Mardi 23 octobre 2018
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

A la découverte de la musique chinoise : rencontre avec Liu Kun

Par Elise Pouget | Publié le 04/03/2018 à 21:00 | Mis à jour le 04/03/2018 à 21:00
musique-chinoise-folk-rock-low-wormwood-liu-kun

Incontournable de la scène indépendante chinoise, Low Wormwood est un des meilleurs groupes chinois actuels. Le Petit Journal Shanghai a rencontré Liu Kun, son chanteur charismatique qui inspire ses fans par sa philosophie et son indépendance. L’occasion de découvrir ce qu’est la jeune scène musicale dans la Chine d’aujourd’hui.

 

A l’ombre du Corridor de Hexi

Il se dégage de Liu Kun un romantisme rock, une simplicité et une douce franchise qui vous mettent tout de suite à l’aise. D’une voix calme et posée, il nous raconte son histoire.

Né à Zhelaizhai, en plein cœur du Corridor de Hexi dans la province du Gansu, à la fin des années 80, sa vie est très vite tournée vers les arts et la création. Danse, chant, batterie, guitare, tout l’intéresse ! Mais il est difficile de faire accepter son amour de l’art dans une famille chinoise traditionnelle, aimante mais inquiète. En tant qu'étudiant en journalisme à Lanzhou, il devint un sincère amateur de théâtre. Il rejoint alors la troupe universitaire, écrit et joue, poussé par son insatiable énergie.

Mais sa route croise celle d'une flamme qui ne s'éteindra jamais : le Rock'n Roll. L’artiste fonde alors avec ses amis musiciens de Lanzhou, un premier groupe, qui deviendra par la suite Low Wormwood ou 低苦艾en chinois. Di Ku Ai est le nom d’une petite plante endémique du Gansu, aliment modeste et typique du quotidien des chinois du Nord-Ouest, dans laquelle les musiciens retrouvent la nature même de leur philosophie de vie.

musique-chinoise-folk-rock

 

Lanzhou Lanzhou, un hymne chinois

Liu Kun rencontre en 2008, le CEO de l’exigent label pékinois Maybe Mars Record qui se reconnait dans la philosophie musicale du groupe. Low Wormwood rejoint alors l'écurie et publie un premier album.

Leur second album sort en 2011, avec pour titre celui de leur ode à leur ville natale, Lanzhou Lanzhou. Boudé par les mass-médias et sans aucune publicité, le titre se faufile par le bouche-à-oreille dans toutes les playlists et devient un succès phénoménal !

musique-chinoise-folk-rock-chine

 

Le groupe gagne en 2012 le Best Chinese Band Award au Chinese Media Music Awards de Macau, véritable consécration pour ce groupe indépendant. La chanson Lanzhou Lanzhou sera sur toutes les lèvres en Chine et reste un tube incontournable plus de 7 ans après sa sortie, entonnée par toute la salle à chaque concert. Traitant de l’éloignement, de la nostalgie et du déracinement, la chanson parle à toute une génération d’étudiants ou travailleurs migrants, qui vit loin de chez elle, parfois à des milliers de kilomètres de sa terre natale.

 

 

Un style sincère et attachant

Les compositions du quartet sont solides et bien ficelées et proposent un folk-rock référencé tout en restant original. Leur musique est puissante sans en rajouter sur le volume sonore, chose rare en Chine où les baffles sont souvent au bord de la rupture !

Les bases folk, rock ou pop de chacune de leur composition permettent de faire jaillir les différentes émotions que l'ont peut éprouver chaque jour : tendresse, joie, excitation, mais aussi rage, tristesse ou désespoir. L’influence psychédélique se fait également sentir par moment, lors d’envolées électriques, et intègre dans les morceaux des sonorités incongrus : jouets d'enfants, alarmes, sifflets, …

C’est sur scène que le groupe révèle son formidable talent. La qualité de leurs prestations scéniques est reconnue et ils font salle comble à chaque concert. Ils préfèrent se produire sur des petites scènes indépendantes, connues pour leur bonne programmation (Yuyintang et Mao Livehouse à Shanghai, Yugon Yishan à Pékin, …) et les nombreuses interactions de Liu Kun avec le public créent une ambiance intime et bonne enfant, sincère et humble, à mille lieux du star system !

