Édition internationale

EXPOSITION PHOTO- Le monde des origines selon Sebastiao Salgado

Écrit par Lepetitjournal Singapour
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 mai 2014

GENESIS, la grande exposition écologique du photographe brésilien Sebastiao Salgado est présente  à Singapour du 27 avril au 17 juillet. Des oeuvres magnifiques que relèvent encore une pointe de polémique.

C'est peu de dire que le projet est ambitieux : Sebastiao Salgado, photographe brésilien connu pour ses sagas sur le monde du travail et son engagement social (La main de l'homme est une série de reportages sur le travail manuel, Exodes traite du sort des migrants), s'est lancé en 2004 dans un projet pharaonique : partir en quête des «faces vierges de la nature et de l'humanité (?) , des paysages, des animaux et des peuples qui ont su échapper au monde contemporain » afin d'inciter le monde à les préserver. Huit ans, trente destinations et quelques continents parcourus plus tard, il présente aujourd'hui son projet « Genesis » dans le monde entier. Après être passée par Rio, Toronto,  Londres, Lausanne et Paris, l'exposition, composée de 245 clichés, est arrivée voici quelques semaines au musée national de Singapour.

Il est vrai que rarement on aura vu la terre aussi magnifiée. Les clichés de Sebastiao Salgado présentent une nature grandiose. Certains paysages sont d'une beauté âpre, comme les terres de glace de Sibérie ou de l'Antarctique, d'autres comme l'Amazonie, toute d'exubérance végétale, prennent des allures de jardin d'Eden tandis que les vues des grands canyons et des falaises américaines  se teintent d'une magnificence presque surnaturelle (un étonnant cliché de nuage flottant entre deux sommets notamment). Salgado immortalise ainsi la force de la nature avec un souffle presque mystique. Il réussit à saisir sur le vif la beauté d'un vol d'oiseau, la puissance d'une baleine dont on n'apercevra que la nageoire caudale ou l'?il qui affleure de la surface de l'eau, l'élégance d'un jaguar. Il s'amuse aussi à croquer un singe aux allures de vieux sage ou la marche dégingandée de pingouins sur le point d'aller plonger.

Alors, oui on s'émerveille, oui la terre est belle. Mais à trop vouloir esthétiser, certaines photos en semblent presque artificielles, trop léchées pour être vraies. Sa volonté de transformer chaque scène en allégorie le fait aussi quelquefois tomber dans le cliché. En Ethiopie, le photographe nous montre un homme et son fils accroupis devant une vallée, enveloppés dans leur manteau. La scène est immémoriale et nous plonge dans l'ancien testament, au temps de la reine de Saba. Mais Salgado ne résiste pas à la tentation d'en faire un peu trop dans la photo suivante : on y voit une famille entourée de ses bêtes, des raies de lumière flottant au dessus d'eux. Comment ne pas penser à une crèche ?

De même sa volonté d'immortaliser les tribus les plus reculées du globe semble quelquefois à la limite du voyeurisme ethnologique, comme son portrait de deux femmes « à plateaux » portant un labret dont on se demande un peu quel est l'intérêt. Ou ces indiens dont on prend soin de nous rappeler dans la notice qu'ils utilisent toujours des outils préhistoriques, comme à l'âge de pierre.

Il n'empêche. Salgado est un grand photographe, et nombre de ses clichés sont incroyables. Il a su capter la magie, la beauté de certains instants, restituer la grâce d'une jeune indienne, capturer l'étrange allure, à la fois terrible et surannée, d'un homme affublé d'un maquillage blanc lui dessinant un loup vénitien. Et quelle plus belle parabole de la volonté de l'homme que cette photo où on voit un jeune homme, minuscule point dans une forêt d'arbres immenses aller défier les éléments pour aller chercher quelques fruits ? Alors malgré ces réserves, Genesis est sans doute une des plus belles expositions photo de l'année. Courez-y !

La polémique Vale

Vale, société minière brésilienne a financé une partie des voyages de Sebastiao Salgado. Le hic est que, selon un collectif d'ONG, cette société serait incriminée dans un certain nombre de désastres écologiques, notamment celui du barrage de Belo Monte, dénoncé justement par un chef indien invité par Salgado lors de l'inauguration de son expo à la maison européenne de la photo. Interrogé sur la question par le journal le Monde, le photographe a répondu «L'industrie minière n'est pas un problème. Au Brésil, la plus grande pollution, c'est le pétrole, et surtout l'agriculture, qui est fatale pour la forêt. Alors que la mine est localisée.» Il ajoutait « Vale n'est pas une entreprise bandit. Les plus grosses ONG brésiliennes, et aussi les municipalités, travaillent avec eux.»

Agnès Noël (www.lepetitjournal.com/singapour) vendredi 23 mai 2014

GENESIS, Musée national de Singapour, jusqu'au 27 juillet, de 10 H à 18 h, entrée libre.

logofbsingapour
Publié le 22 mai 2014, mis à jour le 23 mai 2014
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