Édition internationale

L'éducation verte passe par la ferme en Chine

Des plants de tomates sous le bras, un carnet d'observations rempli : pour des milliers d'écoliers chinois, la ferme est devenue une salle de classe à part entière. Derrière cette tendance, deux réformes scolaires et un marché qui pèse 242 milliards de yuans. Explications.

17766691965486441776669196548644
Écrit par François Tricon
Publié le 6 mai 2026

Sortie aux champs pour les petits chinois

61 parcelles, 168 semis, plus de 100 récoltes en un an : le district de Haidian, à Pékin, vient de publier le bilan de son programme Gengdu Wenhua (耕读文化, "culture du labour et de la lecture"). Derrière ces chiffres, 3 000 résidents mobilisés, des enfants encadrés par des chercheurs de l'Académie des sciences agricoles, et des friches urbaines transformées en potagers collectifs. Un exemple parmi d'autres d'un mouvement qui prend de l'ampleur dans toute la Chine ce printemps.

À Dongguan (Guangdong), 300 élèves de primaire ont passé une matinée en avril dans la ferme Yifangtian à semer, désherber et identifier des plantes médicinales, dans le cadre du programme "mercredi sans devoirs". Ils en sont ressortis avec des plants de tomates et un carnet d'observations rempli. À Yixing (Jiangsu), l'école primaire Pan Hanian avait organisé en mars une visite à la ferme durable Youqiu : apiculture, découverte des semences, rencontre avec des poneys.

Ces sorties ne sont pas le fruit de l'initiative de quelques enseignants motivés. Depuis 2020, une directive nationale impose au moins une heure d'éducation au travail (劳动教育) par semaine dans tous les établissements, du primaire au lycée. Et depuis 2021, la politique 双减 a supprimé devoirs et cours du soir, libérant du temps que les écoles remplissent volontiers par des sorties agricoles. Le marché des visites pédagogiques (研学旅行) qui en découle dépasse les 242 milliards de yuans en 2026.

 

À Shanghai, le Lycée Francais va aux champs 

Dans l'arrondissement de Putuo, la municipalité a intégré 42 petites fermes scolaires dans ses écoles primaires et maternelles, dans le cadre du programme Tian Yuan Xuetang ("classe des champs et jardins"). Chaque établissement cultive ses propres parcelles, avec un programme mêlant botanique et cycles des saisons.

Les familles francophones ont eu leur version de ce retour à la terre en septembre 2025 : des élèves du Lycée Français de Shanghai ont passé une matinée à la Smiling Farm, une ferme pédagogique en périphérie de la ville affiliée au réseau CSA (Community Supported Agriculture). Plantation et récolte du riz, alimentation des animaux, légumes ramenés à la maison. L'événement est documenté par l'Institut français de Chine sous le titre "Retour à la nature", avec une coloration agriculture durable et éducation sensorielle plus marquée que dans les dispositifs chinois.

 

Circuits touristiques agricoles 

Le programme de Haidian à Pékin représente l'un des dispositifs les mieux documentés : des parcelles permanentes, des encadrants scientifiques, des données de suivi sur un an. C'est un modèle de programme structuré, ancré dans le quartier et pensé sur la durée.

À Xinghua (Jiangsu), c'est une logique différente qui est à l'oeuvre. Le gouvernement local a inauguré en avril un circuit touristique agricole dans le village de Dongluo, mêlant histoire rurale, artisanat et manipulation d'anciens outils. Le dispositif est ouvert aux scolaires comme aux familles, avec un double objectif pédagogique et de développement territorial. L'éducation y est réelle, mais elle s'inscrit dans une démarche plus large de valorisation du patrimoine rural.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos