En Chine, le « zéro Covid » au service du XXème Congrès du Parti

Par Le Vent de la Chine | Publié le 10/10/2022 à 21:30 | Mis à jour le 10/10/2022 à 21:30
xi jinping en septembre 2022

À quelques jours de l’ouverture du XXème Congrès du Parti (16 octobre), l’atmosphère se tend un peu partout à travers la Chine.

 

Les décisions et réunions d’affaires sont reportées à plus tard, la censure s’active à museler les discussions sur internet et les applications pour contourner la « Grande Muraille de Feu » se mettent soudainement à dérailler. La nation entière retient son souffle dans l’attente de ce conclave, sans pour autant se faire d’illusion sur son issue, à savoir la reconduction au pouvoir de Xi Jinping pour un 3ème mandat inédit.

Comme pour faire taire les rumeurs de coup d’État militaire qui se sont répandues comme une traînée de poudre sur la toile fin septembre, le leader a rompu son isolement sanitaire le 27 septembre, après être resté invisible depuis son retour d’Asie Centrale. Pour l’occasion, Xi Jinping a emmené les autres membres du Comité Permanent (cf photo) et du Politburo visiter une exposition de 30 000 m2 intitulée « aller de l’avant dans la nouvelle ère », vantant les réalisations accomplies par le Parti ces dix dernières années, c’est-à-dire sous son leadership. La propagande, elle, martèle l’idée que Xi est le seul dirigeant capable de gouverner le pays en ces temps difficiles, et cela malgré les frustrations croissantes que ses politiques engendrent.

 

La Chine sous tension

 

Ailleurs dans la capitale, le contrôle des entrées a été renforcé de manière à ce que rien ne vienne troubler le calme de la ville pendant le Congrès. Sur la place Tian An Men, l’atmosphère festive durant les congés donnés à l’occasion de la fête nationale le 1er octobre, avait disparu au profit d’une forte présence policière, tandis que de nombreux habitants ayant quitté la ville pendant les vacances, se retrouvaient dans l’impossibilité de rentrer chez eux faute de code QR vert, sans même avoir visité une zone à risque. En réaction, les plaintes se sont accumulées sur la toile et auprès de l’assistance téléphonique (12345) : « Quel est le véritable objectif de cette fenêtre ‘pop-up’  (弹窗 ; tánchuāng) : contrôler l’épidémie ou alors empêcher les gens ordinaires de retourner à Pékin ? », s’interroge un internaute.

Le reste du pays est également sous tension. Alors que 134 villes font face à un rebond épidémique, les autorités locales font tout leur possible pour éviter que le virus ne se propage davantage et n’atteigne la capitale.

Au Xinjiang, territoire autonome ayant déjà connu d’importantes restrictions sanitaires au mois d’août, les 26 millions d’habitants se sont vus interdits de quitter la région suite à l’émergence de quelques centaines de cas, la plupart asymptomatiques. Plus de 95% des vols au départ de Urumqi et de Kashgar ont été annulés tandis que toutes les liaisons ferroviaires interprovinciales ont été suspendues. « Ce rebond a conduit à de nouveaux foyers dans de nombreuses autres provinces et pour cela, je voudrais présenter mes sincères excuses aux régions affectées et au pays entier », a plaidé son vice-président Liu Sushe. Le dirigeant a reconnu qu’une faible capacité de dépistage et un manque de professionnalisme de la part du personnel étaient à l’origine de ce rebond épidémique. Un aveu de faiblesse particulièrement embarrassant pour son nouveau secrétaire du Parti, Ma Xingrui, un fidèle de Xi Jinping appelé à être promu au Politburo lors du XXème Congrès.

 

Le zero Covid, priotité numéro 1 de Xi Jinping pour la Chine

 

En Mongolie Intérieure, la situation n’est guère plus brillante, la région étant assaillie par le très contagieux sous-variant BF.7. Son secrétaire du Parti, Sun Shaocheng, a promis d’interrompre la chaîne de transmission en « tuant le poulet au fendoir à boeuf » (杀鸡用牛刀). En d’autres termes, avoir recours à des moyens disproportionnés pour arriver à ses fins…

Cet agenda « politique » du « zéro Covid » n’est guère surprenant. Xi Jinping n’a eu de cesse de répéter ces derniers mois que cette stratégie sanitaire restait la priorité n°1 et que seule la persévérance mènerait à la « victoire ». En conséquence, aucun effort n’a été fait jusqu’à présent pour préparer les administrations et le public à un changement d’approche. Mais une fois que le « nouveau timonier » sera intronisé, le gouvernement n’aura d’autre choix que de prendre le problème à bras le corps, bien conscient des coûts économiques et sociaux grandissants causés par cette stratégie devenue inadaptée.

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'édition Shanghai.

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