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En Chine, une découverte de fossiles livre pour la première fois le quotidien des Dénisoviens

Les Dénisoviens, dont on connaissait surtout l'ADN, sortent de l'ombre. Pour la première fois, leur quotidien peut être reconstitué : sept fossiles, plus de 1 300 outils de pierre et de nombreux restes animaux ont été découverts dans une grotte du Yunnan. Ces hominines ont occupé le site pendant plus de cent mille ans.

Grotte de la Chauve-souris (Bianfudong)Grotte de la Chauve-souris (Bianfudong)
Écrit par Julie Rose Vilvandre
Publié le 30 septembre 2026

Une lignée humaine identifiée pour la première fois en 2010

Présents en Asie entre 400 000 et 30 000 ans environ, les Dénisoviens ont été révélés au monde scientifique en 2010. Ils ont été découverts dans la grotte de Denisova, dans les montagnes de l'Altaï, en Sibérie. C'est l'analyse de l'ADN extrait d'un minuscule fragment d'os de doigt qui a permis de montrer qu'il appartenait à une lignée humaine jusque-là inconnue.

Cousins des Néandertaliens, ils ont profondément changé notre compréhension de l'évolution humaine dans cette région, même si leurs fossiles restent très rares. En 2025, une étude a identifié de l'ADN dénisovien dans le crâne de Harbin, dans le nord de la Chine, vieux de plus de 146 000 ans. Leur squelette robuste suggère qu'ils étaient adaptés au froid. On savait toutefois très peu de choses sur leurs techniques et leur alimentation, jusqu'à aujourd'hui.

 

Une grotte du Yunnan livre 7 fossiles et plus de 1 300 outils

La grotte de la Chauve-souris (Bianfudong) se trouve dans le bassin de Heqing, au Yunnan, à 2 370 mètres d'altitude. Des archéologues chinois l'ont fouillée en 2019 et ont dégagé 6,6 mètres de sédiments. Selon l'Institut de recherche sur le plateau tibétain, les traces d'occupation humaine se concentrent sur 2,3 mètres et s'étalent d'environ 190 000 à 70 000 ans avant le présent.

Récemment, deux équipes internationales de chercheurs ont annoncé la découverte de sept fossiles humains : quatre dents, deux fragments de crâne et un morceau d'os de l'avant-bras. Ils datent d'environ 167 000 à 134 000 ans. L'analyse des protéines conservées dans ces restes a établi qu'il s'agissait de Dénisoviens. La grotte contenait aussi des outils en os et de nombreux restes d'animaux, surtout des cerfs et des bovidés.

 

Un mode de vie enfin documenté

Les Dénisoviens savaient fabriquer des outils en pierre comme en os. Les outils de pierre de la grotte ont été façonnés de la même manière pendant toute l'occupation du site. Ces chasseurs-cueilleurs taillaient surtout les pierres au fur et à mesure de leurs besoins, avec parfois une méthode plus organisée. Les chercheurs y voient un mode de vie très pragmatique.

Ils travaillaient aussi l'os : retouchoirs, coins en os, outils fabriqués sur le moment. Ces objets ressemblent à ceux des Néandertaliens de la même époque, ce qui indique que le travail de l'os faisait partie de leur quotidien.

Les restes d'animaux sont surtout ceux de cerfs et de bovidés, pour la plupart adultes, ce qui indique une chasse ciblée d'animaux de taille moyenne à grande. Les traces de découpe et de percussion sur les os montrent que ces animaux étaient chassés, dépecés puis consommés.

Sur plus de cent mille ans, leur mode de vie n'a presque pas changé, malgré l'alternance de périodes glaciaires et de périodes plus douces.

 

Un ADN qui vit encore en nous

Les Dénisoviens n'ont pas complètement disparu. L'ADN de nombreuses personnes en vie aujourd'hui porte les traces d'un métissage entre leurs ancêtres et les Dénisoviens. Les Tibétains ont ainsi acquis un gène qui les aide à survivre en haute altitude. Cet héritage génétique est particulièrement répandu chez des peuples autochtones des Philippines, de Papouasie-Nouvelle-Guinée et d'Australie, mais on le retrouve aussi chez de nombreuses personnes à travers le monde.

 

Pourquoi cette découverte compte ?

Grâce aux découvertes de la grotte de la Chauve-souris, associées à celles de la grotte de Baishiya (dont la mandibule a été identifiée comme dénisovienne en 2019), les chercheurs peuvent comparer pour la première fois deux populations dénisoviennes du plateau tibétain. Les dents retrouvées au Yunnan ressemblent à celles de Baishiya sans leur être identiques. Les chercheurs en déduisent que les Dénisoviens pouvaient varier selon les régions et les époques, et que ceux de la grotte de la Chauve-souris pourraient former un type régional distinct.

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