Cette année, Low Wormwood fête ses 15 ans avec un sixième album Yi Tian, "Un Jour", sorti décembre 2017. Ce concept-album propose une relecture de la nouvelle La Vie comme une corde de luth, de Shi Tiesheng, un des grands écrivains chinois contemporain, bien que peu traduit en Occident…

 

Regard sur la vie et la nature humaine

Si Low Wormwood est aussi célèbre en Chine c’est également grâce à l’écriture sensible de son chanteur, même s’il est bien difficile pour nous d’en apprécier la poésie et les références. Au fil des 6 albums, on suit les étapes de sa vie personnelle dans des textes lyriques et expressionnistes, depuis les découvertes du jeune adulte jusqu'à une certaine maturité sereine du trentenaire d'aujourd'hui. A ces évolutions se font l'écho des changements de cette Chine en perpétuel mouvement et de toute cette nouvelle génération d’adultes qu'elle a vu grandir.

musique-chinoise-folk-rock-chine

 

Ses textes éclairent son moi intérieur et ses nuances, mais expriment en même temps un point de vue plus universel, une volonté assumée d'être la voix de ceux qui ne s'expriment pas. Liu Kun montre les détails de la vie quotidienne chinoise dans ce qu'ils ont de plus sincères et poétiques, voire politiques, car certains gestes ou choix de vie trahissent parfois des situations sociales difficiles.

Pour Liu Kun, la responsabilité de l'artiste dans la société est essentielle, il souhaite par ses textes apporter de la bienveillance au public, ayant conscience que beaucoup de personnes ne font pas ce qu'elles aimeraient faire, perdent le sens de ce qui est réellement important dans leur vie, se perdent, ou échouent.

 

Une scène indépendante chinoise en demi-teinte

Aujourd’hui, le public fidèle et passionné de Low Wormwood les suit à chacune de leur tournée. Malgré la reconnaissance, Liu Kun s’inquiète de trop se reposer sur ses acquis et reste attentif aux tendances de la nouvelle création chinoise et internationale. Lors d’une tournée européenne, il découvre la France et apprécie particulièrement sa diversité culturelle unique dans les domaines artistiques : cinéma, poésie et arts visuels.

Il soutient activement les jeunes pousses de la scène indépendante mais quand on lui demande quel est son sentiment sur cette nouvelle génération de musiciens, ils les jugent parfois un peu pressés dans leur course aux succès, laissant de côté leur créativité et leur originalité. Touché au cœur par une forme d’insensibilité et d’uniformisation qu’il voit grandir chez ces jeunes, avides de gravir rapidement les marches de l’échelle sociale, l’artiste les encourage à rester fidèles à eux-mêmes et à s’emparer de l’esprit de résistance et de lutte qu’est le rock’n’roll pour apporter culture et innovation à la Chine de 2018.

Crédit photo : Maybe Mars, Modern Sky Lab, Low Wormwood
ep

Elise Pouget

Secrétaire de rédaction. Après une formation artistique universitaire, Elise Pouget se spécialise en infographie et travaille en tant que Chargée de communication à Toulouse avant de s'installer en Chine en 2015.
2 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Samuel lun 26/03/2018 - 01:44

Très intéressant ! Un de ces sujets qui ne font pas la une des médias français lorsqu'ils évoquent la Chine, et qui nous parlent pourtant si bien de la vie intérieure réelle de la société chinoise. Merci !

Répondre
Commentaire avatar

Babala mer 14/03/2018 - 19:11

Super Élise! Ça y est tu es bien rentrée dans la vie culturelle chinoise! Il y a tant à découvrir !!

Répondre

Communauté

HUMOUR

LA PTITE LU - "Sucré Salé"

Retrouvez dans le Petit Journal Shanghai, une fois par mois, La Ptite Lu, cette jeune Française de Shanghai, qui décrypte sa vie quotidienne en Chine avec humour et tendresse.