Depuis le déclenchement de la guerre en Iran en février 2026 et la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, la Chine, premier importateur mondial de pétrole, se retrouve confrontée à une crise énergétique majeure. Ce point de passage stratégique, par lequel transite 40 % de ses importations pétrolières et 30 % de ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié, est aujourd’hui un enjeu vital pour Pékin. Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient et que les prix du baril flambent – le Brent ayant dépassé les 100 dollars en mars 2026, soit une hausse de 10 à 13 % depuis le début de l’année –, la Chine doit urgemment sécuriser ses approvisionnements. Lors des Deux Sessions de mars 2026, les dirigeants chinois ont multiplié les annonces pour poursuivre leur indépendance énergétique.


Ormuz, talon d’Achille énergétique de la Chine
Le détroit d’Ormuz n’est pas une simple voie maritime : c’est l’artère vitale de l’approvisionnement énergétique de la Chine. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), 5,4 millions de barils de pétrole brut importés quotidiennement par le pays transitaient par ce corridor avant la crise, soit 40 % de ses besoins. Pour l’Asie, ce chiffre monte à 84 % des exportations de brut du Moyen-Orient, avec la Chine en tête des pays les plus exposés.
Depuis le 28 février 2026, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, suivies de représailles iraniennes, ont provoqué une chute de 70 % du trafic maritime dans le détroit, puis un blocage quasi total en mars. Résultat : 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et une part significative du gaz naturel liquéfié (GNL) sont aujourd’hui menacés. La Chine, qui importait 1,3 million de barils par jour en provenance d’Iran – soit 80 % des exportations pétrolières iraniennes –, se retrouve directement touchée.
Pékin, premier partenaire commercial de Téhéran, a vu ses navires ciblés par des frappes ou bloqués par le blocus américain annoncé le 13 avril 2026. Le pétrolier Rich Starry, appartenant à l’armateur chinois Shanghai Xuanrun Shipping, a ainsi franchi le détroit sous sanctions, défiant ouvertement Washington. Une action qui illustre la stratégie d’équilibre de la Chine : défendre le droit de libre navigation, soutenir l’Iran tout en évitant une confrontation directe avec les États-Unis.
Diplomatie, diversification et réserves stratégiques
Face à cette crise, la Chine a activé plusieurs leviers. Diplomatiquement, Pékin a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, en Iran et en Arabie saoudite dès janvier 2026 pour négocier des couloirs sécurisés pour ses tankers. La Chine rejette catégoriquement les accusations américaines selon lesquelles elle fournirait des armes à Téhéran et le ministre chinois de la Défense, l’amiral Dong Jun, a publiquement averti Washington de ne pas interférer dans les relations commerciales et énergétiques de Pékin avec Téhéran, le lundi 13 avril 2026, au lendemain de l’entrée en vigueur d’un blocus naval américain sur les ports iraniens.
Sur le plan économique, la Chine a anticipé la crise en augmentant ses importations de 16 % sur les deux premiers mois de 2026 par rapport à 2025, portant ses réserves stratégiques à 1,4 milliard de barils – soit 90 jours de consommation. Une marge de sécurité qui lui permet de lisser les effets d’une hausse des prix, comme l’a souligné l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport d’avril 2026.
Parallèlement, la Chine a diversifié ses sources : la Russie, déjà premier fournisseur, voit ses livraisons doubler via l’oléoduc ESPO, tandis que des contrats sont signés avec le Venezuela, le Brésil et des pays africains comme le Nigeria et l’Angola. Enfin, Pékin mise sur l’innovation financière : depuis avril 2026, le Corps des gardiens de la révolution iranien propose aux pétroliers de payer leur passage en yuan ou en cryptomonnaie, une première qui permet à Téhéran de contourner le pétrodollar et les sanctions.
Les Deux Sessions 2026 : la sécurité énergétique
Lors des Deux Sessions (lianghui) de mars 2026, la Chine a officialisé sa stratégie pour faire face à la crise. Le 15e plan quinquennal (2026-2030) place la sécurité énergétique au rang de priorité absolue, avec un plan d’investissement de 1 000 milliards de yuans (135 milliards d’euros) pour renforcer les réserves stratégiques, développer les énergies renouvelables et accélérer la diversification des approvisionnements.
Han Zheng, vice-premier ministre, a déclaré lors de la conférence de presse finale : « La Chine ne peut se permettre de dépendre d’un seul corridor. Nous devons diversifier nos routes et nos partenaires. » Une prise de position qui s’inscrit dans une volonté de résilience, alors que l’économie chinoise a maintenu une croissance de 5 % au premier trimestre 2026, malgré la flambée des prix de l’énergie.
Depuis le cessez-le-feu : un rôle de médiateur
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 22 avril 2026, la situation dans le détroit d’Ormuz reste extrêmement volatile. Bien que les hostilités directes aient temporairement cessé, le blocus naval américain sur les ports iraniens, annoncé le 13 avril, est toujours en place, limitant drastiquement le passage des pétroliers. Les États-Unis maintiennent leur position : tout navire tentant de quitter ou d’entrer dans les ports iraniens sera intercepté, une mesure qui vise explicitement à asphyxier économiquement Téhéran.
Dans ce contexte, la Chine a renforcé son rôle de médiateur, en s’appuyant sur le plan en quatre points proposé par Xi Jinping le 14 avril. Ce plan, centré sur la souveraineté, la sécurité collective, le droit international et l’intégration économique, cherche à relancer le dialogue entre l’Iran et les monarchies du Golfe. Cependant, son application se heurte à deux obstacles majeurs : d’une part, l’absence de mécanisme concret pour garantir la sécurité des navires civils, et d’autre part, la persistance des tensions entre Washington et Téhéran. Résultat : le trafic maritime dans le détroit reste très réduit, avec seulement une dizaine de navires autorisés à transiter quotidiennement, contre plus de 160 avant la crise.
Alors que la crise du détroit d’Ormuz met en lumière la vulnérabilité de la Chine face à sa dépendance au pétrole et au gaz, Pékin accélère sa transition vers une économie moins dépendante des hydrocarbures. En 2026, la Chine tire environ 60 % de son énergie primaire du charbon, 20 % du pétrole, 8 % du gaz naturel, et 15 % pour l’électricité (hydraulique, nucléaire, éolien et solaire). Cependant, la part des énergies non-fossiles (électricité incluse) a augmenté de 12 % en cinq ans, passant de 15 % en 2021 à 27 % en 2026, grâce à un boom des énergies renouvelables.
À titre de comparaison, la France, bien moins dépendante des importations d’hydrocarbures, tire environ 40 % de son énergie du nucléaire, 25 % des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) et 23 % des énergies renouvelables, avec une part de l’électricité dans son mix énergétique beaucoup plus élevée (près de 50 %). Cette différence s’explique par la stratégie chinoise : plutôt que de réduire immédiatement sa consommation de charbon ou de pétrole, Pékin mise sur une électrification massive de son économie (transports, industrie) et sur le développement des énergies vertes pour réduire sa dépendance aux importations.
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