Édition internationale

« Blossoms Shanghai » de Wong Kar-wai enfin en France

Treize ans après son dernier long-métrage, le réalisateur de In the Mood for Love signe sa première série télévisée. Disponible sur Mubi depuis le 26 février, Blossoms Shanghai retrace l'ascension d'un self-made-man dans le Shanghai du boom économique des années 1990. Une œuvre qui demande du temps pour révéler ce qu'elle vaut vraiment.

Blossoms ShanghaiBlossoms Shanghai
Écrit par Margaux Alexandre
Publié le 22 mars 2026

Retour aux origines, à Shanghai

Il y a des œuvres qui arrivent trop tard. Et d’autres qui prennent exactement le temps qu’il leur faut pour exister. Blossoms Shanghai appartient sans doute à la seconde catégorie.

Les fans attendaient un film, ils se retrouvent avec trente épisodes. Ils espéraient une variation sur Hong Kong, il filme Shanghai, sa ville natale, quittée à cinq ans à la veille de la Révolution culturelle, fantasmée depuis toujours. Le projet est né en 2013, d'une lecture du roman de Jin Yucheng que Wong Kar-wai qualifie de « profondément proustien ». La pandémie repousse le tournage, qui s'étale finalement sur trois ans, sur un plateu de 31 000 m² reconstituant pièce par pièce le Shanghai des années 1990, jusqu'aux enseignes de la rue Huanghe que le cinéaste a connues enfant.

Ce retour est impossible, alors il passe par la fiction. Par une mémoire recréée, une ville reconstituée plus vraie que le souvenir lui-même, avec 20 000 vêtements d'époque rassemblés, des archives familiales consultées, des Shanghaïens sollicités dans les journaux locaux pour prêter des objets du quotidien.

 

L'argent cotoient le manque à Shanghai

L'histoire, en apparence, est simple : l'ascension d'Ah Bao (Hu Ge), self-made-man propulsé au sommet du Shanghai des années 1990, au moment où la Bourse rouvre après quarante ans de fermeture et où les fortunes se font et se défont en un claquement de doigts. Mais réduire la série à une chronique financière serait une erreur. L'argent circule, dans les restaurants, les deals, les regards, mais il n'est jamais le sujet. Il est le décor.

Ce qui intéresse Wong Kar-wai, c'est ce qu'il filme depuis toujours : le désir qui ne se formule pas, les relations qui ne s'accomplissent pas. Derrière la façade du golden boy, un homme hanté par un amour irrésolu que le succès ne comble pas. La signature est bien là, ralentis, flous, thèmes musicaux réemployés depuis 2046, mais appliquée cette fois aux codes du feuilleton populaire chinois, avec ses 25 personnages récurrents et ses rebondissements. Un court-circuit fascinant, qui peut désorienter autant que séduire.

 

Une affaire de patience

Diffusée en Chine dès décembre 2023, la série a rencontré un succès massif et relancé l'intérêt pour le dialecte shanghaïen, parlé à l'écran par l'ensemble du casting. En France, l'accueil est plus nuancé : la virtuosité visuelle est saluée, mais certains pointent une narration parfois déroutante et un style qui frôle l'excès.

Les spectateurs qui ont eu la patience de dépasser les premiers épisodes sont pourtant largement convaincus. Car Blossoms Shanghai n'est pas une série que l'on enchaîne. Elle impose son propre tempo, presque à contre-courant des habitudes de visionnage. Les premiers épisodes peuvent désorienter, on s'y perd volontairement, puis peu à peu, une logique sensible s'installe.

Imparfaite, parfois frustrante, souvent magnifique, elle demande d'accepter de ne pas tout comprendre immédiatement, de se laisser porter par une atmosphère, un rythme, une durée. Et dans cette durée, Wong Kar-wai trouve moins une répétition de son cinéma qu'une manière nouvelle de le déployer, plus ample, plus diffuse, mais toujours traversée par la même mélancolie.

 

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