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Shanghai-Pékin en 2h30 : voici le CR450, futur roi du rail chinois

Cinq ans de développement et les derniers essais en cours : le CR450 entre dans sa dernière ligne droite. À 400 km/h, le nouveau fleuron du rail chinois va presque diviser par deux le trajet Shanghai-Pékin. Plus qu'une prouesse industrielle, le projet incarne le passage assumé du « Made in China » au « Created in China ».

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Écrit par François Tricon
Publié le 18 mai 2026

Le 9 mars dernier, China State Railway Group a annoncé que le CR450 venait d'achever sa dernière grande phase d'essais. La conception sera finalisée dans le courant 2026, dernière étape avant la mise en service commerciale. Un mois plus tard, le 9 avril, Xinhua diffusait des images des derniers tests réalisés à Qingdao par CRRC Sifang.

 

Un nouveau symbole pour la Chine

L'aventure remonte à 1978. En visite officielle au Japon, Deng Xiaoping découvre le Shinkansen et en revient marqué. La Chine, alors traversée par des trains qui peinent à atteindre 40 km/h, se donne dès lors un « rêve de grande vitesse ». Près de cinquante ans plus tard, elle s'apprête à dépasser le modèle qui l'avait inspirée.

Le CR450 prend la suite du CR400 Fuxing (复兴号, « renaissance »), en service depuis 2017. La nouvelle génération est conçue pour rouler à 400 km/h en exploitation quotidienne. Lors des essais menés en octobre 2025, elle a même atteint 453 km/h, et deux rames se sont croisées à près de 900 km/h cumulés, un record mondial pour des trains conventionnels.

Au-delà de la performance, Pékin met l'accent sur l'origine 100 % chinoise du projet. La chaîne d'État CCTV a salué un « passage du Made in China au Created in China », formule politique assumée qui résume la stratégie d'autonomie technologique du pays. Une étape symbolique forte, à l'heure où la rivalité avec l'Occident s'intensifie sur les secteurs stratégiques.

 

L'axe Shanghai-Pékin axe prioritaire

Le CR450 fera ses débuts commerciaux sur l'axe Pékin-Shanghai, la ligne la plus fréquentée du pays. Le déploiement est attendu courant 2026. À pleine vitesse, le trajet tombera à environ 2h30, contre 4h18 aujourd'hui.

Le calcul face à l'avion devient implacable. Un vol Shanghai-Pékin dure deux heures, auxquelles s'ajoutent les contrôles, les transferts et les caprices météo de l'hiver. Le rail prend l'avantage, et fait basculer la liaison entre les deux mégapoles dans la catégorie des aller-retour à la journée. Une réserve toutefois : certaines voies existantes devront être adaptées pour exploiter pleinement les capacités du nouveau train.

D'autres axes suivront. La seconde ligne Chengdu-Chongqing, prévue pour 2027, permettra au CR450 de rouler à pleine vitesse et de relier les deux mégapoles du Sichuan en moins de 50 minutes.

 

La Chine creuse l'écart avec le monde

Avec plus de 48 000 km de lignes à grande vitesse en service et un objectif de 60 000 km d'ici 2030, la Chine règne déjà sans partage sur le rail mondial. Le CR450 va creuser l'écart. Aucun concurrent occidental, du Shinkansen japonais au TGV français en passant par l'ICE allemand, ne projette pour l'heure de monter à 400 km/h en service commercial.

L'enjeu dépasse les frontières. CRRC, le constructeur du CR450, est présent dans plus de 30 pays. Pour Pékin, le rail à grande vitesse est un levier diplomatique et commercial, notamment dans le cadre des Nouvelles routes de la soie. Un lancement réussi pourrait peser sur plusieurs appels d'offres en cours, du Sud-Est asiatique à l'Amérique latine.

La date exacte du lancement commercial n'a pas encore été arrêtée. À l'image du caractère 复兴 qui orne ses flancs, le CR450 est autant un projet industriel qu'un récit national : celui d'une Chine décidée à écrire l'avenir du transport sur ses propres rails.

 

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