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MOBILITE - Grab et les autres

Par Clémentine de Beaupuy | Publié le 11/02/2019 à 14:30 | Mis à jour le 12/02/2019 à 10:12
Photo : Anthony Tan, CEO de GRAB © GRAB
Anthony Tan, GRAB, mobilité Singapour

En mars dernier, l’entreprise locale Grab a avalé en Asie du Sud-Est son concurrent américain Uber. Même si la commission de la concurrence singapourienne a infligé fin septembre une amende de 13 millions de dollars aux deux opérateurs, des concurrents se sont déjà positionnés pour essayer de conquérir le marché. Que cela soit pour les vélos en libre-service, les e-scooters électriques, dans Singapour- la-paisible, tous ces nouveaux services de mobilité essaient de s’imposer, et parfois au détriment de l’utilisateur. Cette nouvelle « guerre » de la mobilité, à coûts de milliards et de technologie, a résolument une configuration tripartite : le citoyen-utilisateur, les entreprises de mobilité et la législation singapourienne qui tente de réguler le tout.

 

Grab est devenue en quelques années un mastodonte de la mobilité en Asie du sud-Est …

L’histoire de Grab ressemble à beaucoup d’autres start-ups tech, notamment américaines, mais reste encore une exception sur le territoire de cette région. Partis d’un garage en Malaisie, deux amis, Anthony Tan et Tan Hooi Ling, ont eu une sacrée intuition et ont énormément travaillé pour développer leur idée de départ. MyTeski en 2012, puis Grab s’est  transformée, en 5 ans à peine, en l’entreprise technologique la plus importante d'Asie du Sud-Est avec une valeur de plus de 10 milliards de dollars US, donnant à son co-fondateur, Tan, une fortune personnelle d'environ 300 millions de dollars US, selon une estimation de Forbes faite avant la dernière levée de fonds d’août 2018. Aujourd'hui, Grab offre jusqu'à 2,5 millions de trajets par jour, ce qui en fait la plus grande plateforme d'appel de véhicules et l'application préférée des passagers en Asie du Sud-Est. Grab, dont le siège social est à Singapour, est présent dans 55 villes d'Asie du Sud-Est, et son application a été téléchargée sur plus de 45 millions d'appareils… Elle vient juste de recevoir, en octobre 2018, la licence vélo en libre-service ; licences également accordées à Mobike, Ofo, SG Bike, Anywheel, Grabcycle et Qiqi Zhixiang. Grab ambitionne aujourd’hui de devenir la SuperApp de la vie quotidienne : mobilité, repas livrés, moyen de paiement avec Grabpay, messagerie instantanée avec GrabChat… D’après son rapport annuel, GrabPay surpasse même la croissance exponentielle des activités de transport de Grab. GrabPay Credits, qui est une option de paiement complémentaire sans numéraire, a augmenté de plus de 80 % d'un mois sur l'autre depuis son lancement en décembre 2016… Mais avant que les habitants de la région deviennent des Grabdependants, la concurrence veille.

 

De nouveaux concurrents qui veulent se faire une place

La start-up indonésienne, Go-Jek, a en tous cas lancé l’offensive en Asie du Sud-Est. D’après l’agence Bloomberg, l’entreprise de Jakarta a initié des pourparlers avec de futurs investisseurs pour au moins 2 milliards de dollars US afin d'accélérer son expansion dans la région, en offrant prochainement ses services en Thaïlande, à Singapour et aux Philippines. Fort du succès vietnamien, Go-Viet, l’entreprise souhaite continuer son développement.  Au Vietnam, l’application, qui ne concerne actuellement que des motos, a été téléchargée 1,5 million de fois en 6 semaines et 25 000 pilotes ont rejoint l’entreprise. A l’instar de Grab au cours des dernières années, Go-Jek s'est tourné vers des acquisitions pour bâtir un groupe qui supervise différentes activités. « Les consommateurs ont besoin de plus de choix et le marché a besoin de plus de concurrence pour permettre à l'industrie de croître durablement », a déclaré Nadiem Makarim, directeur général de Go-Jek, dans un communiqué du 12 septembre dernier. D’autres sociétés d’envergure plus modeste se lancent également dans la course. La société indienne Jugnoo, présente dans 30 villes en Inde, qui a arrêté ses activités dans la cité-Etat après seulement quelques mois d’exploitation, a signé un accord avec la société singapourienne Kardi. Fondée par Ashwin Selambram en juin 2018, Kardi offre des services de location de voitures privées abordables et luxueuses et souhaite valoriser le conducteur, en mettant en place un système gagnant-gagnant pour l’utilisateur et le conducteur.
Mais face à ces nouveaux acteurs, comment les autorités singapouriennes réagissent-elles ?

 

Quid de la régulation de ces nouveaux acteurs ?

Comme l’a rappelé le premier ministre Lee dans son discours du 1er mai 2018, Singapour doit s’adapter rapidement à des changements initiés par les nouvelles technologies. Il a souligné trois domaines spécifiques dans lesquels les autorités singapouriennes doivent anticiper et s’adapter : la banque en ligne, l’e-commerce et la logistique qu’il implique, et les transports. Le « bras armé » de cette vigilance est le LTA, qui doit créer des normes pour ces nouveaux acteurs. D’ailleurs, le gouvernement singapourien a lancé en septembre dernier son « MasterPlan transports 2040 : Shaping the Future of Land Transport Together ». Dans cette vision de long terme, les autorités singapouriennes réaffirment l’objectif zéro voiture individuelle et soulignent au passage que leurs objectifs définis dans le plan Smart Mobility 2030 sont en train d’être atteints. A savoir que 8 ménages sur 10 vivant à moins de 10 minutes à pied d'une gare, 85 % des trajets de moins de 20 km effectués en moins de 60 minutes par les transports publics ; et 75 % de tous les trajets effectués aux heures de pointe dans les transports en commun. Afin de conserver à long terme la viabilité de leur système de transports et assurer à leurs citoyens une mobilité, gage de qualité de vie et de développement économique, les autorités anticipent et analysent leurs points faibles, notamment les déplacements en vélos et par la marche à pied. Cette nouvelle politique doit englober une variété de modes de transport, y compris la mobilité active comme la marche et le vélo, les transports publics de masse comme les autobus et les trains, et les transports partagés comme les taxis et les VTC. Des critères tels que le confort, le choix et la vitesse, ainsi que sur la manière de rendre ces accès plus attrayants pour les utilisateurs sont des critères importants. De même, l’utilisateur doit rester au cœur de cette politique « plus inclusive, afin de répondre aux besoins de tous les Singapouriens à mesure que notre société vieillit et mûrit ».

 

smart mobility

Article publié dans le dossier "Smart Mobility"

du magazine Singapour n°12

publié par lepetitjournal.com/singapour

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clémentine de beaupuy

Clémentine de Beaupuy

Diplômée de Sciences-Po, entrepreneuse et hyperconnectée, Clémentine est spécialiste de tout ce qui touche à la culture, la société, la religion et l'innovation urbaine.
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