En 1974, Yuk Young-soo, première dame de Corée du Sud, meurt tragiquement d’une balle perdue lors d'une tentative d'assassinat visant son mari, le président Park Chung-hee . Un événement qui bouleverse un pays entier. Plus de cinquante ans plus tard, le réalisateur sud-coréen Hur Jin-ho en tire un film, « The Assassin(s) », qui relance le débat sur cet événement. « Plutôt que d'apporter une conclusion, ce film pose sans cesse des questions sur les zones d'ombre de cet événement », résume-t-il à propos de son dernier thriller.


Le box-office coréen a un nouveau champion pour ce Chuseok. Le film « The Assassin(s) » dépasse le million et demi de spectateurs en une semaine. Mais son succès dérange, au point d'atterrir sur le bureau de la police de Séoul.
L’assassinat de Yuk Young-soo qui hante la Corée depuis 1974
Le 15 août 1974, un tireur ouvre le feu pendant une cérémonie officielle. Il vise le président Park Chung-hee. Il le rate. Une balle perdue tue la première dame, Yuk Young-soo, assise à ses côtés. La version officielle de l'époque désigne un homme lié à des réseaux pro-Pyongyang. Cette version fait consensus pendant cinquante ans.
Un traumatisme en Corée du Sud, qui a forgé une dynastie politique
La mort de Yuk Young-soo bouleverse le pays. Les Coréens pleurent une première dame très aimée. Cette vague de sympathie rejaillit directement sur Park Chung-hee, qui gouverne encore cinq ans avant son propre assassinat en 1979. Sa fille, Park Geun-hye, hérite de cette image tragique. Les Coréens l'associent longtemps à ses parents disparus dans la violence. Cette proximité affective pèse dans son élection à la présidence en 2012 : elle devient la première femme cheffe d'État du pays, avant d'être destituée en 2017 pour corruption.
« The Assassin(s) », le film qui rouvre le dossier
Le réalisateur Hur Jin-ho (« Christmas in August », « A Normal Family ») choisit un angle différent. Son film suit un détective et deux journalistes, incarnés par Yoo Hae-jin, Park Hae-il et Lee Min-ho. Leur enquête suggère que deux des six coups de feu tirés ce jour-là ne proviennent pas de l'arme officiellement désignée. Cette zone d'ombre ouvre une piste dérangeante : et si l'entourage du président, voire les services secrets de l'époque (la KCIA), avaient un rôle dans la mort de la première dame ? L'équipe du film insiste pourtant : la fiction ajoute de l'imagination à des archives réelles, sans jamais nommer de coupable.
Une polémique électrique pour la droite coréenne
La suggestion suffit à mettre le feu aux poudres. Le Parti du pouvoir populaire (PPP), parti conservateur actuel, accuse le film de « distorsion historique ». Un élu compare même le scénario à une œuvre de propagande nord-coréenne. Le maire de Séoul, Oh Se-hoon, réclame des excuses aux producteurs. La fondation commémorative Park Chung-hee demande carrément l'arrêt des projections.
L'affaire dépasse désormais le simple débat d'opinion. Un ancien élu municipal PPP porte plainte pour diffamation contre le réalisateur et son équipe auprès de la police de Séoul.
Et chaque polémique vend un peu plus de billets.
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