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GABRIEL DUFOURCQ, ECONOMISTE DE JOUR, ARTISTE DE NUIT…

Par Michèle Thorel | Publié le 12/09/2018 à 14:15 | Mis à jour le 19/09/2018 à 02:21
Gabriel Dufour Singapour art

Gabriel Dufourcq, 35 ans, mène une vie une double vie pleine de sens : famille (marié, 3 enfants) et carrière professionnelle le jour, artiste la nuit et les vacances. A la mesure de son énergie vitale hors du commun. Rencontre avec un personnage brillant, fantasque, fougueux, cultivé, chaleureux, vibrant, humaniste et écorché vif.

 

UNE SENSIBILITÉ EXALTÉE PAR LA DIALECTIQUE IDENTITAIRE, L’INSONDABLE MYSTÈRE DES MOTS ET LA GRÂCE DE L’INSPIRATION CRÉATIVE...

 

lepetitjournal.com/singapour - Issu d’une famille éduquée, cultivée, profondément humaniste et aventurière, votre parcours n’est pas banal. Quelle est la trame?

Gabriel Dufourcq - J’ai la chance d’avoir une famille m’ayant permis de développer curiosité, humanité et ouverture. Ma mère, passionnée d’histoire et mon père, haut fonctionnaire ont toujours tenu un engagement humanitaire. Le sens de l’autre, du savoir et du travail : tels sont les principes de l’éthique familiale dont j’ai été nourri.

J’ai eu le privilège de faire des études intéressantes et diversifiées en économétrie puis à l’Insead. Aujourd’hui, j’adore mon travail, les maths, l’économie, les interactions sociales. 

Toutefois, je suis mû par une quête de sens sur la construction d’une identité, une réflexion sur la confrontation entre la perception de notre propre identité et la réalité de cette dernière. Mon travail sur l’émergence des icônes politiques du 20ème siècle (le Général de Gaulle, Churchill, Che Gevara, JFK, Gandhi, les Beatles, Martin Luther King, Obama… ) relève de cette réflexion.

 

Quelle est la genèse de cette réflexion ?

Adolescent, j’aimais les photos anciennes. Les photos de personnages. Elles me fascinaient; je m’amusais à inventer l’histoire des protagonistes. J’ai appris la photo en amateur bien éclairé.

Un jour, j’étais étudiant à Paris, j’ai vu un cliché des Beatles chez un ami qui m’a “scotché”. Vous savez… ce coup dans la poitrine… Un jour, je DEVRAIS avoir des photos ayant la capacité de me toucher, me “parler” aussi puissamment. Cela ne s’explique pas vraiment mais c’est décisif dans une vie.

Gabriel Dufrouq Singapour
série "Doll'art" - "Does money make happiness ?" (c) Gabriel Dufourcq

 

Et vous avez commencé à collectionner des photographies anciennes… Que se passe-t-il dans la tête d’un collectionneur ? Que cherche-t-il ?

J’avais 19 ans lorsque j’ai commencé ma collection. Je possède 400 photos aujourd’hui et quelques raretés précieuses datant du tout début du 20ème siècle. 

Mais je crois que j ai toujours eu  la “collectionite”! Je collectionnais … des collections! Timbres, pins, cartes de téléphone, insignes militaires, autocollants, canettes de coca et même les sucres! Avec méthode et minutie. C’est une pathologie, en réalité, qui relève d’un besoin de connaître, de posséder, de répertorier, de classer et de l’excitation du chasseur à l’affût de la pièce unique, le chineur obsédé par son désir de débusquer ce que personne d’autre n’a. Et c’est alors la jouissance indicible d’avoir trouvé LA pièce unique, de la posséder et d’être le seul. 

 

Collectionneur de photographies… puis acheteurs de journaux anciens. Quel rapport entre les deux ?

La photo, c’est l’image. Et l’évocation d’une identité. Le journal, l’écrit, ce sont les mots. Ils définissent, caractérisent et matérialisent une identité. 

Mon travail sur les personnalités politiques de notre siècle, devenues icônes médiatiques (Le Général de Gaulle, Elisabeth d’Angleterre, Churchill, Che Guevara…) nécessite entre 100 et 200 titres de journaux qui lui sont contemporains.. J’en ai… plusieurs mètres cubes aujourd’hui.

Le rapport entre les photos et les journaux, c’est ma réflexion sur l’émergence des icônes et la construction de leur identité. A travers les mots publiés dans le journal. 

Gabriel Dufourq Singapour
Série "Find a word for it" (c) Gabriel Dufourcq

 

C’est votre série “Find a word for it”, que l’on pourait identifier par “Icônes politiques”, tableaux représentant un portrait monochrome d’une personnalité sur fond de titres de journaux d’époque, contemporains de cette personnalité…. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces oeuvres qui vous ont fait émerger sur la scène artistique internationale ?

Il m’a fallu réunir une photographie-portrait unique par exemple, du Général de Gaulle; plus d’une centaines de journaux datant de son engagement politique à sa mort. C’est une période de 40 ans au bas mot. 

Je lis tous les titres et sélectionne des mots ou courts passages, les découpe et les assemble afin qu’un message plus ou moins subliminal se dégage de la lecture de l’ensemble; un message que je choisis, qui a pour but de faire réfléchir celui qui regarde le tableau, avec une certaine progression chronologique de haut en bas, pour illustrer le parcours significatif du Général.

