Véritable vaisseau amiral de l’enseignement supérieur chinois, Shanghai Jiao Tong University (SJTU) fondée en 1896 souffle ses 130 bougies en 2026. Rarement une université aura autant incarné la transformation de la Chine, de l’Empire du Milieu finissant à la superpuissance technologique d’aujourd’hui. Entre avancées scientifiques, influence économique sur Shanghai et ouverture internationale, retour sur un siècle et trois décennies d’histoire.


130 ans de résilience et d’ambition
C’est en 1896, sous la dynastie Qing, que naissait la Nanyang Public School, ancêtre de l’actuelle SJTU. À l’époque, l’empire chinois cherchait à se moderniser face aux puissances étrangères. 130 années plus tard, SJTU est régulièrement classée parmi les meilleures universités d’Asie (Top 50 mondial selon le QS World University Rankings 2026 et Top 4 en Chine selon le Shanghai Ranking 2026). Cet anniversaire ne marque pas seulement un temps fort commémoratif : il affirme un modèle universitaire chinois tourné vers l’avenir, qui combine recherche, éducation et applications business.
Un acteur clé de l’économie shanghaïenne
Avec ses 7 campus (dont l’historique Xuhui et le gigantesque Minhang), SJTU se classe au top 1 des Universités Shanghaïenne et forme chaque année plus de 40 000 étudiants, dont une proportion croissante de talents internationaux.
Mais l’université est aussi un moteur économique direct pour Shanghai. Ses spin-offs, ses brevets et ses collaborations industrielles généreraient localement plus de 2 milliards de RMB par an. Des entreprises comme Huawei, Alibaba ou Tesla recrutent massivement ses diplômés en ingénierie, data science et intelligence artificielle. SJTU est un vivier de compétences sans équivalent dans l’est de la Chine, avec ses plus de 400 000 alumni.
Le campus de Minhang, à lui seul, fonctionne comme une petite ville de 333 hectares au sud de Shanghai : laboratoires, incubateurs de start-up, résidences et commerces. Depuis 2024, une zone pilote d’innovation a été ouverte en partenariat avec le district de Minhang, permettant aux chercheurs de SJTU de créer directement leurs entreprises sur place sans quitter l’université.
L’historique campus de Xuhui quant à lui combine de grandes portes à l’image des temples chinois (Est Gate), des bâtiments au style architecturale occidental de 1896 en briques rouges et des tours modernes et connectés. Un mélange de verdure et d’histoire qui à quelques pas de la concession française attire toutes les générations. Sur place c’est un défilé incessant de personnes âgés accompagnés de leurs petits-enfants, de classes de collégiens en sortie scolaire, de jeunes couples en shooting photos Xiaohongshu et de business man en sortie de conférences.
Une puissance scientifique reconnue
SJTU excelle dans les sciences de l’ingénieur, la robotique, la biomédecine et la physique nucléaire. En 2025, une équipe de l’université a franchi une étape clé dans le développement d’un réacteur nucléaire de quatrième génération – un projet soutenu par l’État chinois et présenté lors d’une conférence à Pékin.
L’université collabore également avec de grandes institutions françaises comme CentraleSupélec, l’INSA ou le CNRS. Un laboratoire commun sur les véhicules autonomes a vu le jour en 2025, avec des financements franco-chinois de près de 12 millions d’euros.
Soline de Pirey, Normalienne de la rue d'Ulm (Ecole Nationale Supérieur), actuellement en stage de recherche à SJTU nous partage son expérience « Le campus est toujours en effervescence : non seulement au niveau de la vie étudiante (il ne se passe pas une semaine sans un festival), mais surtout au niveau de la recherche. On court de conférences en conférences, on sillonne la Chine pour présenter son avancée, et quand on reste chez soi, c'est pour organiser une grande réunion de chercheurs! »
Un anniversaire remarqué
Une cérémonie officielle a eu lieu le 8 avril 2026 sur le campus historique de Xuhui, en présence de responsables ministériels et de représentants de grandes universités mondiales. L’occasion pour l’école d’inaugurer un étage de musée construit en moins d’un mois, qui retrace les 130 années d’évolution de l’école, celui-ci se trouve dans le batiment New Super Hall, sur ce même campus de Xuhui.
Durant les festivités qui se sont déroulés du 6 au 8 avril, les 400 000 alumni de l’école étaient également au rendez-vous. Ils étaient invités aux différentes conférences, visites et évènements à l’honneur des 130 années d’existence de l’école. Certains en ont profité pour soutenir l’université, à l’image de Yang Yuanqing, PDG de Lenovo et ancien étudiant de la promotion 1981 en informatique, qui a annoncé un don personnel de 200 millions de RMB (environ 28,6 millions de dollars américains) à son alma mater.
Parmi les autres festivités, il y a eu sur la campus de Minhang une grande cérémonie à l’image de la diversité au sein de l’école, chaque pays et chaque région de Chine pouvait y tenir son propre stand. L’occasion pour les étudiants français du campus de se réunir et de faire la pub de l’hexagone, en chantant du Charles Aznavour et en vendant des crêpes, du saucisson, du fromage et du vin rouge.
Et pour la suite ?
Malgré ce prestige, SJTU doit faire face aux tensions géopolitiques. Depuis 2024, les restrictions américaines sur les transferts de technologies compliquent certaines coopérations de pointe (semi-conducteurs, IA). L’université a donc accéléré ses partenariats avec l’Europe et l’Asie du Sud-Est et mise de plus en plus sur l’attractivité des études en Chine pour les ressortissants de ces pays-là. A l’image de ce changement de cap de nouveaux programmes ont vu le jour comme le Master of International Business de l’Antai College of Economics and Management et les formations intensives de langue chinoise au sein de la faculté de langue et de culture.
Par ailleurs, la pression académique en Chine reste très élevée, et certaines disciplines peinent à recruter des talents locaux. Pour son 130e anniversaire, SJTU a annoncé en mars 2026 un plan d’investissement de 5 milliards de RMB sur 5 ans pour attirer les meilleurs chercheurs chinois de l’étranger. Tandis que du côté des étudiants chinois, la place sur les bancs de SJTU est un privilège que peu d’entre eux peuvent s’offrir, à l’image d’un étudiant en Master de Finance qui m’a confié avoir finit 7ème sur 100 000 bacheliers de sa région du Gansu au Gaokao pour entrer dans l’université. De nombreux sacrifices au cours de son éducation qui lui permettent aujourd’hui d’avoir un avenir tracé, alors qu’il finalise actuellement son stage de fin d’études chez Tencent qui débouchera sur un CDI.
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