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Bicentenaire de la fondation de Singapour - Comment est-ce arrivé?

Par Caroline D. | Publié le 05/02/2019 à 14:30 | Mis à jour le 06/02/2019 à 10:52
Stamford Raffles

Stamford Raffles, employé diligent et ambitieux de la Compagnie britannique des Indes orientales, est considéré comme le fondateur de Singapour. En effet, le 6 février 1819, il signait avec les autorités locales un traité d’amitié et d’alliance. Dans quelles circonstances est-il arrivé sur l’île ? Revenons sur ces évènements qui transformèrent à jamais l'histoire de l'Asie du Sud-Est.

 

Un contexte géopolitique tendu


En 1818, Raffles est envoyé comme lieutenant-gouverneur à Bancoolen, sur l’île de Sumatra. Il ambitionne toujours d’étendre l’influence de la Grande-Bretagne et de la Compagnie britannique des Indes orientales en Asie. Cette dernière, qui commerce fructueusement en Chine et en Inde, a besoin d’un port d’escale en Asie du Sud-Est. Raffles réalise très vite que, en raison de la situation géopolitique, Bancoolen ne fera pas l’affaire. Homme d’action, il se rend alors au siège de Calcutta pour rencontrer le gouverneur général. Ce dernier l’autorise à créer un établissement à Riau (Bintan), Johor ou tout autre point du détroit, à condition que cela n’entraîne pas de conflit avec la Hollande. La Grande-Bretagne et les pays européens sortent tout juste des guerres napoléoniennes et des négociations sont en cours pour se partager les territoires d’Asie.

 

Le concurrent direct de la Compagnie britannique des Indes orientales est la Compagnie hollandaise des Indes orientales, particulièrement bien implantée dans les territoires qui constituent aujourd’hui l’Indonésie. Ces deux compagnies sont les multinationales de l’époque. Puissantes, riches, elles disposent d’armées privées – Imaginez aujourd’hui Amazon qui emploierait des soldats... – Les gouvernements les soutiennent dans leur expansionnisme territorial mais tentent aussi d’éviter tout engrenage militaire. Si Raffles reçoit des consignes du gouverneur général en ce sens, elle sont suffisamment vagues pour lui laisser une marge de manœuvre ; il va en profiter.

 

Une aventure humaine


Raffles contacte William Farquhar, qui travaille également pour la Compagnie britannique des Indes orientales. Ancien soldat âgé de 49 ans, il a passé 30 ans dans la région. C’est une petite flotte de huit navires qui quitte Penang. À bord, une centaine de Sepoys, les soldats indiens, et 30 hommes d’artillerie. Le 26 janvier 1819, Raffles retrouve Farquhar qui est parti en éclaireur. Ce dernier lui apprend qu’ils ont été pris de vitesse et que les Hollandais ont déjà signé un traité avec le sultan de Riau. Leur plan B est de se tourner vers Johor. Mais l’endroit ne s’avère pas le plus propice à l’établissement d’un port. Le commandant de l’un des bateaux attire alors l’attention de Raffles sur Singapour, devant laquelle il a récemment navigué. Le 28 janvier, la flottille jette l’ancre devant Saint John. Les hommes, partis en reconnaissance, ramènent de bonnes nouvelles : il n’y a pas de Hollandais sur l’île. Raffles et Farquhar se rendent immédiatement à terre et sont enthousiastes : la position géographique est stratégique, l’île bénéficie d’un port naturel et d’eau potable en abondance grâce à la rivière et ses affluents. En 1819, Singapour est un village d’à peine un millier d’habitants : 850 nomades vivent sur leurs bateaux, une trentaine de Malais et une trentaine de marchands et planteurs chinois.

 

Une drôle de cérémonie


Les Britanniques installent leur campement sur le Padang et Raffles entame des pourparlers avec les autorités locales. Le 30 janvier 1819, un accord préliminaire est signé avec le temenggong, chef local. On envoie alors chercher le fils aîné du sultan, décédé récemment. Les Hollandais ont reconnu le fils cadet comme sultan de Riau. Les Britanniques font donc de son aîné leur champion : il deviendra sultan de Singapour ! Hussein, à qui le sort n’avait jusque-là pas été favorable, arrive quelque peu anxieux sur ce retour de fortune. Mais la présence persuasive de cette petite armée ne le fait pas hésiter longtemps. Le 6 février 1819, le tapis rouge est tiré. Il est mené à une tente devant laquelle se tient Raffles. Les soldats font une haie d’honneur au sultan et au temenggong. Tous ces préparatifs ont attiré une petite foule de spectateurs. La cérémonie de signature du traité, si elle est improvisée, n’en est pas moins solennelle : apposition des sceaux, échanges de cadeaux, coups de canons et banquet. Le traité autorise la Compagnie britannique des Indes orientales à s’établir à Singapour contre espèces sonnantes et trébuchantes : 5 000 dollars espagnols par an pour le sultan, 3 000 pour le temenggong.

 

Des débuts incertains


Dès le lendemain, Raffles quitte Singapour afin de rejoindre son poste à Bancoolen, laissant Farquhar en charge, non sans lui avoir laissé des instructions précises. Quand le récit de l’équipée arrive aux oreilles des Hollandais, ils sont furieux. Ils envisagent une expédition militaire et émettent des protestations officielles. Mais les nouvelles vont si lentement qu’elles n’atteignent Londres que plusieurs mois après. La Grande-Bretagne est mise devant le fait accompli : Singapour existe bel et bien. Non content d’assurer un port stratégique à l’Empire, la petite colonie est un succès. Farquhar, qui jouit d’une bonne réputation dans la région, a immédiatement relayé la nouvelle de l’aventure auprès de ses contacts à Malacca. Sous l’œil effaré des Hollandais, qui tentent en vain de bloquer le port, marchands chinois et indiens prennent la mer, leurs bateaux chargés de ravitaillement. Destination Singapour. C’est le début de l’Histoire.

 

Une commémoration, mais pas une célébration...


À l’heure du bicentenaire, il est intéressant d’observer de quelle manière Singapour aborde l’événement. Ainsi, le Premier ministre a, dans son discours, non seulement mentionné Raffles, dont le nom est partout, mais également Farquhar, complètement oublié. Une statue représente d’ailleurs Raffles, à l’endroit même où il aurait posé le pied sur l’île. Réponse symbolique : l’adjonction toute récente de quatre statues, chacune appartenant à une communauté ethnique de l’ile. C’est une façon de souligner que Singapour n’est pas l’œuvre d’un seul homme et également de mettre en avant le multiculturalisme, une valeur clé toujours d’actualité.

 

 

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