Édition internationale

SECRET MEDICAL – Un cas aigu de mutisme présidentiel

La transparence de la communication de l'Elysée autour du malaise du président Sarkozy a été saluée par tous. Le Chef de l'Etat avait pourtant dissimulé une opération au début de son quinquennat. Depuis le début de la Ve république, le secret médical est en effet bien ancré à l'exercice présidentiel   

(Rédaction Internationale) - Aux Etats-Unis (où la santé présidentielle est du domaine public) et dans d'autres pays européens, on sait tout de leurs petits tracas et gros bobos. Les hémorroïdes de Jimmy Carter ou les prouesses sexuelles de Gerald Ford n'avaient pas de secret pour les Américains. Quant aux Italiens, il y a longtemps qu'ils ont été mis au courant des soucis cardiaques ou des multiples chirurgies esthétiques de Silvio Berlusconi. La condition médicale des présidents français de la Ve république est elle beaucoup plus opaque malgré de nombreuses promesses.  

Beaucoup de promesses 
Si l'annonce tardive de l'ablation de la prostate du Général de Gaulle était passée comme une lettre à la poste, c'est la mort "surprise"du président Georges Pompidou, le 2 avril 1974, des suites de la maladie de Waldenström (une sorte de cancer du sang) qui a déclenché le débat sur la levée ou non du secret médical entourant le chef de l'Etat. A l'époque, les rares communiqués de l'Elysée expliquant l'affaiblissement du président Pompidou faisaient état de "grippes à répétition" et de "crises d'hémorroïdes". Après son décès, les présidents qui lui succéderont firent tous la promesse de communiquer régulièrement sur leurs conditions physique. Ainsi Valéry Giscard D'Estaing devait publier deux bulletins de santé par an et Jacques Chirac assurait qu'il donnerait "toute information significative sur son état de santé". Mais aucun d'eux n'a tenu ses promesses électorales.

François Mitterand, un président très secret
Même constat pour François Mitterrand qui jurait en 1981 de "rendre publiques les informations que les Français sont en droit d'attendre de celui qu'ils ont choisi pour assumer la plus haute charge de l'Etat" et ajoutait même :"le problème essentiel est que les ennuis de santé ne doivent pas être tels qu'ils puissent nuire à la fonction. C'est ça la morale qu'un responsable politique doit respecter." Son médecin traitant, le docteur Gubler publiait régulièrement des bulletins de santé. Mais celui-ci a avoué, en 2006, dans son livre Le grand secret (Ed. du Rocher) que tous les rapports publiés par l'Elysée n'étaient que des "mensonges d'état", destinés à masquer la maladie du président. Malgré des rumeurs dès 1981, il aura fallu attendre la première opération de François Mitterrand en 1992 pour qu'il dévoile son cancer de la prostate auquel il succombera le 8 janvier 1996.

Le président Sarkozy en plein jogging à Manhattan (AFP)

Un malaise très médiatique
"Si je suis élu, je m'engage à publier un bulletin de santé dès mon entrée en fonction, au moins deux fois par an ensuite, et plus si l'évolution de mon état de santé devait le justifier", déclarait Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007. Cinq jours après son élection, un bulletin de santé a en effet été publié par l'Elysée qui n'a cependant réitéré l'opération qu'une seconde fois le 3 juillet dernier. Fidèle à la tradition républicaine, le président Sarkozy a lui aussi caché une condition médicale. C'est un autre livre (décidément), Cécilia, la face cachée de l'ex-première dame (éd. Pygmalion), sorti en janvier 2008, qui a révélé l'ablation sur Nicolas Sarkozy d'un phlegmon à la gorge le 21 octobre 2007. L'Elysée se sera en tout cas racheté une transparence en communiquant massivement sur le malaise bénin dimanche dernier du chef de l'Etat pendant son jogging matinal. "Je crois que ça été très transparent, qu'il y a eu beaucoup d'informations" s'est réjouie la ministre de l'Economie, Christine Lagarde. La question persiste pourtant : s'il n'y avait pas eu de témoins de l'événement et si la presse ne s'était pas emparée en premier de l'information, l'Elysée l'aurait-elle révélée ?

Qu'en pensez-vous ?
Est-ce une nécessité de tout savoir sur l'état de santé du président de la République ou cela devrait-il rester privé ? Que pensez-vous de la couverture médiatique du malaise vagal de Nicolas Sarkozy ? Laissez-nous vos commentaires en bas de cet article.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 29 juillet 2009

En savoir plus

Article du Monde, Santé des présidents : la transparence est restée à l'état de promesse
Article du Figaro, La santé des présidents, un sujet ultra sensible
Article de l'Express, Les présidents et le secret médical

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