été à la mode, alors ce sont des bananiers qui auraient été plantés et non des vignes ».

Chao Mu et Stéphanie Sauvigné oenologues Chine
A gauche, Stéphanie Sauvigné. A droite, Mu Chao

 

Longtemps méconnue, l’œnologie intéresse la jeunesse citadine

«  Lorsque j’ai fait une intervention sur les vins de Bourgogne à la faculté d’agriculture de Pékin », raconte Stéphanie, « la formation théorique a beau être excellente, beaucoup, si ce n’est tous – profs inclus-, n’avaient jamais vu un domaine de leur vie ». Ecoles privées, spécialités universitaires, apprentissage en ligne via des plateformes ou des blogs : la filière du vin semble être en pleine expansion. Les métiers associés au commerce et marketing sont préférés à la production. « Pour des raisons géographiques », nous dit Li Xiaoxi. « Les jeunes n’ont pas forcément envie de s’éloigner de leur famille pour aller au fin fond de la campagne ».  Pour Mu Chao, si l’œnologie semble être populaire chez les jeunes citadins, elle décourage vite.  «  Beaucoup d’étudiants formés abandonnent la production, car faire du vin, c’est quand même physique, s’occuper de la vigne, c’est encore autre chose… ».

 

Curieux de tester les crus chinois ? Découvrez ci-dessous le top 3 de nos interlocuteurs. 

 

(1) eau de vie à base de céréales distillées, alcool fort traditionnel abondamment consommé en Chine

Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Cici mer 06/12/2017 - 02:42

La Chine est la premier pays de falsifications des vins. J'ai résidé 6 ans dans le pays, ai bu de leur vin qui me faisait gonfler les jambes... Le Yunnan, où, en lisant les étiquettes des vins, on a l'impression que les premiers missionnaires français avaient comme principales occupations, planter des vignes... Un cadeau qui m'avait été fait : un coffret de Pessac Léognan en bois doublé de satin...belle bouteille, belle étiquette... Une boisson qui ne ressemblait en rien à du vin. Ils n'ont pas le palais.... Non terminé, pour cause..., il a été bouché et placé dans un coin. mois plus tard, on me le ressort... toujours la même boisson, non tourné en vinaigre Il est un fait que certains apprennent et veulent faire de la qualité... Ils sont très en minorité. La Chine fait des copies de grands vins français en belles bouteilles, Les Cie aérienne offraient souvent des vins de l'hémisphère sud, moins chers que les Français, maintenant c'est du vin chinois souvent imbuvables pour nous.

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