« Moubappe » : c'est ainsi que les fans chinois ont surnommé Kylian Mbappé lors de la tournée estivale du PSG à Shenzhen. Un surnom affectueux qui dit tout de la ferveur que suscite le football français en Chine. À l'heure où les Bleus entrent en lice pour la Coupe du monde 2026, retour sur ces joueurs tricolores devenus de véritables icônes dans l'Empire du Milieu.


Mbappé, la méga-star qui parle mandarin
Il est partout : sur les écrans de Weibo, dans les publicités en ligne, et depuis 2024 sur Xiaohongshu, le réseau social chinois le plus en vogue chez les jeunes urbains. Kylian Mbappé, 27 ans, n'est pas seulement le meilleur footballeur du monde selon ses fans chinois — il est une véritable marque. En avril 2024, il est devenu ambassadeur officiel de Xiaohongshu, sorte d'Instagram à la sauce chinoise, en apprenant quelques mots de mandarin pour une vidéo promotionnelle qui a immédiatement fait le buzz.
« C'est important pour moi de pouvoir échanger directement avec mes fans chinois. Apprendre quelques mots de mandarin est une marque de respect et un moyen de créer du lien malgré la barrière de la langue », a-t-il déclaré à cette occasion. Résultat : 200 000 abonnés en quelques jours sur la plateforme, et une communauté de 68 000 fans sur son Super Topic Weibo qui cumule plus d'un milliard de vues de publications.
Le cap au Real Madrid, club le plus suivi du monde avec 127 millions de fans en Chine, n'a fait qu'amplifier le phénomène. À l'approche du Mondial 2026 — dont il « rêve matin, midi, soir » — Mbappé s'impose comme la star principale de la campagne Nike mondiale, apparaissant davantage à l'écran que Vinicius Jr ou même Ronaldo. Pour les experts du marché chinois, son équipe marketing a su adopter les bons codes : contenu en mandarin, références culturelles locales, présence sur les bonnes plateformes.
Zidane, le « Dieu du foot » qui joue au jianzi
Il ne joue plus depuis vingt ans, mais en Chine, Zinedine Zidane reste une figure sacrée. Les internautes l'appellent littéralement « Shen Zidane » — le Dieu Zidane. En novembre 2025, la légende française est revenue à Shanghai pour une série d'événements commerciaux et une masterclass à l'Université Jiao Tong. Mais c'est une séquence impromptue qui a enflammé les réseaux sociaux : traversant un square sur le Bund, Zidane a rejoint spontanément un groupe de riverains en train de jouer au jianzi — le volant chinois traditionnel —, enchaînant une quinzaine de touches avec un naturel désarmant.
La vidéo est devenue virale en quelques heures sur Weibo. Zidane l'a lui-même partagée, qualifiant le jeu de « mystérieux ». Ce n'était pas la première fois : en 2018, il avait été filmé, fasciné, à regarder une partie de mahjong dans les rues de Hangzhou. « Je voulais en savoir plus sur la culture chinoise », a-t-il confié plus tard. Ce goût pour l'immersion culturelle, combiné à une aura sportive intacte, explique pourquoi son compte Weibo — lancé en 2018 lors d'une invitation d'Adidas — a rapidement fédéré une communauté fidèle.
Zidane incarne à la perfection ce que recherchent les fans chinois chez une star étrangère : la grandeur sportive, certes, mais aussi la proximité, la simplicité, et une curiosité sincère pour leur culture. À 53 ans, il reste, avec Mbappé, le Français le plus bankable sur le marché chinois.
Pogba, Martial, Dembélé : vague bleue sur les réseaux
Si Zidane et Mbappé dominent la scène, d'autres Français ont su conquérir le cœur des internautes chinois. Paul Pogba, à son apogée à Manchester United, comptait 4 millions de followers sur Weibo et figurait régulièrement dans le Top 5 des joueurs les plus populaires selon les rapports annuels de l'agence Mailman (Red Card). Anthony Martial, son coéquipier, l'avait même dépassé en termes d'engagement en 2017 — une anomalie qui s'explique moins par le talent que par l'effet club : Manchester United, ultra-populaire en Chine, propulse mécaniquement ses joueurs dans les radars des fans locaux.
Ousmane Dembélé, actuel Ballon d'Or et pilier du PSG champion d'Europe, monte lui aussi en puissance. Ses performances lors de la saison 2024-25 — 33 buts et 15 passes décisives, toutes compétitions confondues — l'ont propulsé sur le devant de la scène mondiale, et son image athlétique, explosive, correspond aux codes appréciés du public chinois. À l'aube du Mondial 2026, où il est pressenti comme l'autre grand danger des Bleus avec Mbappé, sa cote devrait encore progresser.
Le football français, une marque d'influence
Derrière la passion des fans se dessine un phénomène plus large : le football européen — et français en particulier — est devenu un vecteur d'influence culturelle et commerciale en Chine. Selon les données Nielsen, le Real Madrid compte 127 millions de fans en Chine, et une personne sur cinq dans le pays se déclare fan de football. Sur Weibo, les pages dédiées à des joueurs individuels génèrent systématiquement plus d'engagement que celles des clubs eux-mêmes.
Les marques chinoises l'ont bien compris. Xiaohongshu avec Mbappé, Adidas avec Zidane : les partenariats se multiplient, et les footballeurs français y occupent une place de choix. Leur image — tricolore, multiculturelle, associée aux victoires de 1998 et 2018 — résonne dans un pays où le sport transcende largement le terrain. Reste à savoir si une éventuelle troisième étoile, en juillet 2026, permettra aux Bleus de franchir un nouveau cap dans la géographie des fans.
A Shanghai, on suit les Bleus
Pour la communauté française de Shanghai, ce phénomène n'est pas une abstraction. Dans les bars de Jing'an ou de Xuhui qui diffusent les matchs des Bleus, les spectateurs chinois ne sont jamais très loin. Mbappé est reconnu dans la rue, Zidane fait l'objet de discussions entre collègues de bureau, et les maillots de l'équipe de France se vendent autant que ceux du Real Madrid dans certaines boutiques de sport.
« La Coupe du monde va encore amplifier ça », prédit un expatrié habitué des derbys franco-chinois dans les cafés sportifs de Puxi. « Dès que les Bleus jouent, il y a toujours des Chinois qui s'installent à côté, et qui savent exactement les stats de Mbappé. » Une preuve que le football, bien au-delà de la langue, reste le sport universel par excellence.
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