

Le samedi 20 mars dans le cadre du Festival de la Francophonie, Sing'Pouring propose un concert à l'Alliance Française de la chanteuse Noga accompagnée par deux artistes, Patrick Bedey, musicien virtuose d'origine camerounaise et Olivier Koundouno, violoncelliste reconnu. Métissage et télescopage d'influences entre plusieurs continents, ces trois artistes proposent à travers leur musique un hymne à l'universalité. Une world musique aux accents jazzy qui peut charmer un public pas exclusivement francophone. Rencontre avec la chanteuse enjouée du trio qui nous a parlé défense de la langue française et processus de création
Vous chantez en français et mêlez votre voix aux instruments et à la musique de Patrick Bedey et d'Oliver Koundouno. Ce choix du français pour chanter a-t-il toujours été évident?
-Il a été le plus naturel en tous cas ! Je suis suisse-romande et j'ai grandi en 4 langues. Mes parents, venus d'Israël, parlaient en français à la maison. En commençant ma carrière de chanteuse comme je suis auteur-compositeur, j'aurais pu me poser la question de la musicalité du français. Mais je m'accorde très bien de notre langue. J'aime ses mots, sa poésie ? Je trouve que dans le français, il y a une tournure d'esprit particulière, une manière de regarder les choses. Je défends beaucoup cette langue et l'importance de réseaux culturels francophones à l'étranger.
Pour autant, j'adore l'anglais et il est vrai que l'anglais permet de dire peu de choses en peu de mots. Au niveau rythmique, le français est parfois plus difficile à scander. Ce que je déplore aujourd'hui dans le monde de la musique est de voir de jeunes groupes qui écrivent en anglais dans l'espoir d'être mieux diffusés alors qu'ils ne maitrisent pas forcément très bien cette langue.
On perd un peu du rôle de l'artiste qui est, je pense, de retranscrire son univers intérieur sans formatage.
Pouvez vous nous en dire plus sur votre parcours d'artiste ?
- J'ai toujours été passionnée de musique et de théâtre, mais je me suis lancée assez tard dans une carrière artistique? Mes parents étaient ravis que j'aime la danse, le théâtre, la musique mais n'envisageaient pas cela comme un métier. J'ai fait des études de droit. Je me destinais à une carrière d'avocat. En arrivant aux Etats-Unis pour compléter ma formation, je me suis décidée à passer des auditions. Il fallait confronter mon rêve à la réalité ! Cela a été difficile de construire ma carrière mais avec le recul, j'ai été heureuse de suivre cette vocation.
Comme chanteuse, j'ai été longtemps interprète. Et puis, peu à peu j'ai réussi à m'affranchir de ce poids, celui des « grands maîtres » et j'ai commencé à composer moi-même. J'ai eu donc un parcours très, très progressif ?
Peut-on vous qualifier de « chanteuse à textes » ? Que pensez vous de cette expression ?
Je n'aime pas trop les qualificatifs et les étiquettes. J'essaie de m'en affranchir à travers mes spectacles ? Mais si « chanteuse à textes » veut dire que je fais attention à ce que dit quand je suis sur scène, alors « oui », j'accepte ce qualificatif. Si cela signifie, une certaine exigence de poésie, alors « oui » j'accepte ce qualificatif ? mais depuis 5 ans, et notamment grâce à la collaboration avec Patrick Bedey, il s'est créé une connivence entre mes mots et sa musique. Je trouve que parfois les mots sont réducteurs et que la musique laisse passer plus d'émotions et d'énergie. Certains sentiments n'ont pas besoin de mots pour être définis. J'accorde de plus en plus d'importance à la musique dans mes créations et je crois que nos deux derniers albums mettent en avant ce travail conjoint.
Pouvez vous nous parler un peu plus de votre collaboration avec vos musiciens, notamment avec Patrick Bedey ?
- Avec Patrick, nous nous sommes rencontrés il y a 5 ans. Et nous en sommes à notre 2ème album ensemble. J'attache beaucoup d'importance au processus de création et de collaborer avec des musiciens de tels talents a été pour moi un vrai enrichissement. En fait, j'adore collaborer avec des artistes d'horizons différents. J'adore ce que l'apport de l'autre génère dans un processus créatif. Au départ j'arrive avec mes textes chantés a capella ou accompagnés au piano, nous réalisons nos arrangements ensemble. De même pour Olivier, qui a collaboré avec nous sur notre dernier album, nous lui faisons écouter nos morceaux et il nous propose un arrangement propre à sa musique et à sa sensibilité. C'est une sorte d'improvisation collective où chaque artiste apporte énormément à l'autre, chacun amène sa personnalité. A un moment donné, il y a une telle complicité entre nous que l'on ne sait plus de qui viennent les influences.
Qu'allez vous nous proposer ici à Singapour ?
- Avec mes deux musiciens, nous avons construit ce concert comme un voyage musical. Nous partons en tournée en Asie, Brunei, Hanoï, Singapour et espérons toucher tous les publics, même les non-francophones ! Nous allons présenter notre dernier album Laisser partir, métissage de toutes nos influences artistiques.
Ce spectacle laisse aussi de la place à l'improvisation et aux échanges avec le public... J'espère qu'il sera au rendez-vous !
Clémentine de Beaupuy (www.lepetitjournal.com/singapour) mercredi 16 mars 2016
Détail dans l'agenda















