Sinner, Alcaraz, Zverev : les trois patrons de la saison posent leurs raquettes à Shanghai en octobre. Face à eux, la Chine attend toujours son premier grand champion masculin. Wu Yibing a allumé la mèche à l'US Open, en bousculant Alcaraz sur le central. Reste à transformer l'essai à domicile.


Vendredi 4 septembre, stade Arthur-Ashe. Wu Yibing entre sur le court face au tenant du titre, Carlos Alcaraz. Le Chinois frappe fort, ose tout, bouscule l'Espagnol. Il s'incline 6-3, 6-4, 6-1. Alcaraz salue pourtant un adversaire au rythme « incroyable ».
Pour Wu, ce troisième tour ressemble à une renaissance. Opéré du coude, de l'épaule, du dos et du poignet, il a passé près de trois ans loin des courts. Le voilà 98e mondial. Et son prochain rêve se réalise : une invitation (wild card) l'attend au Rolex Shanghai Masters.
Qizhong, le stade de Shanghai s'ouvre comme une fleur
Les qualifications se jouent les 5 et 6 octobre, le tableau principal du 7 au 18 octobre, pour la 15e édition à Qizhong, à une trentaine de kilomètres du centre. Le décor vaut le voyage. Le stade de 15 000 places a été pensé selon les principes du feng shui. Son toit rétractable s'ouvre comme un magnolia, la fleur de Shanghai.
Le Carnaval des Masters, avec entraînements ouverts, musée du tennis, animations et stands gourmands, a lancé la fête du 1er au 4 octobre, en pleine Semaine d'or. Le 16 octobre au soir, Roger Federer retrouvera le central pour une exhibition en double entre légendes.
Sans Sinner, Zverev et Alcaraz en favoris
Alexander Zverev prend la tête de série numéro un après le forfait de Jannik Sinner. L'Allemand arrive avec Roland-Garros et l'US Open dans ses valises. Il se trouve dans la même moitié de tableau que Novak Djokovic, tandis qu'Alcaraz et Daniil Medvedev occupent l'autre. Alcaraz, vainqueur de l'Open d'Australie en janvier, a bouclé le Grand Chelem en carrière plus jeune que quiconque.
L'Espagnol et l'Allemand n'ont jamais triomphé à Qizhong. Djokovic, lui, y détient le record avec quatre titres. Sinner avait, de son côté, remporté Shanghai en 2024.
Les francophones suivront Valentin Vacherot, le tenant du titre. L'an dernier, le Monégasque, sorti des qualifications à la 204e place, est devenu le vainqueur de Masters 1000 le moins bien classé de l'histoire, en battant son cousin Arthur Rinderknech en finale. Arthur Fils fait partie des têtes de série pressenties.
Les Chinois à suivre : quatre invités et quatre prétendants
Aucun Chinois n'est assez bien classé pour entrer directement dans le tableau de 96 joueurs. Cinq invitations ont été distribuées, dont quatre à des Chinois : Bu Yunchaokete, Wu Yibing, Zhang Zhizhen et Zhou Yi. La cinquième est revenue au Canadien Gabriel Diallo.
Wu Yibing, premier Chinois titré sur le circuit ATP (Dallas, 2023), est l'ancien du groupe. Il se retrouve dans le secteur de Zverev, qui rencontrera au deuxième tour soit lui, soit un qualifié.
Bu Yunchaokete incarne la relève. « Petit Bu » a grandi dans une famille mongole de Bortala, au Xinjiang. Cette année, il est devenu le premier joueur de Chine continentale à gagner un Challenger sur gazon, avant de signer à New York sa première victoire en Grand Chelem. Il a aussi disputé la finale du Challenger de Wuxi en mai.
Zhang Zhizhen, 29 ans, est né à Shanghai. Pour lui, le tournoi est une course à domicile. Il est actuellement 168e mondial. Zhou Yi, 21 ans, est le plus jeune des quatre invités et occupe la 273e place. Il connaît déjà Qizhong : en 2024, il y avait passé un tour grâce à l'abandon du Japonais Yoshihito Nishioka, alors qu'il n'était que 446e mondial.
Quatre autres Chinois, invités eux aussi, tentent leur chance dans les qualifications. Te Rigele a ouvert le bal en battant l'Australien Adam Walton (tête de série n° 7) 5-7, 6-3, 6-4. Xiao Linang s'est incliné face à l'Italien Federico Cina (n° 23) 2-6, 6-3, 6-2. Cui Jie affronte l'Australien Aleksandar Vukic (n° 13) et Zhang Tianhui le Français Kyrian Jacquet (n° 3). À noter aussi la présence de Coleman Wong, joueur de Hong Kong (n° 9 des qualifications), face à Cruz Hewitt.
Et Shang Juncheng ? Ancien 47e mondial, le gaucher de 21 ans n'a reçu aucune invitation et ne figure pas non plus dans le tableau des qualifications. Classé 228e, il manquera un rendez-vous qui lui avait offert l'an dernier la première victoire chinoise du tournoi.
Deux hommes se disputent le titre de meilleur joueur du pays, le « yi ge » (一哥), le grand frère numéro un : Wu, l'enfant de Hangzhou, et Bu. Zhang, Zhou et les qualifiés lorgnent la même place.
Et les joueuses ? Rendez-vous à Wuhan
Le Shanghai Masters est un tournoi exclusivement masculin. Les stars du circuit féminin jouent ailleurs. Le Wuhan Open, tournoi WTA 1000, se tient du 12 au 18 octobre, avec des qualifications les 10 et 11 octobre. La numéro un mondiale, Elena Rybakina, sacrée à l'US Open, a déclaré forfait à cause d'une blessure au pied. Le Hubei n'aura donc d'yeux que pour Zheng Qinwen. Née à Shiyan, élevée à Wuhan, la championne olympique revient d'un quart de finale à l'US Open, arraché depuis les qualifications. Elle disputera de nouveau les qualifications à Wuhan, ayant épuisé son quota de wild cards pour la saison.
25 millions de joueurs, un héros à trouver
En Chine, la raquette n'est plus un luxe. Selon des chiffres publiés en avril 2025, le pays compte plus de 25 millions de pratiquants, 28 % de plus qu'en 2021, et près de 54 000 courts. Les jeunes portent cette vague. La classe moyenne, elle, y voit un sport familial et un marqueur social.
Cet élan a longtemps eu un visage féminin. En 2010, la presse baptisait Li Na et Zheng Jie les « fleurs d'or » (金花). Un an plus tard, Li Na offrait à l'Asie son premier Grand Chelem. Zheng Qinwen a prolongé la légende avec l'or olympique à Paris.
Les hommes avancent plus lentement, mais ils avancent. En janvier, quatre Chinois ont disputé ensemble le tableau final de l'Open d'Australie, une première. Reste la marche suivante : voir un « yi ge » tenir tête aux géants, à domicile, sous le magnolia de Qizhong.
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