Lithium, cobalt, terres rares : des matières premières au coeur de tout ce que nous fabriquons, des véhicules électriques aux équipements militaires, en passant par les smartphones et les semi-conducteurs. Lors de leur sommet commercial à Paris, les sept membres du G7 ont officiellement reconnu ce que beaucoup savaient déjà : l'Occident s'est mis en situation de dépendance critique vis-à-vis de la Chine, et il est temps d'agir. Sans prononcer une seule fois le nom de Pékin, les ministres ont adopté une déclaration commune musclée, ciblant les pratiques de coercition économique qui menacent la stabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales.


Face à la Chine, une position commune
Début mai 2026, Paris. Sous la présidence française du G7, les ministres du Commerce des sept nations membres du groupe, France, Allemagne, États-Unis, Canada, Italie, Japon et Royaume-Uni, ont conclu deux jours de réunions avec un message sans équivoque : les dépendances économiques ne doivent plus servir d'armes. La déclaration commune publiée le 7 mai, diplomatiquement prudente en évitant de citer Pékin par son nom, cible néanmoins directement certaines pratiques commerciales qui inquiètent les capitales occidentales. C'est en filigrane la question des minerais critiques qui a dominé les échanges, dans un contexte de tensions géopolitiques et commerciales en pleine escalade.
Ces travaux s'inscrivent dans un calendrier serré. Un mémorandum d'entente signé à Washington le 24 avril par le secrétaire d'État américain Marco Rubio et le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic a posé les bases d'un mécanisme transatlantique incluant prix planchers et achats groupés. Les discussions parisiennes doivent désormais nourrir le sommet des chefs d'État du G7 prévu en juin à Évian.
La Chine, maîtresse des terres rares
Pour comprendre l'urgence de cette réunion, il faut mesurer l'ampleur de la position chinoise. Le lithium, le cobalt, les terres rares et d'autres matériaux essentiels à la transition énergétique, à la défense et à l'industrie numérique sont en très grande partie extraits, raffinés ou contrôlés par la Chine. Cette situation n'est pas le fruit du hasard. Elle résulte d'une stratégie industrielle délibérée, menée sur plusieurs décennies, au moment où les pays occidentaux, sous la pression des mouvements environnementaux, préféraient externaliser le coût écologique de la métallurgie. "Pourquoi la Chine domine-t-elle ce marché ? Parce qu'elle a fait les investissements que nous n'avons pas voulu faire", résume Emmanuel Dupuy, géopolitologue et président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe.
Cette dépendance a été mise à l'épreuve concrètement en 2025, en pleine guerre commerciale entre Pékin et Washington. Les restrictions chinoises à l'exportation de terres rares ont provoqué une onde de choc dans de nombreux secteurs, de l'automobile électrique à l'aérospatiale. Les capitales européennes comme Washington ont alors mesuré, parfois douloureusement, l'étendue d'une dépendance qu'elles avaient longtemps négligée.
Une boîte à outils contre la dépendance
Face à ce constat, les ministres réunis à Paris ont pris plusieurs engagements. Ils ont condamné les pratiques jugées déloyales : subventions industrielles, surcapacités structurelles et transferts de technologie forcés. Sur la sécurisation des chaînes d'approvisionnement, le communiqué final prévoit un ensemble de mécanismes : critères de résilience, exigences de diversification, stabilisation des prix, achats conjoints, et potentiellement des quotas ou des prix planchers pour les minerais stratégiques.
Nicolas Forissier, ministre délégué français au Commerce extérieur et président de séance, a évoqué la création d'un secrétariat permanent dédié aux minerais critiques, hébergé par l'Agence internationale de l'énergie ou par l'OCDE, toutes deux basées à Paris. L'objectif : assurer la continuité des initiatives au-delà des présidences tournantes. La France plaide aussi pour des "clubs de confiance" réunissant pays producteurs, transformateurs et consommateurs autour de bonnes pratiques communes.
Reste la question de la faisabilité. Reconstruire des filières minières et métallurgiques prendra des années, voire des décennies. Philippe Chalmin, historien économiste à l'Université Paris-Dauphine et spécialiste des marchés de matières premières, ne mâche pas ses mots : "Nous avons mis notre tête sur le billot, et nous aurons les plus grandes difficultés à l'en sortir." Mais la réunion de Paris marque un changement de ton. Les membres du G7 ne se contentent plus de constater leur vulnérabilité : ils s'organisent collectivement pour y répondre. Le fait que Pékin ne soit pas cité une seule fois dans les textes officiels ne diminue en rien la clarté du message.
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