Édition internationale

Toute la vérité sur le kungfu et le taichi en Chine

Avec les différents opus de "Kungfu Panda", le thème des arts martiaux est bel et bien dans l'air du temps. Nous avons voulu en savoir plus et lever le voile sur les idées préconçues que nous pouvons tous avoir sur le sujet. Et pourquoi pas envisager de s'y mettre cette année. Nous avons rencontré Christine Leang, qui a présenté sa vision des arts martiaux sur le thème de "Kungfu et taichi, mythes et démystification". Voyage au coeur de l'art de l'auto-défense.

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Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 7 janvier 2026

 Par Delphine Gourgues

Les arts martiaux, art de faire cesser le combat?

Un tel sujet ne pouvait commencer par une autre référence qu'un extrait de "La Fureur de Vivre", film culte de 1972 qui a fait démarrer la carrière de Bruce Lee et qui a popularisé les arts martiaux en Occident? (pour revoir la BO, allez en fin d'article).

Si l'on cherche à définir les arts martiaux, on pourrait dire que ce sont différentes disciplines de combat technique, pratiquées à mains nues ou avec des armes (sabre, épée, lance, hallebarde) de différentes tailles et poids (jusqu'à 100 kg !). Le terme "martial" fait référence au dieu Mars, donc à la guerre, mais plutôt dans le sens d'arrêter le combat, conserver la paix. Un art martial est donc un art de l'auto-défense, qui a pour but de "garder son sang froid et non d'avoir le sang chaud" ! Les arts martiaux demandent un apprentissage physique mais aussi spirituel et moral. Une des qualités nécessaires est bien la maîtrise de soi : faire face au combat, mais aussi savoir y renoncer parfois?

Une multitude de disciplines

Le premier des arts martiaux a été officiellement créé au VIIIème siècle à Chenjiagou (Henan), afin d'aider les villageois à lutter contre les envahisseurs mongols. Les arts martiaux rassemblent aujourd?hui deux grandes familles : les arts externes et les arts internes. Pour les arts externes, on parlera de force physique, de vitesse, de réactivité, d'auto-défense, de combat, d'armes éventuellement. C'est donc du style shaolin, ou encore du kungfu dont on parle ici (pour relire notre article "Escapade à Shaolin", c'est ici). Les arts internes, eux, font appel à l'énergie interne ("chi" ou "qi"), la décontraction, la souplesse, la lenteur : pas glissés, enchainements de mouvements fluides? on retrouve ici le taichi ou le qigong.

Le kungfu, appelé aussi "wushu" ou "gongfu" est en réalité un terme très général : "gong" signifie le travail, la maitrise, le perfectionnement, et "fu", l'homme, puis le maître. Le gongfu peut s'appliquer à de nombreux domaines : on peut avoir un "gongfu" en gastronomie, en peinture, en musique? En tant qu'art martial, il fait appel à toutes les parties du corps, mais plus particulièrement les jambes, les pieds, les mains.

Le taichi est dans nos esprits spontanément associé à ces personnes âgées qui se réunissent dans les parcs pour y effectuer ensemble ces chorégraphies de mouvements lents (et qui nous semblent si simples !). Mais le "tai ji quan"  (ou "tai chi chuan") signifie en réalité "boxe avec l'ombre" ou encore "le combat suprême contre l'adversaire ou contre soi-même"? Vous comprenez alors que cette discipline, qui touche le corps et l'esprit, est tout, sauf facile ! Il existe différents styles de taichi (style Chen, style Yang, style Wu, style Sun?) selon les différents enseignements des maîtres fondateurs.

Quant au qigong, un des piliers de la Médecine Traditionnelle Chinoise, il accorde une place prépondérante à la respiration et à la maîtrise de l'énergie vitale ("qi") qui circule en nous (pour relire notre article sur le sujet, cliquez ici)Sa pratique régulière favorise, entre autre, la concentration.

"Quand l'élève est prêt, le maître apparaît" (proverbe bouddhiste)

C'est  par pur hasard (mais le hasard existe-t-il ?) que Christine est entrée, il y a quelques années, dans une célèbre école de kungfu et taichi (Yang Shuo), dans le sud de la Chine. Elle voulait tester un cours, elle y restée un an ! Après ce long apprentissage auprès du maître de cette école, elle affirme avoir été séduite par le taichi pour "sa complexité d'une simplicité apparente"? Apprendre le taichi demande persévérance, concentration, répétition perpétuelle des mouvements, bref beaucoup de travail et d'humilité, mais avec la récompense régulière au fur et à mesure des progrès.

Les bénéfices du taichi sont multiples, on peut en dégager trois principaux. Tout d'abord, il aide à corriger nos postures : il aide à désapprendre nos mauvaises habitudes de positions, assis devant l'ordinateur, debout en faisant la queue?, pour ensuite les remplacer par de bonnes postures, plus naturelles pour notre corps : "Apprendre le taichi, c'est revenir à notre essence". Le taichi aide aussi à retrouver son calme intérieur, à s'écouter et à se rééquilibrer. On retrouve l'importance de l'équilibre entre le yin et le yang, grâce auquel l'homme peut être en harmonie avec l'univers. Et enfin, le troisième bénéfice est nourri du principe suivant "N'utilise pas la force contre la force" : en taichi on est debout, les pieds bien enracinés dans le sol, pour avoir le haut du corps et l'esprit légers. Cette stratégie est applicable dans la vie quotidienne : se servir de sa propre force solidement ancrée pour éviter l'affrontement direct, collaborer avec la force opposée, considérer l'autre comme complémentaire et non comme ennemi?

Le taichi comme philosophie de vie

La rencontre avec les arts martiaux peut bouleverser une vie, c'est ce que Christine a expérimenté, avec le taichi notamment. Car le taichi vise au développement global de l'individu. Le premier enseignement qu'elle en a tiré concerne l'importance et le caractère indispensable de la répétition. "On dit qu'il faut faire un mouvement 10.000 fois pour le réussir !", confie-t-elle, "mais il en est de même pour l'apprentissage de la marche chez un bébé, d'une langue étrangère et de nombreuses autres disciplines?". L'autre révélation fut celle de la conviction : "Il faut commencer par y croire", lui a dit son maître un jour, alors qu'elle se lamentait de ne pas réussir à effectuer un mouvement. Laisser tomber nos barrières mentales, pour que notre corps s'accomplisse. Et enfin, l'enseignement choc : Christine ne finissait jamais ses mouvements de taichi, il manquait toujours 2 ou 3 cm pour frôler la perfection? Quand son maître lui a ouvert les yeux sur cette attitude, elle en a réalisé la pertinence : elle faisait de même dans sa vie, ne finissait jamais rien. Elle s'est donc décidée à enfin aller au bout des choses. Grâce à ces prises de conscience, Christine a aujourd'hui pu rééquilibrer sa vie et réaliser deux de ses rêves d'enfant : écrire et pratiquer les arts martiaux.

Vous aussi, laissez vous donc tenter par l'expérience du taichi, du kungfu ou encore du qigong !

(Crédits photo : Christine Leang et Delphine Gourgues)

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 7 janvier 2026, mis à jour le 7 janvier 2026
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