Par-dessus cet assemblage, je peins en couleur et en transparence le portrait monochrome du personnage, selon la photo choisie. De 12 à 18 mois de travail.

 

Vous avez beaucoup réfléchi sur la personnalité et l’identité à travers l’étude des images et des mots. Quelle est votre conclusion ?

Qu’une personnalité peut être choisie, construite et/ou héritée en fonction d’une identité. Qu’est-ce qui est une identité? Un nom (écrit) et une photo. Passeport, cartes nationales d’identité, PR… Toujours une image et du texte. Le texte “collé” à l’image va conditionner le déroulement de l’histoire, la formation d’une personnalité. Et si le texte avait été différent ?

Prenez par exemple l’enfant étranger qui est naturalisé et dont le nom est “francisé” par nécessité ou volonté de se fondre dans la société ou de s’en protéger comme bon nombre d’auteurs et artistes (Roman Kacew devient Romain Gary par exemple, Elie Barouh est rebaptisé Pierre…). La personnalité de ces derniers sera-t-elle héritée de leur identité biologique, primaire, ou bien sera-t-elle bien construite, voire choisie et aménagée sur le terreau de leur identité acquise ? Et qui sera en mesure de la détecter ? Quelle sera donc leur véritable personnalité ?

Il y a un peu de confusion dans ce que je vous raconte. Mais de cette confusion nait la puissance, le désir, le besoin de créer. Elle est donc motrice.

 

Gabriel Dufrouq SingapourQue représente la création artistique pour vous ?

C’est une nécessité. “Si vous deviez arrêter de créer, en mourriez-vous ? Si la réponse est oui, alors vous savez que vous êtes artiste”. Rainer Maria Rilke. Lumineux, limpide, évident. Pour moi, la réponse est définitivement oui. 

Il faut relire ses “Lettres à un jeune poète”sur le processus créatif. Le chef d’oeuvre le plus inspirant pour moi. Mon livre de chevet.

On ne devient pas artiste du jour au lendemain. C’est une naissance lente. On accumule, on persévère et puis un jour…. “Ça” vient.

Le processus créatif est spontané et irrépressible. C’est un cheminement, un voyage que nul ne peut contrôler. Il relève d’une introspection puissante, un travail absolument, résolument solitaire, une forme de méditation profonde qui atteint ce que certains appellent l’âme, l’être, l’imagination…. Il y a la force féconde et constructive du temps et de la solitude, une forme de “lâcher-prise” eu égard aux règles, conventions, logique, contingences pour… comment dire… laisser l’indicible s’exprimer.

 

Comment s’inscrit la création artistique dans votre vie ?

Les idées émergent aléatoirement, de jour, de nuit…  Une image, un mot, un chiffre, un son, une odeur peuvent faire émerger l’intégralité d’une nouvelle oeuvre.

La création, c’est la mise en mouvement de l’imagination, sa matérialisation. L’imagination, c’est la capacité du cerveau à extrapoler et à connecter des idées, des concepts.

Je note mes impressions, mes idées, mes perceptions sur un petit carnet et les explore le temps venu, lorsque je suis en phase “100% artiste”… c’est à dire, la nuit, le weekend, les vacances…. Oui! J’ai une épouse formidable qui accompagne et assume les implications d’une telle passion. 

Je constate cependant que socialement comme dans le monde de l’entreprise, la créativité est glorifiée dans le discours mais que la performance artistique n’est pas valorisée une fraction de la performance sportive par exemple. C’est amusant, n’est-ce pas?

Gabriel Dufourq Singapour
Série "Find a word for it" (c) Gabriel Dufourcq

 

Envisagez-vous une carrière d’artiste à temps complet ?

La vie reste un champ de possible et rien n’est écrit. Alors… pourquoi pas ? Mais pour l’instant, j’aime mon métier, j’ai intellectuellement besoin des maths et des calculs économétriques, des échanges avec mes pairs et du stimuli induit. En revanche, j’aimerais avoir plus de temps pour créer et me frotter au monde de l’art.

J’ai vendu mon premier tableau, par hasard et sans préméditation, à une amie venue dîner à la maison. Elle l’a aimé et a insisté pour me l’acheter. Aujourd’hui, j’expose et vends régulièrement à l’international en Asie, ici à Singapour (Affordable Art Fair), HK, Royaume-Uni, Belgique, Brésil, USA... Evidemment, j’aimerais approfondir. Cependant, je n’aime pas trop l’association des mots “carrière” et “artiste”.

Je suis un bonhomme qui a un besoin irrépressible et spontané d’exprimer une quête de sens à travers l’art. 

L’art n’est jamais une fin en soi. C’est un canal de recherche, de purification, de compréhension, de libération, d’expression intellectuelle, psychologique, émotionnelle. Tout sauf … “un job”!

 

 

Pour retrouver ses oeuvres :

le site de Gabriel Dufourcq

instagram @gabrielsg_art et ses photos vintage sur @vintagephotocollection

Ses tableaux sont exposé chez Merci Marcel à Tiong Bahru

Gabriel Dufourcq sera présent à l’Affordable Art Fair de Singapour les 15-18 novembre 2018.

 

 

 

Michele

Michèle Thorel

Gourmande, gourmet, curieuse des gens, des odeurs, des couleurs, des saveurs. Fitness Pilates et Life coach. Traductrice et pianiste. Responsable marketing et communication dans une ancienne vie, dans l’agro-alimentaire, évidemment.
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