Édition internationale

Auto China 2026 : quand Pékin dicte les règles de l'automobile mondiale

Du 24 avril au 3 mai 2026, Pékin a accueilli l'édition la plus spectaculaire de l'Auto China. Sur 380 000 mètres carrés d'exposition, soit cinq fois la surface du Mondial de Paris, un million de visiteurs sont venus découvrir 1 451 véhicules et 181 premières mondiales. Un bilan qui confirme ce que l'industrie pressent depuis plusieurs années : Pékin est aujourd'hui l'une des capitales incontournables de l'automobile mondiale, et les constructeurs occidentaux ont pris acte.

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Écrit par François Tricon
Publié le 17 mai 2026, mis à jour le 18 mai 2026

Le 21 avril, trois jours avant l'ouverture officielle du salon, CATL convoquait la presse internationale pour annoncer six nouvelles familles de batteries en une seule soirée. Un coup d'envoi prémédité : en Chine, la 面子 (la « face », ce mélange de réputation et de prestige) se construit aussi sur les podiums des salons automobiles. Frapper fort avant l'ouverture, c'est imposer son rythme à la concurrence avant même qu'elle n'entre en scène.

Ce geste annonçait parfaitement la tonalité d'un salon hors norme, où les constructeurs occidentaux ont découvert avec quelque inconfort qu'ils venaient cette année en observateurs autant qu'en exposants.

 

BYD, Geely, Xiaomi : les stars du salon 

BYD, numéro un mondial de la voiture électrique, est arrivé en force avec l'ensemble de ses griffes : Dynasty, Ocean, Denza, Yangwang et Fangchengbao. Sa révélation la plus spectaculaire, la Denza Z; un cabriolet électrique au design inspiré de la Maserati GranCabrio, fort de plus de 1 000 chevaux et capable d'abattre le 0 à 100 km/h en moins de deux secondes. BYD a également présenté son concept Formula X : 1 200 chevaux, cockpit monocoque, manche aéronautique en guise de volant et drone embarqué dans la carrosserie. Une étude de style qui repousse les limites de ce que l'on attendait encore d'un constructeur automobile.

Geely, le groupe zhejiangais propriétaire de Volvo et de la marque électrique Zeekr, a réuni toutes ses griffes dans un hall semi-exclusif. Son Zeekr 8X, grand SUV premium hybride rechargeable, s'est imposé comme l'une des révélations du salon pour quiconque cherche une alternative aux berlines allemandes haut de gamme. Xiaomi, le géant de l'électronique reconverti en constructeur automobile, a orchestré sa propre mise en scène : son fondateur Lei Jun a conduit une berline SU7 de Pékin à Shanghai, 1 313 kilomètres, avec un seul arrêt de recharge. Un geste autant commercial que symbolique, dans un pays où la méfiance envers l'autonomie des électriques reste un frein à l'achat. La marque a aussi dévoilé son SUV YU7 GT, développé en partie avec des ingénieurs ex-BMW, qui annonce près de 1 000 chevaux pour plus de 700 kilomètres d'autonomie.

Parmi les curiosités du salon, Dreame, fabricant d'aspirateurs robotiques, a présenté une hypercar annoncée à 1 900 chevaux et capable, selon ses concepteurs, du 0 à 100 km/h en 0,9 seconde. Des chiffres à prendre avec prudence : à ce stade, il s'agit d'un prototype de salon dont les performances restent à confirmer en conditions réelles. L'exercice n'en dit pas moins quelque chose d'intéressant sur la Chine d'aujourd'hui : dès lors qu'une entreprise maîtrise les moteurs électriques et les logiciels embarqués, la frontière entre les secteurs industriels devient poreuse.

 

La grande bataille des batteries

Derrière les carrosseries spectaculaires, une autre compétition se jouait, celle des batteries. BYD a installé une chambre froide à moins 30 degrés Celsius directement sur son stand pour démontrer, en conditions réelles et sous les yeux du public, que ses véhicules se rechargent rapidement même par grand froid. CATL a annoncé pour sa part l'entrée en production de ses batteries sodium-ion avant la fin 2026, une technologie qui réduit la dépendance au lithium et au cobalt et qui pourrait peser sur les prix des véhicules électriques à moyen terme. Les deux groupes ont présenté des projets de réseaux de recharge ultra-rapide à déployer massivement sur le territoire chinois d'ici 2027. Ce qui distingue la Chine dans ce domaine, c'est moins la prouesse technique que la vitesse d'exécution : ce que d'autres pays inscrivent dans des feuilles de route à dix ans, Pékin le met en production aujourd'hui.

 

Les constructeurs internationaux s'adaptent

Face à cette démonstration, les constructeurs européens, coréens et japonais ont affiché une stratégie commune : s'adapter au marché chinois, coûte que coûte. Volkswagen a annoncé le lancement de plus de vingt véhicules électrifiés en Chine pour la seule année 2026. Son modèle ID.UNYX 09, co-développé avec XPeng en seulement deux ans sur une plateforme entièrement locale, illustre ce virage : concevoir en Chine, avec des partenaires chinois, au rythme chinois. Hyundai a présenté son IONIQ V, grande berline co-développée avec le constructeur pékinois BAIC, dont l'intelligence artificielle embarquée repose sur des partenariats avec Baidu et ByteDance. Peugeot a fait son retour au salon après plusieurs années d'absence avec deux concept-cars, tandis que Smart, dont Geely détient 50 % du capital, a dévoilé un concept de micro-citadine électrique prévu en Europe pour 2027.

 

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