Pendant la période qui précède le Nouvel An Chinois, qui cette année il tombe entre le 17 février et 3 mars, vous aurez certainement remarqué de drôles de “décorations” dans les rues plus traditionnelles de Shanghai, et surtout dans les lilongs. Voici une petite revue non exhaustives des signes irréfutables qui annoncent les fêtes du nouvel an.


Viande séchée à Shanghai
C’est une tradition chinoise de plus de 2000 ans que de faire sécher certaines denrées en hiver, notamment de la viande qui gagne ainsi un goût plus prononcé. Et on le fait spécialement en anticipant les festivités du Nouvel An. En moyenne on met la viande à sécher quatre semaines avant la date du Nouvel An. Ce processus est désigné par le terme générique “La rou” et consiste à faire tremper la viande pendant plusieurs jours dans de la sauce soja, du sel, du sucre, du vin de riz ou encore du gingembre avant de l’accrocher à l’air libre dehors pendant plusieurs heures par jour pour qu’elle perde de sa humidité et un peu de gras.
C’est ainsi qu’en vous baladant dans les ruelles de Shanghai vous pouvez admirer du porc, de la volaille (appelée Ban ya ce qui veut dure canard aplati) ou encore des pans entiers de poisson se balançant au gré du vent soit accrochés sous le auvent, soit à des cintres, soit même directement aux lampadaires dans la rue. Souvent ce sont également des guirlandes de saucisson de porc appelé “la chang” qui décorent les abords des maisons dans les lilongs.

D’une manière générale, à Shanghai c’est la viande de porc qui prévaut, le boeuf ou l’agneau étant plutôt populaires dans les régions du nord du pays. Quant au poisson, c’est essentiellement de l’anguille dont la taille peut atteindre 1,5 m.

Culottes rouges à Shanghai
Nous le savons, les Chinois, notamment ceux des générations plus anciennes, aiment faire sécher leur linge à l’air libre. C’est d’ailleurs un véritable festin pour les yeux que de se balader dans les lilongs shanghaiens surtout après plusieurs jours de pluie, lorsque tout le monde a enfin pu faire sa lessive et l’étendre par rangées entières sur des cordes au-dessus des ruelles ou aux fenêtres.
Aux alentours du Nouvel An chinois, très souvent vous y verrez notamment des sous-vêtements de couleur rouge flamboyant. Dans la tradition chinoise, le rouge est une couleur associée à la fortune et à la chance et, en tant que telle, c’est une couleur dominante pendant les festivités. Mais plus spécifiquement, les sous-vêtements rouges ont censés protéger et porter chance aux personnes dont le signe astrologique chinois est le même que l’année en cours - on appelle cette coïncidence benming nian. Spontanément on penserait que l’année du cheval de feu c’est une bonne chose pour celui qui est né dans ce signe astrologique, hélas c’est plutôt le contraire - les Chinois croient que cela porte malheur.
Le rouge étant de bonne augure d’une manière générale, c’est un cadeau très fréquent pour le Nouvel An chinois d’offrir des sous-vêtements de cette couleur, fréquemment assortis d’une décoration couleur dorée du signe du zodiaque correspondant, spécialement par une fille à l’élu de son coeur.

Bandes rouges sur les portes
Autre signe annonciateur du nouvel an: des décorations de portes, toutes en rouge et en or. Vous aurez du mal à trouver une porte qui n’en soit pas décoré. Habituellement ce sont deux bandes rouges disposées symétriquement séparées au milieu par un losange. Le losange rouge porte l’inscription du caractère fu ce qui signifie fortune et sa particularité c’est qu’on l’accroche à l’envers pour inviter la fortune en abondance dans la demeure. Une partie su caractère fu désignait autrefois une jarre, donc en l’inversant on fait littéralement couler la fortune sur ceux qui rentrent par la porte.
Quant aux deux bandes jumelles, appelées 对联 duìlián, habituellement on y inscrit des voeux de prospérité pour la nouvelle année ou des affirmations. Pourquoi en double? Parce que les nombres pairs potent chance. Traditionnellement on les gardait toute l’année.
Lanternes rouges
Enfin, les fêtes du Nouvel An chinois viennent inévitablement avec une véritable marée de lanternes rouges. Si vous visitez les abords de Yu Garden à Shanghai après Noel et avant le Nouvel An chinois, vous pourrez littéralement plonger dans un océan de décorations rouges de toutes les tailles et en différents matériaux, souvent décorés de caractères ou dessins dorés. Cette année vous trouverez surtout des dessins du cheval sous toutes les formes.

Les lanternes sont également accrochées dans les rues (comme par exemple la rue Gao’an à côté de la Shanghai Library) ou directement aux arbustes dans les parcs et les squares de la ville. On les accroche également aux entrées des bâtiments de bureaux ou des compound.
Vous l’aurez deviné - les lanternes ont pour but de chasser la malchance.
D’après la légende, pour empêcher la vengeance d’un dieu qui voulait mettre la terre à feu pour punir les hommes, ceux-ci ont allumé des lanternes et des feux d’artifice pour simuler le feu et empêcher la vengeance divine. Subterfuge réussi qui a donné aux lanternes le pouvoir de porter chance.
Historiquement parlant, les premières lanternes chinoises datent de la dynastie des Han de l’Est (an 25-220) et elles étaient confectionnées en soie ou en papier tendus sur un cadre en bambou, pour protéger la flamme. Depuis, elles sont devenues plus décoratives et symboliques qu’utilitaires. Fun fact: 80% de la production de lanternes provient d’un petit village de la province de Hebei appelé Tuntou. Avec les 80 millions de lanternes fabriquées là bas chaque année le village mérite son surnom de la capitale chinoise de la lanterne.
Et vous, pour quelle tradition du nouvel an allez vous opter cette année?












