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PORTRAIT - Chen Weide, maître verrier, passeur de lumière

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 03/03/2019 à 21:30 | Mis à jour le 04/03/2019 à 11:10
Photo : Chen Weide en train de dessiner
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Peintre, maître-verrier, restaurateur, collectionneur, on ne sait comment qualifier Chen Weide 陈伟德 tant ses talents artistiques et ses goûts sont éclectiques. Mais quand on y réfléchit bien, Chen Weide a une sensibilité à la lumière qu'il traduit dans ses œuvres classiques-romantiques comme il aime lui-même à le qualifier :  "Le classicisme et le romantisme sont les deux forces motrices de ma création. "

 

Jeunesse et Etudes

Né à Shanghai en 1957, puis naturalisé Français, Weide apprend la peinture à l'huile avec son professeur de collège, le fameux peintre shanghaien et enseignant-chercheur Meng Guang 孟光 (1921-1996) puis poursuit ses études aux beaux-arts de Shanghai, section peinture à l'huile. En 1985, il part à Paris étudier à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts (ENSBA), puis se perfectionne dans les techniques de peinture à l'huile classique avec le Professeur Pierre Carron. Puis il commence à exposer dans les galeries parisiennes, mais aussi en province, à Ajaccio, à Lille, ou à Epernay. 

 

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Anfu lu, 2017
 

C'est en visitant des églises que Chen Weide a découvert les vitraux, la lumière qui traverse ses compositions colorées l'ont ému, notamment à Notre-Dame de Paris. Il se forme alors à l'art du vitrail à l'ADAC, un organisme culturel de la mairie de Paris situé aux Halles, avec pour enseignant Raphaël Lévy. 

 

Les vitraux de Shanghai 

Après son retour à Shanghai en 1993, il continue de peindre, de dessiner et d'exposer en tant qu'artiste figuratif contemporain. Mais son entreprise majeure est la création d'un atelier de vitrail ! il devient ainsi le premier à réintroduire l'art du vitrail en Chine après la période maoïste. Chen va restaurer le lien historique au vitrail que Shanghai a connu entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, cette époque où les jésuites enseignaient l'art du vitrail aux élèves de l'orphelinat de Tushanwan, cette même époque où l'art déco connaît un grand succès dans l'architecture et la décoration intérieure. 

 

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Atelier du vitrail Tushanwan 1913- 1952
 

Des vestiges des vitraux fabriqués par l'atelier de Tushanwan sont encore visibles dans le bâtiment Yongnian dalou au 93 Guangdonglu, ou encore au 47 Nanchanglu le fameux Shanghai Science Hall. Sur les vitraux, la signature de l'atelier est inscrite en transcription française de la prononciation en shanghaien de Tushanwan : Tou-Se-We. Les vestiges des vitraux sont rares car la plupart ont été détruits pendant la Révolution culturelle (1966 - 1976).  

Quand on évoque les vitraux, on pense bien évidemment aux vitraux médiévaux des basiliques et des églises, mais à Shanghai ce sont surtout les vitraux décoratifs des fenêtres, les verrières puits de lumière ou les murs-écrans qui jouent avec la lumière dans les théâtres, les lobbys des hôtels chics (comme l'Astor Hotel ou Yangtse Boutique Shanghai) ou les maisons et immeubles d'habitation.  

 

L'Atelier de Chen Weide : Le WEIDE ART SPACE (WAS)

C'est dans cette allée boisée et tranquille de la rue Jinglian à Minhang que le maître verrier a créé il y a 25 ans cet espace de création artistique et d'exposition. Tout juste rénové en un espace immense de 800m² dont le rez-de-chaussée, doté d'une succession de porte-fenêtre aux vitraux clairs et colorés laissent entrevoir la magie des lieux. Le maître verrier nous accueille chaleureusement à l'entrée de son WAS - Weide Art Space - à côté de son vélo tout terrain qu'il chevauche de chez lui à son atelier, soit près de 30km aller retour par jour !

 

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Chen Weide devant son atelier, février 2019
 

Dès l'entrée, on se rend compte que cet espace est un lieu de rencontre et de dialogue entre cultures : ungualou (semi-séparation en arc de cercle entre deux pièces dans l'architecture chinoise) en vitrail de type occidental invite subtilement le visiteur curieux à entrer dans cet espace d'exposition dont l'on aperçoit les toiles accrochées sur les murs. Pour Weide, c'est "utiliser l'art occidental pour exprimer un élément de l'architecture chinoise".

 

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Gualou en vitrail
 

A droite, le regard se pose sur une peinture à l'huile représentant une mosaïque architecturale de Shanghai : shikumen, maisons occidentales de l'ancienne concession française et gratte-ciel... A gauche, des vitraux d'églises datés du XVIème siècle ! Weide nous révèle sa passion pour les antiquités, il collectionne les vitraux, les peintures à l'huile, les meubles, et même les pipes ! "Quand je vais à Paris, je passe par Drouot". 

 

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Vitrail ancien, 1562
 

Puis un vitrail contemporain attire l'œil, Weide commente : "C'est une artiste japonaise de 70 ans, elle s'appelle Malico, elle a appris l'art du vitrail en France comme moi, nous communiquons en français !"

 

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Oeuvre de l'artiste japonaise Malico
 

L'espace d'exposition est un mélange des genres que seuls les personnes transculturelles savent apprécier : antiquités, créations contemporaines et cette œuvre étonnante appelée Hommage aux classiques mêlant "des extraits d'œuvres représentatives des peintres impressionnistes et de la Renaissance qui m'ont le plus inspiré" dixit l'auteur. Ainsi La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli flirte avec Le Déjeuner sur l'herbe de Manet et les vaillants chevaliers de La Bataille de San Romano de Paolo Uccello ! 

