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La photo du jour : les loutres à Singapour, charme et chaos aquatique

Chaque mois, lepetitjournal.com vous propose une immersion dans le quotidien de la vie singapourienne. A travers nos photos insolites, l’objectif est de vous faire découvrir les trésors cachés de la Cité-Etat. Aujourd'hui, laissons-nous surprendre par une famille de loutres dans les beaux quartiers de Sentosa : à votre avis, touristes ou résidentes ?

la photo du jour à Singapour la photo du jour à Singapour
Écrit par Karen Attal
Publié le 13 mars 2026, mis à jour le 19 mars 2026

 

Scène typiquement singapourienne : un petit cortège de loutres s’est offert une traversée de la route en plein milieu de la matinée. À Sentosa, on croise parfois des véhicules de luxe, des touristes en maillots de bain et, plus étonnant, une famille de loutres, au pas sûr de celles qui savent qu’elles sont ici chez elles.

 

 

© Karen Attal
© Karen Attal

 

 

Ces nageuses urbaines empruntent les park connectors et se servent même des ponts et tunnels comme couloirs de déplacement.

Elles se glissent dans les canaux, nagent à Marina Bay et reposent sur les berges de la rivière de Singapour. Le museau rond, les moustaches frémissantes et les pattes palmées, elles sont deux espèces à se partager le territoire : la loutre à pelage lisse (lutrogale perspicillata), grande et lustrée, et la loutre à petites griffes (aonyx cinereus), aussi appelée loutre cendrée. Toutes deux sont natives de la région, et donc pas importées. Dans les années 70-80, on les croyait presque disparues à cause de la pollution et de la destruction des mangroves et des rives qui leur servaient d’habitat. Peu après une visite de Jacques Chirac dans la cité-Etat en 1978, le premier ministre Lee Kuan Yew lance un vaste programme de nettoyage de la rivière, qui connaît un renouveau sanitaire et écologique.

Deux décennies plus tard, une première famille de loutres à pelage lisse s’installe dans la réserve de Sungei Buloh, signe que les eaux redeviennent accueillantes. Depuis, la ville a vu ses loutres reprendre possession des lieux. Aujourd’hui, on peut les croiser presque partout : dans les mangroves de Pasir Ris, le long du canal d’Alexandra, ou en plein centre, barbotant paisiblement dans Marina Bay. Ces nageuses urbaines empruntent les park connectors et se servent même des ponts et tunnels comme couloirs de déplacement. 

 

Si leur retour émerveille les promeneurs, il suscite aussi quelques frictions...Et des menaces pèsent. 

 

 

Les loutres, protégées par la loi singapourienne 

La population actuelle est estimée à environ 170 loutres à pelage lisse, réparties en une douzaine de familles. Très sociables, elles vivent en clans où les parents et leur progéniture pêchent dans des eaux peu profondes. Tout y passe, même les poissons d’ornement d’un hôtel de luxe à Sentosa, qui aurait perdu sa réserve de kois d’une valeur de 85 000 dollars ! Si leur retour émerveille les promeneurs, il suscite aussi quelques frictions : bassins pillés, traces d’excréments ou intrusion dans les jardins privés. Des menaces pèsent aussi sur l’animal. Selon le National Geographic, elles viennent surtout de collisions routières, notamment quand elles rejoignent la route en traversant les barrages. Certaines sont aussi blessées par des hameçons ou des filets de pêche illégaux. D’autres peuvent être attaquées par des chiens errants. 

A Singapour, les loutres sont protégées par la loi. NParks œuvre à relocaliser les familles de loutres qui s’installent dans des zones résidentielles où elles ne trouvent pas assez de nourriture et peuvent devenir agressives. Les autorités, les ONG et le Groupe de travail sur les loutres (Otter Working Group), composé de biologistes, d’agences et de citoyens, surveillent, sensibilisent et conseillent les habitants. Il s’agit de disposer de clôtures otter-proof autour des étangs privés, de savoir répondre aux signalements, de garder son chien en laisse ou tout simplement d’apprendre à ne pas déranger. 

Malgré ces embûches, les loutres semblent s’être parfaitement adaptées à la vie urbaine. Elles nagent sous les ponts, escaladent les berges en béton et, telles de vraies athlètes, peuvent retenir leur souffle sous l’eau jusqu’à huit minutes d’affilée ! Singapour, de son côté, poursuit ses efforts pour entretenir ses réservoirs, assainir ses canaux et restaurer ses rives. Une alliance entre écologie et urbanisme qui permet à la cité-Etat de cohabiter avec ses championnes autochtones.

 

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