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REFORMES CHINE – XI Jinping, objectif 2049 !

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 10/12/2014 à 20:25 | Mis à jour le 10/12/2014 à 15:15

Par Alexandre Pouilly

Le Président de la République Populaire de Chine l'avait déclaré dès son accession au poste de Secrétaire général du Parti Communiste Chinois en décembre 2012, le "Rêve Chinois" doit mener le pays au premier plan des nations du monde. Depuis, les réformes se succèdent à un rythme effréné, le but étant de transformer le rêve en réalité à l'horizon 2049.

Il n'est pas rare dans des dîners en compagnie de Chinois d'entendre le nom de XI Jinping. Jusqu'ici rien d'anormal, l'immixtion du nom de notre propre Président dans ces moments étant aussi courante. Mais, lorsque la traduction des propos tenus arrive à nos oreilles, elle peut surprendre un caractère français habitué à faire du "bashing" sa marque de fabrique. Le fait est que, selon eux, si "HU Jintao a été le pire Président", "XI Jinping est vraiment un excellent Président".

XI Jinping a en très peu de temps acquis une notoriété seulement réservée aux très grands personnages de l'Histoire de la Nouvelle Chine. Pour preuve, le Quotidien du Peuple, organe du Parti Communiste Chinois, lui a attribué la dénomination d' "architecte", faisant clairement référence à l' "architecte des réformes" DENG Xiaoping, figure emblématique du succès du développement rapide de la Chine des années 1980 et 1990. Il y a deux ans, XI Jinping avait quant à lui dévoilé ses ambitions pour la Chine de demain : devenir une société dite "de petite prospérité" d'ici 2021 pour atteindre en 2049 (date du centenaire de la République Populaire de Chine) l'objectif d'être "un pays socialiste modernisé, riche, fort, démocratique, civilisé et harmonieux".

Parallèlement, les mesures développées permettront au pays, malgré une croissance économique ralentie (7,2% au troisième trimestre 2014 tout de même !), de devenir le leader sur la scène internationale. Déjà, ce lundi, l'annonce est tombée : la Chine est la première puissance économique mondiale, reléguant les Etats-Unis à la deuxième place après 142 ans de domination. L'ascension est fulgurante : le PIB américain représentait trois fois celui de la Chine en 2000. Aujourd'hui, il est fort probable que l'écart se creuse à l'inverse sans répit jusqu'en 2019. Cependant, la Chine n'est toujours pas le pays le plus riche du monde : l'indicateur étant le PIB par habitant, le pays finit à la 89e place. Cette récente victoire de la Chine est donc aussi en grande partie due à la taille de sa population, la plus nombreuse du globe. Reste une certitude : le "renouveau de la nation chinoise" prononcée par le Président XI dans son discours d'il y a deux ans s'engage dans la bonne voie.

Réformer pour avancer

Le mot d'ordre est lancé. Après cinq ans en tant que Vice-Président de HU Jintao, XI Jinping a voulu réveiller le dragon chinois. Depuis 2013, le Premier ministre LI Keqiang, remplaçant le vieillissant WEN Jiabao, exécute les nouvelles directives, notamment sociétales, plus à même de marquer les esprits. Parmi elles, la lutte contre la corruption est la plus importante. Certains ont exprimé de nombreuses réserves lors de la promesse faite de traquer "les mouches et les tigres", n'y voyant qu'une énième campagne inefficace contre le fléau très répandu. Force est de constater qu'après seulement un peu plus d'un an et demi la popularité de cette chasse à l'homme corrompu est incontestable. Les arrestations se sont enchaînées jusqu'aux plus hautes sphères.

Samedi dernier, ZHOU Yongkang, ex-Ministre de la Sécurité publique et numéro deux du régime durant la précédente Présidence, est le trophée le plus symbolique de la volonté de s'attaquer à ces pratiques. Il s'agit là de la personnalité la plus haut placée arrêtée depuis la Bande des Quatre menée par la femme de MAO Zedong, JIANG Qing, il y a un peu moins de quarante ans. Après la condamnation à la prison à vie de BO Xilai, adversaire politique du Président, son principal allié s'apprête à subir le même sort. Exemples donnés à la face du peuple, ils constituent des outils utiles en vue de modifier en profondeur les mentalités et d'apaiser la plus grande majorité des Chinois excédés par ces agissements.

Outre ce point essentiel, XI Jinping souhaite également envoyer un message fort à l'Occident : la Chine est en marche vers l'appellation de "pays développé". La République Populaire de Chine, dirigée par MAO Zedong, avait en 1949 mis en activité les laogai, camps de rééducation par le travail. Il y a un an, ils étaient définitivement fermés, l'image véhiculée par ces endroits rappelant les sombres heures de l'histoire du siècle passé.

Critiqué par les autres pays, le prélèvement automatique des organes sur les condamnés à mort n'aura plus lieu à partir du 1er janvier 2015. Toutefois, cet arrêt n'est pas sans conséquence dans une société où la tradition veut que le corps ne subisse aucune mutilation après la mort. Résultat : alors que 300 000 personnes sont en attente d'une greffe chaque année, seulement 10 000 opérations peuvent être effectuées finalement. La mesure risque donc d'aggraver cette pénurie, 65% des organes transplantés provenant de personnes décédées, à 90% des condamnés à mort jusqu'à ce jour.

La politique de l'enfant unique, aussi mal jugée par certains détracteurs, a permis au pays de réguler sa démographie depuis 1979 et ainsi de lui éviter de graves crises comme il en avait connues auparavant, notamment la famine. Là aussi, cette politique était induite en partie par le premier des Droits de l'Homme qui est de pouvoir se nourrir et se vêtir. Il y a un an, cette politique a été assouplie en permettant désormais à un couple d'avoir un second enfant si au moins l'un des deux est lui-même enfant unique.

Enfin, malgré les efforts évidents de XI Jinping d'agir à l'amélioration du système dans tous les domaines, une annonce a fait mauvaise impression dans le paysage dépeint ci-dessus. La semaine dernière, l'Administration générale de la presse, de l'édition, de la radio, du cinéma et de la télévision a dévoilé la politique ciblant les artistes, cinéastes et producteurs de télévision et destinée à  "développer une vision correcte de l'art". Pour cela, ils seront envoyés en zones rurales au moins trente jours pour vivre au milieu des classes populaires. Cette décision fait écho à un discours prononcé par le Président XI il y a deux mois dans lequel il critique une "vulgarité" de plus en plus présente dans les ?uvres et invite les artistes à y exprimer plutôt les "valeurs socialistes", le patriotisme et "à servir le peuple". Il s'attaque encore une fois au pouvoir de l'argent, dont "l'odeur" imprègne les ?uvres actuelles. Dans cette habitude de tout contrôler, XI Jinping revient à des procédés maoïstes (dans une très moindre mesure) presque oubliés.

L'accélération des diverses déclarations en dix jours à peine est à l'image de cette société qui évolue à un rythme qui ne cesse de surprendre. Reste à savoir quelles en seront les réelles conséquences pour la base du peuple et pour cette nouvelle classe moyenne qui se construit.

Alexandre Pouilly lepetitjournal.com/shanghai Jeudi 11 Décembre 2014

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