 

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 Hommage aux classiques, vitrail et miroirs
 

Et pour montrer combien les œuvres du passé créent une nouvelle œuvre qui assimile et s'adapte à la modernité, Chen Weide n'hésite pas à ajouter une canette de Coca-Cola et un téléphone portable à sa création ! Et ce n'est pas tout, l'œuvre est mouchetée ici et là de miroirs sans teint gris anthracite qui permettent, selon son auteur, "d'interagir avec le spectateur"...Pour le peintre maître verrier, il s'agit ici de montrer que "l'espace et le temps changent, mais les œuvres classiques demeurent et renaissent dans la lumière du vitrail".

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Espace d'exposition WAS
 

La visite se poursuit et nous apprécions des toiles du XIXème siècle avant d'arriver devant un vitrail appelé Lotus en fleurs, une œuvre réalisée en trois panneaux. Le vitrail est dressé devant un panneau lumineux pour mieux en apprécier les couleurs et le dessin. Cette œuvre a été réalisée avec des joints en silicone, cela crée du relief et donne mouvement vivant aux fleurs de lotus.

 

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Lotus en fleurs
 

A l'étage, nous découvrons une étonnante salle de concert dont le dôme est un vitrail puits de lumière en forme de fleur de lotus.

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Dôme du 1er étage, WAS
 

Un petit couloir mène à l'atelier du maître qui donne sur l'allée boisée de la rue Jinglian. C'est l'atelier d'un artiste : chevalet, toiles, pinceaux, peintures, une Joconde nous accueille avec son regard amusé et tranquille, il y a aussi des objets d'art anciens, et une collection de pipes ! Une vraie caverne aux trésors qui se concentre dans une pièce où trône au centre un vieux poêle. 

 

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L'Atelier de Chen Weide
 

Les Réalisations du WEIDE ART SPACE

Parmi les œuvres majeures réalisées par Chen Weide et son équipe, la plus grande est une fresque géante (16m de haut, 25m de long) à l'intérieur du théâtre Shanghai Culturel Square, au 597 Fuxing Zhong lu. L'œuvre est issue d'une peinture du célèbre artiste Ding Shaoguang丁绍光 intitulée L'Origine de la vie. Agrandie cent fois et composée de 30.000 pièces de verre, cette œuvre monumentale a mobilisé les 26 membres de l'équipe du WAS à plein temps pendant près de 8 mois ! 

 

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L'Origine de la vie, Shanghai Culture Square
 

Depuis 25 ans, Chen Weide et son équipe travaille avec passion à la fabrication et à la restauration de vitraux pour les hôtels, les théâtres, les stations de métro, et les maisons particulières en Chine, et notamment à Shanghai. En se promenant dans la ville, on appréciera entre autres les œuvres suivantes : 

Platanes de printemps et automne, à la Villa Moller, 30 Shanxi Nan lu ;

- Le Bund, dans l'hôtel Sunrise on the Bund, 168 Gaoyang lu ;

- Verrière puit de lumière, dans l'hôtel art déco Yangtse Boutique Hotel, 740 Hankoulu ;

- Vitraux d'un hôtel de Disney Shanghai

 

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Platanes de printemps et automne, Villa Moller
 

La renaissance des vitraux de Shanghai est inexorablement liée à ce maître verrier passeur de lumière dont la résilience et la spiritualité sont une belle preuve d'ouverture et d'humanisme. 

 

Infos pratiques :

Prochaine exposition de Chen Weide, De la Seine au Huangpu, où une centaine d'œuvres seront exposées du 8 mars au 7 mai 2019 au Bund 18, entrée libre. 

Pour en savoir plus sur les vitraux de Shanghai et d'ailleurs, voici le compte Wechat de Weide Art Space : Weideboliyishu 伟德玻璃艺术 ou cliquez longuement sur le Qr Code suivant :

 

chen-weide-vitrail-shanghai-qr-code-wechat

Comment se fabrique un vitrail ?
Le vitrail est une composition de pièces de verre sertie dans un réseau de baguettes en plomb appelé plomb. 
Les étapes de la fabrication consistent à : 
1/ Dessiner sur le papier un plan de l'œuvre à réaliser avec tous les morceaux de verre numérotés pour faciliter l'assemblage final.
2/ Choisir les verres colorés ou clairs, parfois peints avec une peinture spéciale appelée grisaille. 
3/ Découper tous les morceaux de la composition à l'aide d'un coupe-verre et les détacher à la main ou avec  des pinces.
4/ Selon la composition peindre certaines pièces et les cuire dans un four à 630 degrés pour fixer la peinture.
5/ Assembler les morceaux en les sertissant avec des plombs, ou parfois avec du silicone. Une autre technique appelée "Tiffany" consiste à border chaque morceau de verre de fils de cuivre. 
6/ Souder les intersections des plombs avec un fer à souder.  
Les vitraux se conservent extraordinairement bien, et peuvent traverser les siècles sans pâlir ni changer de forme. Ce qui fait de ces œuvres un héritage à long terme pour le patrimoine culturel mondial.

 

Céline Chanut pour Le Petit Journal Shanghai

Céline Chanut vit et travaille à Shanghai depuis 9 ans. Elle est sinisante depuis 25 ans et s'intéresse à la culture et aux arts chinois et occidentaux. wechat : weixinysl888

Crédit photos : Chen Weide
 

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